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TROISIÈME PARTIE ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES

PSTCHOIiOGIE PHYSIOIjOGIQUE

FREDERICK (>. BONSER. — A Stady of the Relations between Mental Actiyity and the Circulation of the Blood (Étude sur les relations entre f activité mentale et la circulation du sang). — Psychol. Rev., mars 1903, X, n» 2, p. 120-138.

Ces études sur la circulation du sang sont parmi celles qui, progressivement, arrivent aux conclusions les plus certaines, grâce au concours de nombreux investigateurs et aux perfectionnements de la technique. J'ai exposé dans V Année (vol. 111, IV et V principalement) et dans un volume en collaboration avec V. Henri les principaux résultats de nos recherches personnelles sur la question, el un historique. Depuis ces publications, il y en a eu quelques autres, que je signale en passant : la revue excellente d'Angell et Thompson, Psych. Rev.j VI, p. 32-43; Wundt, Philosoph. Stud,, XV, p. 140; W. P. Lombard et Pillsbury, Amer, J. of PhysioL, III, 186- 201; Lehmann, Dte kôrperlichen Aeusserungen psychischer Zustànde, l Pletkysmographische Untersuchungen^ Leipzig, 1899.

Bonser a repris ces études sur 12 sujets, en étudiant Tinfluence exercée sur le cœur (force et rj^thme des contractions) et sur la circulation capillaire par les excitants agréables et désagréables, les états émotionnels et le travail intellectuel court et long. Son travail est accompagné de nombreux tracés, qui manquent un peu de beauté.

Les émotions ont été produites par des excitations agréables ou pénibles de l'odorat. Ici, je ferai tout de suite une critique. Les conditions expérimentales dans lesquelles les parfums étaient présentés manquent de détails de description. Et puis. Fauteur a eu vraiment tort de ne pas prendre la courbe respiratoire de ses sujets; celle-ci est grandement influencée par Tacte de flairer; évidemment les sujets ont dû faire des inspirations spéciales; or,

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comme un acte crinspiration un pou forcé, ou un peu répété, altère presque constamment le rythme du cœur et la courbe plethysmographique, il faut prendre des précautions particulières pour éliminer cette influence et la distinguer de celle qui est produite par la perception sensorielle d'une odeur. On peut imaginer bien des artifices : par exemple laisser diffluer lentement les parfums dans la pièce, en donnant au sujet en expérience Tordre de ne pas changer sa respiration, de ne pas flairer, mais de se laisser passivement imprégner les poumons par le parfum; ou bien, on peut exercer le sujet à faire, par exemple, pour chaque parfum qu*on lui présente, trois inspirations profondes, et ensuite, on étudiera Feffet que trois inspirations analogues, mais faites à vide, dans un air sans odeur, produisent sur le cœur et lai circulation. De toute façon, quel que soit le procédé qu'on imagine, il est essentiel d'enregistrer dans chaque expérience la courbe respiratoire. Je regrette que Bonser y ait manciué, et que ceux qui lui ont donné des conseils aient oublié celui-ln.

Les résultats ont été entièrement négatifs : que l'odeur fût agréable ou non, Teffet a toujours été le même sur le pouls total, volumétrique; quelquefois une petite vaso-dilatation initiale, et ensuite, une grande et importante vaso-constriction, qui est le phénomène le plus saillant de la réaction. Par là cet auteur se range du crité de notre opinion; et il se trouve en contradiction avec Wundt et Lchmann, qui ont soutenu que la vaso-constriction est la réaction de la douleur, et la vaso-dilatation celle du plaisir (Voir Wundt, Volkerpsychologie, 1, 1900, 40). Du reste, la majorité des autours se range maintenant de notre côté. La seule différence que Honscr constate entre ces deux genres de réaction, c'est que celle (lu plaisir amène une constriction plus courte que celle de la douleur, et un retour plus prompt à l'état normal. Mais cette constatation ne me paraît pas à l'abri de toute critique; car il est difficile d'attribuer à la qualité seule des excitants des difl'érences de réaction (|ui proviennent peut-être de leur intensité différente; et dt? plus il est possible que le mode d'inspiration d'un parfum varie suflis.unnient, suivant sa qualité agréable ou désagréable, pour expliquer la différence des résultats sur le cœur et la circulation.

L'autour a encore étudié l'eftet du travail intellectuel prolongé sur la circulation, et il est le premier qui ait repris cette étude après nous. S*'s résultats sont conformes aux nôtres. 11 se produit une diminution d'amplitude du pouls, une diminution de son dicrotisme et une auiimentation de ])rossion sanguine (l'auteur ne l'ayant pas mesurée, la pression sanguine, ceci n'est qu'une inférence) ; fait à noter on passant, il a trouvé une diminution du dicrotisme même «ians le pouls carotidien, ce qui est contraire aux constatations de (iloy. Enlin, chez la plupart des sujets, la prolongation du travail intollectuol amène un ralentissement du cœur. Tout heureux que jesuis de cotte conclusion, qui confirme la nôtre, je la trouve un peu. critiquable comme technique ; je me demande toujours si ce ralentie soinent n'est pas dû au repos forcé, à la conservation trop prolongt'r *i*

de Fa position assise. L'auteur n'a pas fait, ce me semble, de contreépreuve, en maintenant son sujet assis sans le faire travailler mentalement.

L'auteur s'est attaché particulièrement à Tétude de ces ondulations qu'on observe sur les tracés plethysmographiques, et qui portent le nom d'ondulation de Traube-Hering. Il a cru remarquer l'existence d'une correspondance entre ces ondulations et les oscillations de l'attention (on sait que si on écoute par exemple un son très faible, à peine perceptible, et continu, il y a des moments courts où on ne l'entend pas, puis on l'entend de nouveau, puis on cesse de l'entendre, et ainsi de suite. C'est à ce phénomène qu'on donne le nom d'oscillation de l'attention). Il paraîtrait que le maximum d'attention correspond au maximum de constriction de la courbe de Traube-Hering. Cela est possible. Mais pour admettre la chose, il faudrait écarter d'abord bien des petites causes d'erreur, auxquelles l'auteur ne parait pas avoir songé, par exemple l'efTet que produisent sur la courbe plethysmographique les petits signaux qu'on donne avec la main.

