‹ L'année psychologiqueChapitre 95 sur 205 · TOUCHER — GOUT — ODORAT · texte numérisé non relu

TOUCHER — GOUT — ODORAT

ZWAABDEMAKEU (H.). -* Riechend schmecken {Gustation nasale). Arch. f. Anat. u. Phys. ; Phys. Abtheil., 1903, 120-129.

Zwaardemaker et Rollet ont, en 1899, attiré Tattention sur la sensation gustalive — douce — que la vapeur de chloroforme, aspirée par le nez, est en état de provoquer. Il est probable que cette sensation est due à l'excitation d'organes sensoriels spéciaux, disséminés dans la muqueuse olfactive et analogues aux boutons épithéliaux que Disse a découverts, dans cette région, chez divers mammifères. Gradenigo a montré, en tous cas, que Tànesthésie de la cavité buccale et du pharynx, à Taide d'acide gymnémique — lequel, comme on sait, abolit la sensibilité pour les saveurs douces — n'entraîne pas la disparition de cette « gustation nasale ». — L'auteur s'est proposé de déterminer le seuil de la sensation gustative (nasale) et celui de la sensation olfactive, pour le chloroforme el pour Téther. Le principe de la méthode olfactométrique employée a ét«'' décrit dans V Année par Zwaardemaker lui-même : nous renvoyons le lecteur à son article {Année psychologique, V, p. 202 et suiv.j. Les expériences, exécutées avec un soin minutieux, ont apporté les résultats suivants : le seuil de la sensation olfactive correspond à une concentration de

Chloroforme 2,60 milligrammes par litre d'air

Éther 0,07 — —

et celui de la sensation gustative, à une concentration de

Chloroforme. 13,0 milligr. par litre d'air (Sensation de doux). Elher 12,6 — — (Sensation d'amer).

J. Larguier des Bancels.

BEATRICE EDGEL. — On Time Jndgment (Les jugements de temps). Amer. J. of Psychol., juillet-octobre 1903, p. 154-174.

Recherches expérimentales, qui ont conduit aux deux conclusions suivantes : 1<* les courtes durées (1 sec. 1/2 et au-dessous) sont surestimées, les longues durées (2 sec. et au-dessus) sont sousestimées; 29 l'appréciation des durées présente des erreui-s qui ne suivent pas les lois de Weber.

KOSLOWSKI. — La Psychogénôse de 1 étendue. Rev. philos., déc. 1902 etjanv. 1903.

Le problème est le suivant : déduire des lois et des faits de la perception étendue les formes spatiales du monde extérieur.

L'auteur, dans un aperçu historique, après avoir passé en revue les théories de Berkeley, Bain, J.-S. Mill, Herbart, Weber, Lotze, Helmholtz, Wundt, Gôring, Bergson, Dunan, présente à son tour une théorie sous le titre de tentative de solution.

Pour se rendre compte de la part que prennent les différentes sphères de notre sensualité dans la formation des notions de l'étendue sous sa forme la plus immédiate, on peut employer deux méthodes, ou se servir des données physiologiques normales ou, à l'exemple de Condillac, dans son hypothèse célèbre de la statue, choisir la méthode d'exclusion réelle ou idéale de certains pouvoirs.

C'est à cette seconde méthode que Tauteur donne la préférence, sans pourtant éliminer la première.

Supposons d'abord que nous ne possédons que des organes tactiles dépourvus de tout mouvement. Tant que nos organes tactiles restent sous la pression atmosphérique ordinaire, ils n'éprouvent aucune sensation. Mais dès que cette pression est augmentée, nous éprouvons la sensation de quelque chose d'extérieur, une sensation du corporel. La perception primordiale et unique qui caractérise le tact est le sentiment de résistance, et l'intuition de p/em, de masse (d'une corporéité) est l'unique produit immédiat do ce sens. Le terme : sentiment de résistance me semble bien mal

clK>isi; quant à faire dériver immédiat ement rintuilion de masse d'une pure sensation tactile, cela me paraît bien hasardeux. Mais

passons.

I/auteur cherche à continuer sa conclusion par les observations sur les aveutzies-nés. Il donne à ce premier élément de retendue le nom d\'tendue physique ou tactile.

