A. BINET. — ERREURS DE PSYCHOLOGIE
devront être consignées * tous les trois mois à date fixe*, ces fiches seront tenues au courant et conservées par le médecin de rétablissement '.
II y aurait bien des remarques à faire sur cette prescription d*antbropométrie. Quelques critiques, sur lesquelles je nMnsisterai pas, sont d*ordre purement administratif :
1<» Si on a réellement chargé les médecins des opérations, on a eu tort de ne pas les rétribuer en conséquence. 11 est certain que les médecins, alors même qu*ils auraient la compétence voulue, ^Mrcheront en grande majorité à échapper à une besogne qui leur HVsera une sérieuse perte de temps, sans compensation personnelle, ^^près des renseignements confidentiels, il y a des écoles où, à '-ry^-^n de Tannée scolaire 1902-1903, ce sont les élèves qui se sont
Crés entre eux, et sans contrôle aucun des maîtres. Gecr se. de tout commentaire.
lîf^ Au point de vue de Tanthropométrie, le choix de ces trois usures pour Tétude du développement corporel est excellent. Dans ps publications anciennes, j'en ai réclamé Tintroduction dans les IcoJes. Mais il serait vraiment dommage que TAdministration se lançât JDans Tanthropométrie scolaire sans aucune considération préalable /sur les conditions qui assurent Texactitude des constatations / anthropométriques. Celles-ci, consistant essentiellement dans des mesures, n*ont aucune espèce d'utilité si les chiffres sont faux. Or, pour qu'un chiffre de mesure présente quelque garantie d'exactitude, il est nécessaire qu'on connaisse le coefficient de précision de l'opérateur, et il est également nécessaire de rappeler aux opéraleurs les précautions à prendre pour arriver à un maximum de précision. Pour la taille et le poids, par exemple, ces précautions sont multiples.
1. « Consignées » est véritablement un mol de scribe administratif, pour lequel récriture est opération importante. Évidemment, le rédacteur de la note a voulu indiquer que les mensurations devaient être efTectuées tous les trois mois. Il aurait mieux valu le dire nettement.
2. Encore une ambiguïté. » A date fixe » est une rédaction qui permet aux chefs des établissements visés de fixer eux-mêmes la date qui leur convient, à charge de la conserver. 11 serait intiniment préférable d'imposer à tous les établissements des dates uniformes, afin de rendre comparables les mensurations prises dans des milieux différents. 11 y aurait du reste h étudier si, étant donné qu'il se produit certaines accélérations de développement à des époques déterminées de l'année, il ne serait pas utile de fixer les dates en tenant compte des influences saisonnières.
3. Ici, Tambiguïté de la rédaction frise l'hypocrisie. Que veut dire l'expression : tenir au courant? Je n'en sais absolument rien. De deux choses l'une : ou c'est le médecin qui fait les mensurations, ou c'est une autre personne, sous le contrôle plus ou moins indirect du médecin, qui viendra de temps en temps s'assurer qu'on tient les opérations au courant. 11 est inutile d'insister pour montrer la difi'érence de sens et de portée de ces deux rédactions. — J'ajouterai que je ne comprends pas qu'on autorise le médecin à conserver des documents de ce genre : leur place naturelle est dans les archives des établissements scolaires. — £nOn, je me demande pourquoi la circulaire n'indique pas l'utilisation qui en sera faite.
3<» Je termine par la plus grave des critiques. Il ressort du texte de l'arrêté que le périmètre thoracique doit être mesuré. Cette simple prescription soulève les objections du plus grand intérêt.
a. Il n'est pas indiqué à quelle hauteur de la poitrine le périmètre doit être mesuré.
6. On n'indique pas davantage quelle position il faut donner aux bras du sujet pendant Topération.
c. On ne fait pas de distinction de sexe; la mesure en question est cependant bien sujette à caution, quand on la prend sur les mies.
d. Il est évident qu'on doit employer le ruban métrique, instrument justement critiqué parles anthropomètres; il est en général gradué inexactement, il s'altère par l'usage, et les chiffres qu'il donne varient largement suivant le degré d'étirement et de pression sur la. poitrine.
e. La mesure extérieure de la cage thoracique est intluencée grandement par le développement de l'embonpoint et la saillie des masses musculaires. Il y a là des causes d'erreur de la plus grande gravité, et qui certainement ont dû gâter les chiffres de comparaison pris sur des élèves avant et après les vacances, ou le temps passé dans les colonies scolaires.
f. Suivant que la poitrine est mesurée en expiration ou en inspiration, on obtient des nombres qui peuvent différer en centimètres.
Ma conclusion est que la mesure du périmètre de la poitrine au ruban doit être définitivement rejetée.
Quant aux mesures plus simples de la taille et du poids, comme j'ignore quel parti on se propose d'en tirer, je ne peux pas savoir si elles vaudront quelque chose, en dépit des erreurs très graves qu'on n'a pas eu le soin d'en éliminer. Si, par hasard, on devait en faire un usage scientifique, pour établir par exemple le développement de la taille suivant les départements, l'état social, ou le ilegré d'intelligence, ou l'influence saisonnière, je ne crains pas d'affirmer que ce seraient des documents suspects.
De toute manière, il est fâcheux qu'en décrétant l'introduction de l'anthropométrie dans les écoles, l'Administration n'ait pas fait une étude préalable des questions de technique.
A. BiNET.