A. BiNET.

CLAPABÈDE (ED.). — Le mental et le physique, d'après L. Basse. BeTue analytique et critique. — Arch. de psychologie (Genève), nov. 1903, t. III, p. 81-100.

Claparède expose dans les plus minutieux détails une étude de métaphysique de Busse sur les avantages respectifs du parallélisme et de Cinteractionisme, pour expliquer les relations de l'âme et du corps, des phénomènes de conscience et des phénomènes physiologiques. Busse n'est pas indulgent pour le parallélisme, il montre toutes les difficultés de cette hypothèse, et Claparède à son tour insiste sur les difficultés de l'hypothèse rivale. Il est singulier que dans ce grand combat d'opinions philosophiques, on n'ait pas songé à une autre hypothèse, d'après laquelle la prétendue distinction et opposition du physique et du psychique n'existerait pas, ou du moins serait d'une autre nature que celle qu'on admet communément. Ce n'est pas dans une courte notice comme celle-ci que je ▼eux développer ce point de vue. 11 me suffira simplement de dire ici que ce qu'on appelle le physique ou le matériel est tout simplement formé par des sensations musculaires, qu'on oppose aux sensations Jes autres sens, et que l'opposition de l'âme et du corps n'est qu'une appUcation particulière de la spécificité des organes des sens.

A. BiNET.

D' R. DALLA VEDOVA. — Per la fnndone deU' ipofisi. — Bull. d. reale Accad. raed. di Roma, xxix. Fascic. IV, 1003.

L'auteur a pratiqué sur 25 chiens Tablation de l'hypophyse. Deux procédés permettent d'arriver sur l'hypophyse. On peut, comme l'ont fait Gley, Lo Monaco, van Rynberk, l'atteindre par la voûte du crâne en traversant le corps calleux et l'infundibulum. Ou bien on peut l'attaquer par la base du crdne à l'exemple de Marinesco, Vassale et Sacchi et d'autres expérimentateurs. C'est ce dernier procédé qu'il a suivi. Je renvoie au travail de l'auteur pour la technique très minutieuse et très délicate du procédé opératoire.

Sur ces 25 chiens, 4 sont mort d'hémorragie, 12 sont morts d'infection (11 cas d'infection des méninges, 1 cas d'infection générale-, 3 de cause indéterminée (le vingtième, le vingt-deuxième et le vingtneuvième jour); deux chiens bien portants ont été sacrifiés au bout de 93 et de 95 jours après l'opération et l'autopsie a permis de constater l'absence complète de l'hypophyse (le cerveau de ces deux chiens est présenté à l'Académie). Enfin deux chiens opérés, Tun depuis 61 jours, l'autre depuis 124 jours étaient en bonne santé ot ne'présenlaient aucun trouble particulier.

L'auteur en conclut, contrairement à l'opinion de beaucoup d'expérimentateurs, que l'ablation complète de l'hypophyse est compatible avec le maintien d'une santé parfaite.

Beaunis.

GLEY (E.). — Études de psychologie physiologique et pathologique.

Un vol. xn-S^ de viii et 335 p. Paris, Alcan, 1903.

L'apparition de ce livre est pour les psychologues une heureuse fortune. Ceux qui possèdent de la physiologie jilus que «• quelques clartés » auront plaisir à suivre l'auteur dans les discussions approfondîtes auxquelles il soumet les diverses questions qu'il aborde et où sa criti(iue toujours pénétrante n'a que trop d'occasions de se manifester. Et il est bon que les autres soient avertis des difficultés souvent extrêmes des problèmes qu'ils attaquent quelquefois, sans la préparation qui est indispensable et avec cette sorte de témérité* que le succès n'a jamais justi liée. Enfin, le public philosophique, curieux seulement des résultats positifs obtenus par les spécialistes, trouvera dans cet ouvrat:e aussi juvcis que bien informé un résumé des connaissances actuelles sur une partie importante (le la psychologie physiologique : les <* études ►> de Gley, solidt*mt»nt fondées sur des recherches personnelles dont quel([ues-unf* sont devenues classiques, portent en effet sur les sujets les pl^* variés et leur ensemble constitue, à certains égards, un véritable traité de la matière.

Les deux premiers tiers du volume sont consacrés aux phénomènes physiologiques en corrélation avec Tactivité intellectuelle : ces phénomènes, dont Tétude est particulièrement délicate, font Tobjet de trois revues critiques développées. Le reste du livre contient la réimpression de mémoires publiés dans divers périodiques et que Tauteur a accompagnés de notes et d'appendices complémentaires.

Gley est Tun des premiers, comme on sait, à avoir exploré Tétat de la circulation pendant le travail intellectuel. Dès 1881, en effet, il mettait hors de doute Tinfluence de Tactivité mentale sur les caractères de la pulsation carotidienne. L'étude d'une telle question n'est pas sans difficultés. Les phénomènes circulatoires sont susceptibles de varier sous l'action des causes les plus diverses (attitude du sujet, respiration, température ambiante, pression athmosphérique, etc., etc.) et il est malaisé d*opérer dans des conditions qui restent strictement comparables. Le lecteur trouvera, dans la relation détaillée que l'auteur donne de ses recherches, la preuve du scrupule minutieux avec lequel il a envisagé les erreurs de toutes sortes qui pouvaient s'offrir et il se convaincra de la sûreté de son expérimentation. Je me contenterai ici de résumer les conclusions de son travail.

L'activité intellectuelle — lecture d'un texte philosophique, d'un ouvrage de mathématiques, calcul — provoque l'augmentation du nombre des battements du cœur. De plus, cette fréquence parait être en raison directe de l'intensité de l'attention.

En outre, l'amplitude de la pulsation carotidienne est plus grande pendant le travail que pendant le repos cérébral, et le dicrotisme en est plus accentué. — A la radiale, on observe les phénomènes précisément inverses.

Ces modifications persistent un certain temps après que l'activité cérébrale a cessé.

Elles ne dépendent ni du cœur — la différence des résultats obtenus à la carotide et à la radiale permet de le supposer et le cardiographe, qui ne décèle aucun changement dans la contraction du cœur pendant le travail intellectuel, le démontre — ni de la respiration.