Un second genre de notions est fourni par le sens musculaire. Ce sens nous donne la perception du vide, d'une distance; mais il ne nous fait pas connaître la distance et le vide, deux concepts sur lesquels repose la notion du mouvement, il nous oblige à les construire, à les créer en quelque sorte. Ce ne sont pas les seules notions que fournissent les mouvements. Quand ces mouvements tendent à déplacer un objet matériel quelconque. nous éprouvons une résistance plus ou moins grande; l'élément dynamique du mouvement entre en jeu. Notre effort, s'il trouve une issue, produit la notion du mouvement; s'il rencontre une résistance invincible, il se fait sentir comme une tension, une force. Je me contenterai de remarquer, à propos de cette dernière phrase, que cette tension existe également dans les deux cas, que Ton soulève un poids très lourd, par exemple, ou que ce poids soit trop lourd pour être soulevé.

Les mouvements donnent donc le fondement de trois concepts qui entrent comme éléments constitutifs de la notion du monde étendu : le vide, la distance, la force. C'est ce que l'auteur appelle Vctendue motrice active et perceptive.

Il pass«» alors aux impressions visuelles. Le contenu qualitatif de rimpressi(»n visuelh* c'est la couleur. Ce qui forme la particularité do ce c«^ntenu, c'est qu'il ne peut pas être séparé de l'extension. Un tniit nouveau détinit la perception visuelle, le contour ou limite à laquelle une couleur est interrompue pour donner place à une autre. Ce (jui caractérise essentiellement la vision, c'est la perception inimcdiale de l'extension à deux dimensions. D'un autre côté, nous sommes dans l'impossibilité de percevoir la distance par la vue seule. Ici l'auteur invoque de nouveau les observations sur les avt'uules-iiés. La notion de distance se forme irraduellement et par riulermédiaire des mouvements. 11 apptdle Hendue géométrique le troisième i:enre d'étendue qui est produit par la vision.

(Test avec ces trois genres d'étendue que nous construisons nos notions du cor[)s et du vide. Le contenu de la perception tactile, la résista net? ou la masse, se synthétise avec le contenu de la perception visuelle, la couleur, pour former la notion du corps; la représ»'ntation motrice de la distance, qui n'a qu'une dimension, se combine avec les deux dimensions de la forme de la perception visu«'lle pour produire l'intuition île l'espace à trois dimensions lie vide;. L'élément moteur du vide est transféré ensuite dans l'espaie rempli et c'est ainsi que surtrit la notion d'un objet stéréonn''lrique.

La fusirm inconsciente de ces divers éléments sensoriels est suivi»' d'une ségrégation subséquente qui n'est qu'une opération

Googk-

inverse. C'est ainsi que Tesprit en extrait successivement les notions de forme, volume, matière, et en fait dériver les idées de Tunité des forces physiques, de l'unité de matière, de Tégalité d'action et de réaction et de Timpénétrabilité de la matière.

Je terminerai cette analyse en reproduisant textuellement les conclusions de ce travail. « La représentation du monde étendu est le résultat d'une synthèse psychique de trois sphères distinctes de notre sensibilité qui, dans leurs intuitions immédiates, contiennent les germes des concepts fondamentaux suivants : 1° la masse, qui est l'hypostase de la sensation tactile de résistance (pression); 2» la force qui est la forme subjective du mottvement (énergie), et l'hypostase du sentiment musculaire; 3<* la forme déterminée qualitativement par la couleur — comme produit de la vision. Les deux premiers servent de base aux concepts du plein et du vide; le troisième facilite leur synthèse parce qu'il contient l'élément formel (figure) gui se fusionne avec le vide, et l'élément de contenu (couleur) qui se fusionne avec le plein. Grâce à la vision, les notions vagues du plein et du vide se transforment en idées intuitives d'espace géométrique et des corps qu'il contient, formés d'après les mêmes principes géométriques ».

Ce travail, imprégné comme on le voit de l'esprit métaphysique, s'appuie trop fréquemment sur l'a priori et non sur les bases solides de la physiologie et de la psychologie physiologique. L'idée de recourir à l'hypothèse de Condillac et de sa trop célèbre statue suffit à caractériser les tendances de l'auteur, tendances qui me paraissent funestes et ne peuvent, à mon avis, conduire ù aucun résultat.

Beaunis.

MARILLÏER (L.) et PHILIPPE (J.). — Sur la percepUon des différences tactiles. — Rev. phil., déc. 1903.

W. James a voulu vérifier lui-même ce que produiraient les contacts d'un compas de Weber muni de deux pointes différentes. D'après lui, la différence de l'excitation sensorielle, à la peau, ne modifie pas sensiblement la clarté des perceptions spatiales. En employant comme contacts : a) deux grosses têtes d'aiguilles; b) deux têtes de vis; c) une tête d'aiguille et une tête de vis, les contacts qui donnaient des sensations qualitativement différentes (combinaison c) ne facilitaient que très peu la discrimination. Si, au contraire, un des deux contacts pivotait sur place, tandis que l'autre restait immobile, les deux contacts étant semblables (combinaisons 0 et 6), il était bien plus facile de percevoir leur distance. D'où W. James conclut qu'il intervient certainement, dans la genèse tactile de notre idée spatiale, une perception de mouvement.

Les expériences de W. James étaient très peu nombreuses. Marinier et Philippe ont voulu les vérifier et voir si réellement le

sens cutané est incapable de percevoir, sous le compas de Weber, autre chose que Técart de deux contacts, et si la peau ignore lotolement les formes dont elle perçoit le contact. Pour ces expériences dont les détails ont été publiés dans le Journal de Physiologie et di Pathologie générales pour 1903, ils ont employJ des sphères et des cylindres d'ivoire de i millimètre de diamètre, et des prismes triangulaires de 1 millimètre de côté.

Ils ont exploré ainsi toute la surface cutanée et sont arrivés à des résultats qui ne concordent nullement avec ceux de W. James. Leurs expériences démontrent que le sens cutané possède celle aptitude discriminative que lui refusait James et qu*il perçoit (consciemment ou inconsciemment) la différence des formes appliquées sur la peau. De même les contacts différents sont perçus à une distance sensiblement moindre que les contacts semblables. Cette aptitude discriminative varie du reste avec les sujets et suivant les régions explorées. A Tinverse de la sensibilité cutanée, elle s'accroît avec Fûge et est plus fine chez Tadulte que chez l'enfant.

Il y a donc, dans ces sensations, quelque chose comme une vision tactile des formes de l'objet appuyé sur la peau. Reste à savoir si c'est la vue qui, la première, a fait sur ce point l'éducation du tact, ou si c'est au contraire celui-ci qui débrouilla le chaos de Tenfant et lui forma les yeux; ou enfin si chaque sens s'est lui-même formé, indépendamment de l'autre et parallèlement.

Reste aussi à savoir quel est le rôle de l'attention dans les sensations de ce genre. Ce qu'il y a de certain, c'est que les variations que l'on observe, d'un jour à l'autre, chez le même sujet, pour la niOme réf:ion, prouvent que ces perceptions dépendent, plus que les visuelles, de rinlluencc de i attention.

H. Beavnis.

HEIMANN (K. . — Die scheinbare Vergrôsserung der Sonne und des Mondes am Horizont {L'ayrandisscment apparent du soleil et de la lune à thorizon). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXX, iOi-1%, 1002.

Dans ce deuxième article — le premier avait pour objet riiistoire du problème, d'Arislote aux auteurs contemporains les plus récents {voir Zfits., XXX, i-39). — Rcimann expose les résultats de ses recherches personnelles. Ses observations ont porté :

1° Sur la grandeur apparente du soleil à l'horizon, le soir, et au point culminant de sa course (à midi). — L'auteur exécutait ses mesures par comparaison avec un disque de carton blanc (lixé à la hauteur de Tn'il) dont il s'éloignait de telle sorte que l'image en parût égale à celle de l'astre. De mesures effectuées du 2**» juillet au l*^'" août 1894, par Reimann et l'un de ses amis, il résulte qu'un dlsijue de 34 centimètres de diamètre est jugé équivalent au soleil.