Elles reconnaissent pour raison une influence vaso-motrice. C'est la dilatation des capillaires intra-cérébraux qui déterminerait, pendant le travail, Tamplitude du pouls carotidien et l'accélération du cœur. — On remarquera, d'ailleurs, que cette dilatation des vaisseaux encéphaliques est primitive, qu'elle constitue un phénomène local, indépendant, comme il résulte des expériences de Mosso, — convenablement interprétées — et de celles plus récentes de Brodmann (voir VAnnée, IX, p. 259).

Les recherches ultérieures exécutées sur les rapports entre l'activité psychique et la circulation du sang ont en général confirmé les données que ces expériences avaient apportées. Voici les faits qui peuvent être considérés comme acquis, d'après Gley. La fréquence des battements du cœur augmente sous l'influence

Googk

du travail inlellecluel. Le fait a été mis en lumière, h la suite de Mosso et de Gley, par Binet et Courtier, Mac Dougall, Hirsch ; il est de règle pour un travail intense et de courte durée. — Il résulte d'autre part des observations concordantes de Binet et Courtier, Vaschide, Larguîer des Bancels, que le travail prolongé pendant plusieurs heures consécutives entraîne un ralentissement du cœur. Ce ralentissement serait dû, selon (iley, à Timmobilité du sujet, plus complète pendant le travail que pendant le repos. Je suis tout disposé à admettre la justesse de cette interprétation. Je ferai remarquer toutefois que je m'étais attaché, dans mes expériences, à conserver, autant que cela est possible, la même immobilité pondant les périodes de travail et pendant celles de repos. J'espérais précisément éviter la cause d'erreur que signale l'auteur et dont Binet et Courtier avaient relevé l'intervention possible.

Le travail intellectuel donne lieu dans les membres à une auf<mentation de la pression sanguine et à des phénomt'^nes de vasoconstriction. Binet et Vaschide ont établi le premier fait à l'aide du sphygmomanomètre de Mosso. Binet et Courtier, Mac Dougall, Pachon et L'Herminier, Angell et Thomson, etc., ont démontra le second. Ces phénomènes sont d'autant plus marqués que le travail est plus considérable. Dans le travail prolongé la vaso-constrictiun est persistante. — La vaso-constriction est probablement avec l'augmentation de la pression dans un rapport de cause à efTet.

Enfin le travail intellectuel provoque une vaso-dilatation cérébrale. Otto vaso-dilatation n'est pas en rapport nécessaire avec la vaso-constriction périphérique; elle est locale, autonome.

L'étude de la thermoycnèse pendant le travail intelh'ctael ost inliniment moins avancée que celle de la circulation. L'auteur résume et critiqua la plupart des travaux auxquels cette question a donné lieu. Le chapitre qu'il lui consacre est un des plus intéressants de son livre.

Les recherches de Mosso sur la température du corveau sont bien connues. On se convaincra, à la lecture de l'analyse (jue (iley en donne, de rinccrtilude des résultats obtenus par le jihysiologisle italien et des difficultés d'interprétation qu'ils comportent. — U lecteur trouvera, d'autre part, de curieux renseignements sur la température crânienne dont l'étude retint quelques temps lattention des physiologistes vers 18«() : ils avaientsuppo.se que la mesure «le cette température était propre à fournir des indications sur celle du cerveau. Les expériences décisives de François-Franck ne lardèrent pas à faire justice de cette singulière erreur*.

1. L'hvpollièsc promettait cependant d'èlro féconde. « Un médecin américain. Amidon, avait même cru pouvoir délimiter les centres moteur* corlicaux par l'exploration de la température de la peau du crâne, — il aurait vu la température crânienne s'élever localement et en des point;» dislincls, suivant qu'il faisait contracter assez longtemps un nombre tlclerminé de muscles ■>. II faut espérer que les savants qui, tout récemment, à l'aide d'une méthode - physiijue *, localisaient le centre de Broca, ne découvriront pas cpiclque Jour dans Amidon un précurseur.

Les données relatives à l'influence de Tactivité mentale sur la température centrale sont rares. Les plus précises sont dues à Gley (1884) qui a observé sur lui-même, pendant le travail intellectuel, les variations de la température rectale et a constaté TaugAientation de celle-ci (augmentation de un dixième de degré et plus, en moyenne, dans l'espace d'une heure). A la vérité ces résultats n'ont pas été confirmés en général (Pidaucet, Larguier des Bancels *). L'auteur fait une critique intéressante des expériences qui sont venues s'opposer aux siennes. Mais, comme i! le remarque justement, « la critique ne supprime pas les faits. Elle en atténue seulement ou modifie la signification ». La question reste ouverte.

La revue critique que Gley consacre à l'étude des échanges nutritifs pendant le travail intellectuel témoigne que, sur ce point encore, nos connaissances sont infiniment limitées. La plupart des résultats, obtenus dans des conditions expérimentales défectueuses et avec des méthodes insuffisantes, sont négligeables. Les faits acquis sont en très petit nombre — augmentation de la quantité d'acide phosphorique et de la quantité de chaux et de magnésie éliminés par les urines; augmentation de la quantité des urines sous l'influence du travail intellectuel — et l'interprétation en est extrêmement délicate. La provenance des déchets urinaires reste incertaine : rien

1. Et il me sera permis d'ajouter Pembrey et Nicol. Du moins l'interprélation que je donnais de leurs expériences (voir VAnnéey VI, p. 509) continue, malgré la critique de Gley, à me paraître soutenable. Les résultats cités p. 114 sont en tous cas en désaccord avec ceux de Gley. Cela ne fait pas de doute pour les premiers. Et cela est très probable pour les seconds où il est naturel de comparer aux valeurs obtenues pendant le travail intellectuel, les valeurs inscrites dans la colonne Â, — laquelle • contient la température moyenne calculée d'après les chilTres que j'ai relevés moi-même, dit Gley, dans les expériences de Pembrey et Nicol à peu près au hasard, mais en évitant ceux qui ont été obtenus sous l'influence de l'exercice physique». On remarquera d'ailleurs que ces valeurs moyennes ne dilTèrent qu'extrêmement peu de celles que je donnais dans mon analyse (colonne B),à l'exemple des auteurs anglais eux-mêmes (comparer les deux tableaux de la p. 114 : on trouvera dans le premier des chilTres qui figurent dans la colonne B, — 37,18; 37,06; 36,92). Quant aux résultats consignés dans la colonne G, ils ne permettent pas d'évaluer TefTet du travail pi^olongé. Or c'est précisément la question du travail prolongé et de son influence sur la température centrale que je soulevais dans mon compte rendu de V Année,