le soir, à une distance de 11,47 mètres, à midi, à une distance de 38,11 mètres. Le rapport de cette distance à la première est égal à 3,32. D'autre part, un disque de 34 centimètres est aperçu à 38,11 mètres de distance sous un angle de 30,7 minutes : cet angle ne diffère pas sensiblement de celui sous lequel apparaît le diamètre vrai du soleil à la fin de juillet (31,5 minutes). En conséquence, d'après les estimations de Reimann, le diamètre du soleil semble a peu près trois fois et demi plus grand à Thorizon qu'au point de culmination {à 55°), hauteur à laquelle Tastre paraît avoir les mêmes dimensions qu'un disque dont l'observateur est tellement éloigné que les deux objets soient vus sous le même angle. Des déterminations opérées de la même manière en septembre 1894 et 1895 ont apporté la confirmation de ces résultats.

2^ Sur la comparaison d'objets (disques de carton; écarts de deux lignes blancbes ou noires; de deux lignes lumineuses) situés au zénith et à l'horizon de l'observateur. — Les expériences avaient lieu soit en plein air — la distance des objets étant de 15 mètres,

— soit dans une chambre à plafond élevé. Il résulte des nombreuses comparaisons effectuées par Reimann et les sujets dont il disposait qu'un objet situé au zénith est légèrement surestimé (de quelques centièmes au maximum) de jour. Il en est autrement pour les objets lumineux observés dans un espace obscur : l'objet situé à l'horizon est surestimé (de un dixième environ. Dans ce cas les résultats sont d'ailleurs moins constants que dans le premier).

La direction du regard est sans influence sur l'estimation.

3° Sur la forme et les dimensions de la voûte apparente du ciel.

— L'auteur a repris la méthode indiquée par Smith, à la fin du xviii* siècle et qui consiste à évaluer le milieu de l'arc compris entre l'horizon et le zénith. Il place ce milieu à environ 2i^ audessus de l'horizon, pendant le jour. Il a constaté d'ailleurs une légère différence suivant les saisons et les diverses conditions météorologiques. Le ciel nuageux semble plus aplati que le ciel clair, etc. — La hauteur de ce point donne une idée de la courbure moyenne de la voûte; mais pour, obtenir les dimensions relatives de celle-ci, il est indispensable de faire un hypothèse sur la forme qu'elle affecte. Smith la supposait sphérique; d'autres l'estiment elliptique. Les observations de Reimann confirment l'opinion de Smith ; la voûte du ciel peut être considérée comme une calotte sphérique dont le rayon horizontal est 3,5 fois plus grand que l'axe vertical (Drobisch a donné des formules qui permettent, une fois déterminé le milieu d'un arc vertical quelconque dont les extrémités sont connues, de calculer la hauteur du milieu de l'arc compris entre le zénith et l'horizon. En opérant sur divers arcs, on n'obtiendra pour cette hauteur des valeurs identiques que si l'hypothèse de la sphéricité qui est h la base des formules employées est exacte. C'est cette vérification que Reimann a exécutée).

L'apparence de la voûte ne serait pas illusoire, pas plus du moins que ne l'est la paroi qui semble enfermer à une certaine

L*ANNéE PSYCHOLOGIQUE. X. 28

distance l'observateur placé au milieu du brouillard. Elle tiendrait à la présence de la masse athniospht^rique ou plus précisément de ses couches relativement opaques. Les dimensions absolues de U voûte seraient, environ, 50 kilomètres pour le rayon horizontal et 15 kilomètres pour Taxe vertical (observation de montagnes à l'horizon, etc.). Elles varient d'ailleurs dans une certaine mesure avec les conditions météorologiques. Les dimensions données ici correspondent à un temps clair.

De cet ensemble d'observations l'auteur conclut, fort naturellement, en faveur de la théorie classique. Les astres paraissent grandis à l'horizon, parce qu'ils semblent plus éloignés, et ik semblent plus éloignés parce qu'ils sont projetés sur la route céleste, laquelle présente un rayon horizontal trois fois et demi plus grand que son axe vertical. Au rapport de ces deux grandeurs correspond bien le rapport des dimensions du soleil vu à l'horizon et au mériditMi.

J. Larguier des Bancels.

(lUTTMANN (A.). — Blickrichtung and Grôssenschâtzong {Direction du regard et estimation des grandeurs). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXll, 333-346, 1903.

Divers auteurs, Zoth en particulier, ont prétendu que si les astres n'ont pas la uiènie grandeur apparente à l'horizon et au zéuilh, c'est (ju'ils sont considérés avec des directions différentes du regard. '« Tout objet semblerait plus petit quand il est aperçu avec le reuard élevé qu'avec le regard droit ». Zoth a apporté des expériences à l'appui de cette proposition : h? prési^nt travail a pour objet de contrôler l'exactitude et la valeur de celles-ci.

La perc(î[>tion d'un objet, observé dans les conditions où les astres se présentent, est susceptible, en principe, de deux interpr»^ talions ditTérentes. L'illusion peut porter sur la distance ou sur la grandeur. Tel objet, comparé à tel autre, semblera plus petit ou jilus éloigné. Dans le but de vérifier l'assertion de Zoth, d'une manière décisive et sans laisser place à l'équivoque, (iutlmann s'est efîorcé d'éliininer dans ses expériences l'intervention de l'illusion de disUmce : il y a réussi comme suit.

L'auleur a choisi, d'abord, comme objet de comparaison, liidiilance maniuée par un couple de lignes. — Deux bandes de carton dont les tranches opposées étaient noircies à l'encre de Chine pouvaient être déplacées dans l'interstice de deux feuilles de papier (de 20 centimètres de longueur sur 10 centimètres de hauteur' appliquées l'une contre l'autre et dont l'antérieure était percée dans sa longueur d'une fenêtre large de 2 centimètres. Ce dispositif permettait d'établir des « distances » de grandeur variable à volonté: elles étaient limitées par deux lignes parallèles, de 2 centimètres de hauteur, apj)araissant en noir sur fond blanc. — Deux appareils à

glissière semblables servaient aux comparaisons. Il étaient fixés au cercle d*un périmètre, c'est-à-dire assez près du sujet pour que celui-ci — qui d'ailleurs connaissait l'instrument — pût se convaincre du premier coup que ces deux objets étaient également éloignés de son œil (à 36 centimètres). L'un était placé à l'horizon, l'autre à 40^ d'élévation. Il est difficile de fixer un objet situé à une plus grande hauteur sans déplacer la tête, ce qu'il fallait éviter. Les observations étaient exécutées monoculairement. — Les glissières du carton supérieur étaient fixées au début d'une série d'épreuves, . à une distance déterminée — 3 centimètres par exemple; — le sujet avait pour tâche de déplacer celles du carton inférieur de telle sorte qu'elles parussent écartées l'une de l'autre de la même quantité que les premières. L'expérience comportait, pour chaque distance, environ vingt épreuves.

Voici les évaluations de l'auteur; les résultats moyens sont contenus dans le tableau suivant :

Distance tïxo des lignes situées Distance des lignes dont l'écart est

à 40» d'élévation.

estimé

égal

3 centimètres.

2,%9 centimètres.

Comme il ressort clairement de ce tableau, Its distances perçues avec le regard élevé sont sous-estimées. L'écart est, en moyenne, égal à — 3,60 p. 100.

Dans une série d'épreuves les résultats sont d'ailleurs très constants. Pour une distance fixe de 6 centimètres, par exemple, l'auteur fournit les évaluations suivantes : 5,9 — 6,0^) — 5,9 — 5,7

L'auteur a constaté, d'autre part, que Vabaissement du regard — de 40^ au-dessous de l'horizon — est sans influence sur l'estimation des grandeurs. L*écart observé dans une importante série de nouvelles recherches est égal, en effet, à environ 1/2 p. 100 : il est négligeable.

(iuttmann a comparé ensuite, dans des conditions analogues, des disques lumineux. — Ces disques étaient obtenus à l'aide de deux diaphragmes à iris, fixés sur la paroi d'une caisse éclairée du dedans. La caisse était disposée de telle sorte que l'un d'eux fût à la hauteur de l'cril du sujet, l'autre à 40° au dessus de l'horizon. La distance de l'œil à chacun des disques était de 25 centimètres. — Les observations étaient effectuées monoculairement. La tête était maintenue immobile.