Que la chute de température constatée pendant le travail prolongé soit au reste due à l'immobilité plus complète du sujet, c'est là ce que je me garderai bien de nier en principe. Je rappellerai toutefois que je m'étais efforcé de maintenir identiques à cet égard les conditions de mes expériences (voir plus haut). J'ai été obligé de comparer, il est vrai, des résultats obtenus en des jours difTérents. Ge procédé a sans doute des inconvénients. Mais je ferai remarquer qu'il était le seul dont l'application fiU possible, puisqu'il s'agissait pour moi de déterminer les elTets d'un travail soutenu assez longtemps pour provoquer de la fatigue, c'est-à-dire pendant plusieurs heures consécutives. J'ajoute enfin que je me proposais moins, dans mes recherches, de résoudre une question délicate de physiologie que de découvrir une « mesure - de la fatigue qui fût significative.

ne démontre absolument que leur excès soit le résultat direct d'un désassimilition cérébrale plus active.

Les mémoires contenus dans le dernier tiers du volume porleu sur tes mouvements musculaires inconscients (dont Gley a le premie démontré rigoureusement l'existence, au moyen de la méthod graphique), sur le sens musculaire et enfin sur les aberrations de Pins tinct sexuel. On se bornera à signaler ici ces intéressants article que les psychologues seront heureux de n'avoir plus besoin de cher cher dans les diverses publications où ils se trouvaient dispersés.

J'aurais voulu faire sentir l'attrait de l'ouvrage de («ley; j'a montré du moins la variété et l'importance des questions qui aborde dans son livre : les Études de psychologie physiologique ei pathologique comblent véritablement une lacune.

J. Larguier des Bancels.

ZIEHEN (T.). — Eine Hypothèse ftber den sog. « gefûhlserzengenden Prozess » ( Une hypothèse sur le processus cérébral « facteur du sentiment »). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesoi-g., XXXI, 215-220, 1903.

L'auteur se propose de dégager, dans le processus physiologique de l'excitation corticale, le facteur « correspondant » au sentiment. La question de ce facteur, de cette « composante », comme dit Ziehen, — et dans le choix de ce terme se marque suflîsaranient l'altitude de l'auteur, qui, avec lîi majorité des psychologues, voit dans le sentiment le concomitant de la sensation ou de la représentation, — a donné lieu à bien des hypothèses (Meynert, Lehman, etc.). Ziehen le trouve dans ce que l'on peut appeler la « capai it»'* de décharge » des cellules corticales (bJntladungsbereitschaft). Soit, correspondant au contenu d'une sensation ou d'une représentation, une modification cellulaire déterminée (par exemple, l'altération cliiniique dune cellule) : celloci tendra, avec plus ou moins d'énergie, à se propager «lans les voies nerveuses que commande la cellule, dans les libres d'association ou de projection dont ellf est l'origine. A une forte capacité de décharge correspondent les processus atTectifs positifs; à une capacité faible, les processus aflVctif? négatifs.

Voici les arguments sur lesquels cette hypothèse est fondée :

1" La composante affective a son siège dans les cellules cortirales (comme le montre la perte des sentiments, des émotions dans l^ paralysie générale, etc.);

2^ Elle est concomitante au processus physiologique correspondant au contenu de la sensation ou de la représentation; c'est ui facteur du processus total ;

.3° Elle demeure néanmoins, dans une certaine mesure, indép^P

PSYCHOLOGIE PHYStOLOG

dante : elle peut être transportée par « in sentation à la représentation associée;

4° Elle est, avec Texcitant, dans un variable que la composante correspondant i de la sensation (d'où les variations du ton a sensation ou pour une même représentatio dus, chez un même individu, à diverses épo

5<» Les composantes liées aux sentiments, accélèrent, en général, le cours des asso< composantes opposées, « négatives », le ral(

6" Ces effets sont, en général, favorablei Vindividu ou de l'espèce.

L'hypothèse permet d'embrasser ces divei seul point de vue. Elle s'accorde, de plus, que détermine dans les processus affectifs Ti le haschisch; avec le ralentissement de la tr; qui intervient dans certaines conditions, etc

Il ne faut pas confondre cette capacité de corticales avec leur excitabilité (Erregbarke certain sens, l'inverse de celle-là et n'a, d avec le processus affectif. Dans la mêlant représentations de valeur « négative » surgit facilité, aux dépens des représentations de manie présente le phénomène contraire.

L'auteur ne se fait aucune illusion sur l hypothèses. Il reconnaît qu'elles ne constitu position des faits. Mais, ajoute-t-il avec b( question est précisément de trouver un ai description et permette d'embrasser des variés. « En ce qui concerne les phénomèr ne peut faire davantage. Et c'est le temps q heuristique. Cedam meliori. »

J. Larguie

BÂIRD (J.-W.). — The Influence of Accommodation and Convergence upon the Perception of Depth. — Americ. Journ. of Psychol, april 1903, vol. XIV, p. 150-200.

La méthode employée par Baird a été essentiellement celle de Hillebrand; elle consiste à observer les bords de deux écrans placés successivement à des profondeurs différentes devant un fond éclairé (ou, dans certains cas, le bord d'un seul écran). Ses expériences les plus considérables ont été monoculaires; dans un groupe de ces expériences, le changement de profondeur était brusque ; dans un autre, il était réalisé progressivement par un déplacement continu d'un écran.

Les résultats principaux, pour la série monoculaire brusque, ont été les suivants : le rapport des seuils difTérentiels pour le rapprochement à la distance constante est approximativement constant;

— de môme pour les seuils pour Téloignement; — les seuils sont moindres pour le rapprochement que pour l'éloignenient; — dans tous les cas, les seuils sont moindres que ceux qu'avait trouvés Hillebrand. La plus grande distance constante considérée a été 667 millimètres. Baird distingue ici deux types d'observateurs : chei les uns, le jugement relatif à la différence de distance est immédiat, et il est impossible de trouver dans la conscience une sensation sur laquelle s'appuie ce jugement; pourtant Baird cite le cas d'une personne appartenant à ce premier type, et qui avait nettement conscience d'une sensation d'(înort dans l'œil. Pour l'autre type, \^ jugement n'est pas immédiat; il s'établit d'après des signes rétiniens, comme la netteté du bord de l'objet observé. Au premier type appartiendraient, pense Baird, les personnes douées d'un pouvoir normal d'accommodation.

Les résultats pour la série binoculaire brusque diffèrent à certains égards des précédents. Iri les seuils sont extrêmement petits;

— ils sont en général plus grands encore relativement pour éloignenient que pour rapprochement, mais dans un grand nombre Ae cas ils sont à peu près les mêmes; — le rapport du seuil à l'excitant est à peu près constant soit pour rapprochement, soit pour éloignement. Il n'y a ici qu'un type de jugement, le jugement immédiat.

Pour les expériences monoculaires avec déplacement progressif.

les rt^sultals principaux ont été les suivants : on reconnaît à peu près invariablement plus vite l'existence d'un mouvement que la direction de ce mouvement ; — les seuils ont été plus élevés que dans la série brusque ; — les seuils continuent d'être plus élevés pour éloignement que pour rapprochement.

Baird rapporte aussi les résultats d'expériences relatives à la perception de la profondeur absolue soit avec un œil, soit avec deux (profondeur maxima considérée : 900"»°»). En général, il y a eu sous-^stimation; il retient surtout de ces expériences le fait que la profondeur absolue, c'est-à-dire la distance qui sépare l'objet de l'observateur, peut être estimée sans trop d'hésitation même en Tabsence de tout critérium secondaire de la profondeur.

Il conclut que soit l'accommodation, soit la convergence, soit Tune et lautre, contribuent à la perception de la profondeur. Il va plus loin encore et affirme que « C accommodation constitue le signe essentiel de la profondeur dans nos expériences monoculaires » ; il se fonde, pour formuler celte dernière conclusion, sur le fait que Tun de ses sujets, chez qui il existait une inertie marquée de Taccommodation, distinguait mal les distances avec un œil, tandis qu'il les distinguait aussi exactement que les autres avec deux yeux. Le raisonnement de Baird ici est fautif; la convergence, pour certains, est le facteur qui nous renseigne avec quelque exactitude sur la profondeur tlans la vision monoculaire, lorsque nous sommes en présence d'objets inconnus; elle est dirigée alors par l'accommodation, et, par conséquent, si l'accommodation se fait mal, la convergence elle-même ne fonctionne plus que d'une manière confuse et ne peut plus fournir que des renseignements vagues sur la profondeur.

Par rapport à la vision binoculaire, Baird considère la convergence comme le facteur essentiel dans la perception de lu profondeur. Il combat la théorie du rôle de la disparalion des images fournies par les deux yeux, en insistant sur le fait qu'il est impossible de distinguer immédiatement les images doubles directes des images doubles croisées. Ces dernières conclusions seront difficilement admises par certains.

B. Bourdon.

BRL£CKNER(A.). — Helligkeitsbestimmangen farbiger Papiere.

Pfluger's Archiv, 1903, Bd. 98, p. 90-129.

Brûckner décrit d'abord les méthodes antérieurement proposées de détermination de la clarté de papiers colorés, et ensuite une méthode nouvelle, qui lui a été indiquée par Hering. Celle-ci consiste à mettre à la place d'une petite quantité du papier à étudier un gris de même clarté que ce papier. Si on met ainsi un peu de gris sur un disque qu'ensuite on fait tourner, il se produit une couronne qui peut apparaître plus sombre, de même clarté ou

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moins claire que le reste du disque. En modifiant la clarté du papier f:ris, on peut faire varier à volonté celle de la couronne. Les avantages de la méthode consistent en ce qu*on a à comparer, sons le rapport de la clarté, deux couleurs de même ton et de saturations peu dilTérentes, et que le contraste de couleur est à peu près complètement exclu. Briickner désigne cette méthode sous le nom de « Méthode de substitution ».

Briickner communique en outre un certain nombre de résultats obtenus avec cette méthode.

B. Bourdon.

Von CYON (E.). — Beitrâge znr Physiologie des Ranmsinns. Dritter Theil. Tânschongen in der Wahrnemang der Richtnngen dorch das Ohrlabyrinth. — Pfluger's Archiv, 1903, Bd. 94, pp. 139-250.

De Cyon a employé, pour l'étude d'un grand nombre des illusions qu'il considère, la méthode suivante : Une feuille de papier est fixée sur une planche verticale, à la hauteur de la tête du sujet se tenant droit. Celui-ci, les yeux bandés et dans Tobscurité, trace avec un crayon, en se servant d'une règle, des lignes qu'il croit verticales et horizontales. Pour les directions sagittale (d'avant en arrière) et transversale (de gauche à droite), la feuille était placée sur une table horizontale. Les expériences ont été faites sur l'auteur et sur quelques autres personnes.

Illusions quant à la perception des directions dans robscuritc, la tèlf et le corps étant droits, — Ces illusions sont de deux sortes : 1° il y a erreur pour chaque direction ; 2° les angles que forment entre elles les directions tracées dilTèrent plus ou moins des angles normaux. Chez ceux qui ne savent pas dessiner, c'est le premier genre d'illusion qui, d'après de Cyon, se produirait de préférence; cher les dessinateurs exercés, ce serait la seconde. Ceux-ci ne comniettenl pas d'erreur sur la verticale dans l'obscurité, tandis qu'ils peuvent se tromper de plusieurs degrés, dans les mêmes conditions, sur l'horizontale.

Illusions dans la perception des directions verticale et horizontak lors de rotations de la tête autour de son axe safjittal. — Pour presque tous les observateurs, la verticale et l'horizontale de gauche à droite paraissent, dans Tobscurité, inclinées dans le même sens (jue la tète. L'erreur constante de 15°, trouvée par Delage dans des expériences du même genre, n'a pas été constatée par de Cyou.

Illusions lors de rotations de la ttHe autour de ses axes vertical ^^ horizontal. — Les illusions sont peu marquées et ne présentent rien (le particulièrement intt'TCssant.