Voici les évaluations moyennes de l'auteur et de Piper :

Diamètre fixo da disque situé à 40*. Diamètre estimé égal à rhoriiOB.

rv. ( 12 millimi

Piper I 44 __

12 millimètres. 11,49 millimètres. 95,75 p. 100. 13,58 — 97,00 —

Guttmann.... 14 — 13,535 — 96,67 —

Ces résultats sont très voisins des précédents. L't;cart moyen est ici égal à — 3,53 p. 100 (au lieu de — 3,66 p. 100).

En conclusion, Tévaluation des objets — aperçus d'ailleurs dans des conditions identiques et interprétés en tant que grandeurs — varie avec la direction du regard. Des distances, des surfaces, situées à une trentaine de centimètres de Tobservateur, paraissent plus petites à 40^ au-dessus de Thorizon qu'à la bauteur de Tœil. La différence est d'environ 3 1/2 à 3 2/3 p. 100.

11 n'y a aucune objection à faire à ces expériences. Mais il serait imprudent d'attribuer une valeur générale aux données qu'elles ont apportées, et de vouloir en tirer parti dans Tinterprétation des apparences qu'offrent les objets célestes. Les expériences de l'auteur sont en accord avec les conclusions de Zoth : elles sont en contradiction avec celles de Bourdon (voir La perception visuelle de r espace, p. 420), et avec celles de Heimann. Les résultats obtenus par ce dernier sont, en particulier, directement opposés à ceux de Guttmann (voir les expériences de Reimann sur les disques et les distances signalées plus haut). Il est au reste à peine légitime de comparer des recherches exécutées dans des conditions aussi différentes.

J. Larguier des Bancels

SACHS (M.) ET MELLEH (J.). — Untersuchungen fiber die optische und haptische Lokalisation bel Neigungen um eine sagittale Achse (Inclinaison du curps autour d'un axe sofjittal et localiaatm à l'aide de la vue et du toucher). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXI, 89-110, 1903.

Les auteurs se sont efforcés de déterminer exactement, d'une part, les modifications qu'entraîne dans la localisation des objets extérieurs l'inclinaison latérale du tronc et de la t<He, d'autre part, et dans les mômes conditions, la position apparente du corps luimême. Ils ont étudié, de plus, les relations que soutiennent les deux groupes de phénomt'nes. — Dans les expériences de localisation « haptique » le sujet estimait, à l'aide des deux mains, les yeux fermés, la direction d'une tige métallique, polie, de 40 centimètres de longueur, insérée dans un cadre, mobile autour d'un axe sagittal. Ce cadre portait on outre trois pointes superposées qu'une simple pression du doigt enfonçait dans une feuille de papier tendue derrière lui. Ce dispositif, simple et commode, permettait à la fois de repérer la position de la tige, à chaque épreuve, et de noter la réponse du sujet : si, par exemple, la partie inférieure de la tige semblait s'écarter de la verticale à droite ou à gauche, Tex-

périmentateur utilisait la pointe supérieure ou inférieure; si la Lige semblait coïncider avec la verticale, il employait la pointe ntermédiaire. — Dans les expériences de localisation « optique », a tige était remplacée par une fente lumineuse placée à environ l mètres de Tobservateur. — Enfin, la position apparente du corps ^t de la tête était déterminée par comparaison avec la tige métalique que le sujet palpait les yeux fermés. — Dans tous les cas, la ;ête était immobilisée à l'aide d'une planchette introduite entre es dents; le corps était fixé sur un bâti mobile autour d'un axe >agittal.

Voici les résultats principaux auxquels les auteurs sont parvenus : si le corps est incliné latéralement, la tète restant droite, la verti- :ale apparente « haptique » est, en réalité, inclinée dans le même iens que le corps. Le déplacement de la verticale apparente < optique » est de môme sens, njais moins prononcé.