Illusions dans les directions sagittale et transversale, — Les directions sont trac«'*es sur une feuille de papier placée horizontalement. Los n'"sultals principaux ont été les suivants : « Loi^s de fortes rotations de la trte, d'environ 90", autour de l'axe sagittal, l'illusion

dans la direction sagittale semble se manifester dans le môme sens que ce que nous constatons toujours lors des illusions dans la perception de la verticale dans le cas de rotations de la tète autour du môme axe, quelque grand que puisse être Tangle de rotation.... Si, au contraire, Fangle de rotation ne dépasse pas 40<» ou 45°, la perception de la direction sagittale ne montre qu'une légère augmentation de Terreur commise également la tête droite dans Tobscurité. y*

Influence des positions des yeux sur les illusions dans la perception des directions, — De Cyon a trouvé que la direction du regard, lorsqu'elle est opposée à Tinclinaison de la tête (le regard étant dirigé en haut, les yeux fermés, tandis que la tête est inclinée) exerce une influence sur les illusions relatives à la direction horizontale.

Influence des excitations sonores sur les illusions dans les directions, — De Cyon a constaté, chez certaines personnes, une influence marquée d*excitations sonores préalables sur les illusions de direction. Il conclut de ses observations à ce sujet que « 1° elles fournissent une preuve simple et évidente que les illusions auxquelles sont soumises nos perceptions des trois directions fondamentales dans l'espace obscur reposent en fait sur les sensations de direction provenant du labyrinthe. 2** Ensuite, ces expériences démontrent aussi que les nerfs vestibulaires, qui produisent les sensations de direction, peuvent être impressionnés par des ondes sonores, c'est-à-dire par les mêmes excitants que les nerfs auditifs proprement dits. »

Illusions dans la perception des directions des sons, — Si on tourne la tête autour de son axe sagittal vers la gauche, la source sonore parait se déplacer vers la droite et inversement. De Cyon tire encore de ce fait et d'autres observations du même genre cette conclusion, entre autres, que les ondes sonores sont les excitants généraux des sensations de direction.

De Cyon cite encore quelques faits relatifs aux bruits entotiques, à l'expérience d'Aubert, et à la perception de la position par rapport au -corps d'un meuble, d'une table, par exemple, lorsqu'on se dirige dans l'obscurité vers ce meuble, après avoir d'abord constaté sa position à la lumière; il a constaté, quant à ce dernier point, que, lorsque le bord de la table est parallèle à l'axe transversal du corps, on éprouve l'impression, en essayant de le toucher, qu'il forme un angle avec cet axe.

De Cyon pense, par les diverses expériences dont il vient d'être rendu compte, avoir achevé de prouver que le labyrinthe de l'oreille est le siège du sens de l'espace.

B. Bourdon.

HESS (C). — Untersuchongen tber das AbUingen der Erregnng im Sehorgan nach karzdaaernder Reiznng. — Pfluger's Ârchi?, 1903, Bd. 95, pp. l-lf>.

Hess indique une méthode simple pour constater les phénomènes consécutifs à une excitation de courte durée de la rétine avec de la lumière colorée ou incolore. Elle consiste à employer, dans le cas de lumière incolore, une bande de carton blanc mat de 10-15 centimètres de longueur et 3-6 millimètres de largeur; on fait mouvoir cette bande avec une vitesse modérée (10-25 ^^ par seconde) devant l'un des yeux, dont le regard est dirigé vers le milieu d'une surface uniformément sombre; une maixjue de fixation n'est pas nécessaire pour celui qui est exercé; le novice pourra fixer un point sombre ou noir. On fait varier l'intensité de la lumière en faisant varier l'inclinaison de la bande ou sa distance par rapport à la source lumineuse. Dans le cas de lumière colorée, Hess s'est servi entre autres des dispositions suivantes : 1^ Il a employé des bandes de papier coloré de 4-0 millimètres de largeur, éclairées par la lumière du jour et déplacées devant le mur sombre d'une chambre obscure ; 2» Il a éclairé une bande de papier blanc avec une source lumineuse colorée ; 3® Il a souvent réalisé la coloration du papier blanc au moyen de verres colorés tenus devant l'œil, pendant que la bande de papier était éclairée par la lumière du jour. Hess communi(iue un certain nombre de résultats qu'on peut obtenir avec ces m»Hhodes simples; elles permettent notamment de vérifier l'existence des G phases qu'il distingue : 1. Excitation primaire (phase 1); 2. Court intervalle sombre (phase 2); 3. Image consécutive de courte durée, complémentaire en général comme couleur de l'excitant, plus claire que l'entourage (phase 3); 4. Long intervalle sombre (phase 4); 5. Image consécutive de longue durée, de même couleur que l'excitant, peu saturée, plus claire que l'entourai^e, mais moins claire que la phase 3 ; 6<» image consécutive sombre de longue durée, qui généralement n'est pas nettement visible dès la disparition de la phase 5, et ne le devient qu'un peu plus tard (phase G).

B. Bourdon.

HESS (C). — Beobaclitungen ûber das foveale Sehen der total Farbenblinden. — PiUiger's Archiv, Bd. 98, 1903, pp. 4G4-474.

Hess critique d'abord les hypothèses proposées dans ces dernières années relativement à la cécité totale pour les couleurs, et d'après lesquelles il y aurait dans ce cas absence ou insuffisance d(î functionnement des cônes. 11 communique ensuite un certain nombre d'observations d'où il résulte que la vision fovéale chez les

pei^onnes atteintes d'achromatopsie totale présente par rapport à la vision périph(»rique les mômes caractères que cliez les personnes normales. Il a examiné la vision fovéale de ses sujets particulièrement au point de vue du retard fovéal des phases 1 et 3 du processus consécutif à une excitation rétinienne de courte durée (voir ci-dessus l'analyse de ses Untersuchungen ûber das Abklingen,,,), Sa conclusion est que « la région fovéale de Tœil atteint d'achromatopsie totale se comporte comme celle de Tœil normal, non seulement par rapport à la moindre sensibilité pour la lumière de l'œil adapté pour l'obscurité, mais encore par rapport au retard caractéristique de la première et de la troisième phase du processus d'excitation qui suit une impression de courte durée. »

B. Bourdon.

LADD-FRANKLIN (CHR.) et GUTTMANN (H.). — Uber das Sehen dnrch Schleier {Sur la vision à travers un voile). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXI, 248-266, 1903.

Le trouble qu'apporte à la vue la présence d'un tissu à mailles larges, d'un « voile » varie, comme on sait, avec la position de celui-ci par rapport à l'œil de l'observateur et à l'objet considéré. Supposons que le voile se trouve à une petite distance dé l'œil accommodé pour un objet éloigné : les divers points du tissu projetteront sur la rétine des cercles de diffusion étendus qui se confondront plus ou moins; ils ne donneront pas lieu à la formation d'images nettes, mais ils auront seulement pour effet d'obscurcir le chami) visuel. Le sujet verra à travers le voile à peu près comme k travers un verre gris transparent. — Supposons, d'autre part, que le voile soit placé très près de l'objet mais à une certaine distance de l'œil : les fils du tissu masqueront les détails de l'objet et en rendront la vue moins distincte; ils pourront, en outre, dans certains cas, réfléchir de la lumière — un voile blanc, par exemple — qui diminuera encore la netteté de l'image. — Supposons ♦^nfin que l'œil soit accommodé pour un objet éloigné et que le voile interposé soit à une distance telle que les fils forment sur la rétine des images diffuses mais toutefois distinctes les unes des autres : certains points de l'objet considéré seront aperçus soit dans les intervalles des images diffuses, soit au travers des parties relativement claires de celles-ci; d'autres seront masqués complètement. Dans ces conditions, les images du voile et de l'objet tendront à se confondre : l'accommodation deviendra moins stable. Ce nouveau facteur interviendra à côté des précédents et il agira dans le même sens qu'eux.

Les auteurs ont estimé que ces divers phénomènes méritaient une étude détaillée et ils ont entrepris de mesurer les modifications de fàcuité visuelle qu'entraîne la présence, devant l'œil, d'un

tissu à larges mailles (voile, toiles métalliques). — Ils se sont servis, comme objets, des optotypes de Pflûger (systèmes de traits, de différentes grandeurs, affectant tous la forme d'un E) qu'ils fixaient à 10 mètres du sujet. Celui-ci les observait, la tète flxée, monoculairement, à travers un diaphragme de 5 millimètres de diamètre. Le voile, tendu dans un cadre, était placé à 10, 20, 30« 40, 50, 60, 70, 80, 90, 100, 120, 150, 300, 1 000 centimètres de Tûeil et l'acuité visuelle déterminée pour chacune de ces positions. — Des expériences que les auteurs ont exécutées avec beaucoup de soin sur une dizaine de sujets, il résulte que, pour des distances croissantes du voile à Tœil, Vacuité visuelle diminue (Vabord, atteint un minimum — lequel correspond à une distance égale au moins à 30, au plus à 90 centimètres — puis augmente peu à peu assez régulièrement. Un exemple numérique fera saisir plus nettement cette variation :

Sujet : D' Ebs.

Acuilé visuelle : 2 1/2 — 3. — Toile métallique dont les Gis mesuraient 0,3 millimètre d'épaisseur et les mailles 1 millimètre carré.

Distances en centimètres, 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 120 150 300

Acuité visuelle con*espondante, 2,25 2,25 2,25 1,87 1,75 1,75 1,50 i,50 1,50 1,75 1,75 2,00 2,25

Cette variation est typique; elle apparaît chez les sujets les plus divers et dans des conditions d'expérience très différentes.

J. Larguier des Bancels.

PIPER (H). — Uber Dunkeladaptation (Swr Cadnplation de FœH à rohscurité). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXI, 161- 215, 1903.

Los recherches étendues de Piper apportent une tros utile contribution à nos connaissances sur l'adaptation de l'œil à l'obscurité. Cette question, si importante à tous égards, n\i donné lieu qu'à un très petit nombre de travaux systématiques. A côté des expériences anciennes d'Aubert (1805), on ne saurait guère citer jusqu'ici que celles de Charpentier et de Treitel. La méthode compliquée du premier a fourni des résultats tout à fait inexacts sur le cours de l'adaptation — la sensibilité de l'œil croîtrait extrêmement vite dans les premières minutes, puis de plus en plus lentement, i»our atteindre au bout d'environ deux heures un maximum approximatif : à ce moment, le seuil ne comporterait plus que lo 1/35 (le sa valeur initiale; — et si les déterminations de Charpentier sont intiniment meilleures, elles sont loin d'être parfaitement satisfaisantes.

L'auteur s'est efforcé avant tout de suivre le progrès de Tadapta-

tion en fonction du temps. Le procédé technique qu'il a choisi parait très correct. L'objet lumineux, qui servait à la détermination du seuil, était une surface carrée (10 x lOc"»), que le sujet observait — la tète immobilisée — à 30 centimètres de distance; il apparaissait de la sorte sous un angle tel que Timage rétinienne débordât dans tous les cas la région fovéale — laquelle ne possède, d'après V. Kries, etc., qu'une faculté d'adaptation minime ou nulle. La surface éclairée était obtenue de la manière suivante. Un carton blanc transparent était fixé devant une ouverture de 30 centimètres de côtés pratiquée dans la paroi d'une caisse à l'intérieur de laquelle se trouvait, à 50 centimètres en arrière, une lampe à incandescence de 50 bougies. Celle-ci, dont l'éclat pouvait être diminué à l'aide de plaques de verre laiteux, illuminait le carton et fournissait ainsi une plage uniformément brillante. Cette plage projetait, à son tour, sur le verre dépoli d'une chambre obscure une image carrée de 10 centimètres de côtés, qui constituait l'excitant; un diaphragme à iris (d'ouverture maximale égale à 16<^™), fixé devant l'objectif de la chambre, permettait d'en varier régulièrement l'intensité. Les appareils étaient disposés dans deux pièces à parois noircies : dans l'une se trouvait la source de lumière, ainsi que l'objectif et le diaphragme de la chambre obscure, — qui traversait le mur de séparation; —- dans l'autre, l'image de 10 centimètres de côtés et le sujet. Ce dispositif donnait un objet lumineux dont la clarté était susceptible de modifications continues entre des limites fort éloignées et dont la qualité restait néanmoins constante. Les intensités correspondant aux divers degrés d'ouverture du diaphragme et à l'interposition des verres laiteux avaient 4^té déterminées avec soin dans une série de mesures photométriques préalables.

Pour obtenir les renseignements les plus complets sur le développement de l'adaptation à l'obscurité, il était nécessaire de choisir comme point de départ, dans la série des mesures, l'état où Tceil fût au degré maximum d'adaptation à la lumière. Un séjour plus ou moins prolongé à l'air libre (de 15 à 60 minutes) pendant lequel le sujet considérait des surfaces moyennement éclairées (un ciel nuageux, l'automne, par exemple) suffisait à provoquer l'apparition de l'état convenable. On pourrait douter qu'un tel procédé permit de déterminer une adaptation maximale. L'auteur s'est assuré que celle-ci était, en fait, indépendante, dans une large mesure, de l'intensité de i'éclairement et plus encore de la durée de celui-ci (un quart d'heure à plusieurs heures).

Les détenninations du seuil étaient exécutées toutes les deux ou trois minutes, au début, puis à des intervalles plus étendus. Ces déterminations n'offrent aucune difficulté particulière, mais il faut tenir compte d'un phénomène remarquable que Charpentier et d'autres ont noté, il y a longtemps déjà. Si l'on augmente peu à peu l'intensité de l'excitant — d'abord infra-liminaire — on parvient à une valeur qui donne lieu brusquement à une sensation relativement forte; on peut alors diminuer l'intensité de l'excitant, l'année psychologique. X. 27

sans que la sensation lumineuse disparaisse tout de suite et troufer un nouveau seuil, extrêmement net, inférieur au premier. C'est ce second seuil qui a toujours été évalué et introduit dans les calculs.

Les observations ont porté sur 12 trichromates normaux, 2 trichromates anormaux, 1 protanope (aveugle pour le rouge, d*après la terminologie de Ilelmholtz) et 3 deutéranopes (aveugles poor le vert).

I. — Elles ont eu pour premier objet d'établir le cours typique de l'adaptation, dans la vision binoculaire. Le tableau suivant contient, à titre d'exemple, quelques-uns des résultats obtenus chei des sujets normaux. Le nombre donné sous « sensibilité rétinienne »> est égal, dans chaque cas, h la valeur réciproque du seuil considéré. L'unité est naturellement arbitraire : elle est définie par les constantes de l'appareil employé.

SCIIAEFER

)' Piper

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Sensibilit<i

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Temps.

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rétinienne.

Temps.

rétinienne.

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Comiiio il rassort de ces mesures — et les autres séries sont tout ;ï fait analoizues — In sensibilité de la rétine, adaptée à la lumière, rroit, pendant un séjour à robscurité, iVabord lentement (dans les 10 à 12 preniièn's minutes), puis rapidement pour atteindre, aprè^ un temps plus ou moins considérable, tin maximum relatif. Si l'on porte, d.'ins un système de coordonnées rectangulaires, les temps sur l'axe (les abscisses et les valeurs correspondantes de la sensibililé rt'tinienne en ordonnées, on obtient une courbe qui s'élève insensiblenu'nt au début et devient à la fin à peu près parallèle à l'axe des abscisses. — Les mesures de Charpentier fournissent des courbes dunt l'allure rappelle grossièrement celle-là. Quant aux

résultats d'Aubert, dont j*ai rappelé l'expression en comnaençant, ils sont tout à fait opposés à ceux de Piper.

Le caractère des courbes individuelles est très constant. Des épreuves répétées à de longs intervalles, donnent des valeurs très voisines les unes des autres. — Grâce aux conditions extrêmement simples de l'observation, Tinfluence de Texercice est négligeable : Tauteur n'a pu la déceler chez aucun de ses sujets. Seuls les effets d'excitation consécutive (à la suite d'une adaptation à une lumière très vive) ou l'intei-vention des lueurs oculaires peuvent dans certains cas modifier le seuil et en rendre la détermination difficile.

Piper a suivie en général, le progrès de l'adaptation au cours de la première heure. Il a constaté que la sensibilité rétinienne ne cessait pas de croître au bout de ce temps, mais que l'augmentation ne se poursuivait plus qu'avec un extrême lenteur. La valeur obtenue pour la sensibilité après huit heures de séjour à l'obscurité est supérieure à la valeur obtenue après une heure, de la moitié ou du double. Ainsi l'auteur a déterminé sur lui-même les valeurs suivantes : 73 047 unités d'une part, 127 550 de l'autre.

Si la comparaison des courbes individuelles manifeste des différences plus ou moins importantes, sinon dans la forme générale qu'elles affectent, du moins dans les dimensions absolues de leurs parties (grandeur, temps de l'adaptation), elle ne permet de distinguer par aucun caractère précis les sujets dont la sensibilité pour les couleurs est anormale. !l n'y a pas de corrélation à établir entre tel type de cécité et tel type de courbe d'adaptation. La sensibilité rétinienne de certains trichromates croit vite et fortement à l'obscu^ rite, la sensibilité de certains autres augmente lentement et dans une proportion beaucoup moindre : il en est exactement de même des trichromates anormaux et des dichromates, qu'ils soient aveugles pour le rouge ou le vert : les courbes d'adaptation qu'ils présentent n'offrent rien qui soit significatif de leur état. Les déterminations de Piper sont démonstratives à cet égard et le résultat qu'elles apportent est d'un très grand intérêt : il est en opposition absolue avec l'assertion énoncée récemment par Tschermak t'en particulier dans les Ergebnisse der Physiologie) et d'après laquelle il existerait une relation constante entre les particularités du sens des couleurs et celles de l'adaptation à l'obscurité; il est d'accord, au contraire, avec les théories qui requièrent pour l'adaptation un appareil indépendant.

L'auteur a recherché si la santonine, qui, comme on sait, altère profondément la vision des couleurs, modifiait le cours de l'adaptation. Ses observations l'ont conduit à une conclusion entièrement négative.

II. — Les expériences de Piper sur l'adaptation binoculaire et Fadaptation monoculaire ont apporté des données remarquables et qui méritent également de retenir l'attention.

Les valeurs du seuil, dont il a été question plus haut, ont été fixées dans la vision binoculaire : les valeurs obtenues dans la vision monoculaire en diffèrent profondément. L'auteur s'est arrête

à un procédé de comparaison très simple. Il exécutait, dans one même séance, plusieurs groupes de trois déterminations immédiatement successives : elles portaient sur les deux yeux à la fois, puis sur chacun des deux yeux séparément. Le tableau suivant contient un exemple des résultats recueillis de la sorte (sujet : le professeur Nagel). Piper s'est assuré d*ailleurs dans des expériences de contrôle variées — déterminations binoculaires et monoculaires exécutées dans des séances différentes, changements dans Tordre de» trois épreuves — que la méthode d'évaluations successives était correcte.

DftTIRMUCAnOXS

DÊTERMIRATlOlfS

DÉTERMINATlONâ |

BlNOCt'LAlRES

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