Si la tête est inclinée, le corps restant droit, la verticale apparente « haptique » est, en réalité, inclinée dans un sens opposé à celui de la tête. Le déplacement de la verticale apparente « optiqpie » est analogue, mais il est plus prononcé.

Si le corps et la tête sont inclinés à la fois (dans le prolongement l'un de l'autre), la verticale apparente « haptique » est inclinée, en réalité, dans le même sens que ceux-ci; la verticale apparente *i optique » est inclinée en sens opposé. L'influence de la localisation haptique est prépondérante dans un cas; celle de la localisation optique est prépondérante dans l'autre.

L'inclinaison de la tête aussi bien que celle du tronc sont constamment sous-estimées.

L'interprétation de ces résultats paraît extrêmement compliquée. Les auteurs montrent que la théorie de Delage — le déplacement de la verticale apparente aurait pour raison l'estimation de la position de la tête ou du corps — est, en particulier, insuffisante pour en rendre compte.

J. Larguier des Bancels.

FEILCHENFELI) (H.). — Lageschâtzong bel seitlichen Kopfneigungen (Estimation de la position dans le cas où la tête est inclinée latéralement), — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXi, 127-151, 1903.

Les mouvements latéraux de la tête déterminent, dans certaines conditions, des déplacements caractéristiques de la position apparente des objets. Supposons dans un espace obscur une fente verticale éclairée : un observateur qui, la tête droite, regarde la ligne brillante la perçoit dans sa position réelle; s'il penche la tête vei-s l'épaule, il lui semble que la ligne s'incline dans une direction opposée. Le fait a été découvert par Aubert. — Feilchenfeld a recherché cette illusion chez des sourds-muets piè^eTiV.îvxv\. ^^^

hiques certaines : il Ta constamment retrouTée, [ue chez les sujets normaux. Plusieurs auteurs onl ans l'explication de cette illusion les fonctions <le< culaires. Les expériences de Feilchenfeld montrent, 'une telle interprétation est erronée.

J. Larguier des Bancels.

— Untersuchungen ûher die sogenannten Aofmerkankungen (Recherches sur tes oscillations de Fatîits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXI, 110-

1 des excitations d'intensité faible n'est pas, en ae. Un bruit très léger, écouté avec attention, est u distinctement; puis il cesse d'être perçu; un il apparaît de nouveau à la conscience pour dispail y a, comme on dit, oscillation de Tattention. La surs sont d'accord pour assigner à ce phénomène . Les oscillations de l'attention ne correspondraient ions périodiques dans l'état des appareils sensoriels iphériques. Elles manifesteraient le jeu des fonctions ir qui interviennent dans la perception. Supposons it exacte — et les premières recherches de Wiersma

nouveaux arguments en sa faveur (voir Zeits. A d. Sinnesorg., XXVI, 168-201; analysé dans YAnnee,

suiv.) — il devient alors légitime d'attendre de ndie des oscillations quelques renseignements sur ômes. A tout le moins, on peut espérer que Tobser- )mène fournira, dans certains cas, le moyen d'évas processus de la perception, i expériences de l'auteur offrent de l'intérêt. Elles

lumière la valeur significative des « oscillations de iersma avait établi d'abord (voir Zeits. f. Psych. u. org., XXVIII, 179-199; analysé dans V Année. IX, ^ne ces oscillations affectent, chez le sujet normal,

phénofmies (influence de l'alcool, du bromure, de

» lôK^ractèrcs précisément différenciés. Il a pourliçôions chez des malades, du même point de vue fi procédé. Cette étude, indispensable pour fixer inique du phénomène, était propre, en outre, à ature de celui-ci, de nouveaux et utiles renseigne-

ons que publie l'auteur ont porté sur des sujets leurasthéniques, aliénés) offrant des variations affectif. — Je me bornerai à rappeler sommairee employée. On en trouvera la description détaillée

Jans l'analyse que j'ai donnée du premier article de Wiersma voir VAnnée, t! VIII, p. 484 et suiv.). L'excitation était provoquée à 'aide d'une montre, dont le sujet écoutait le tic-tac Un contact ^ectrique permettait d'inscrire sur un cylindre disposé dans une :»ièce voisine, le début et la fin des périodes pendant lesquelles 'excitation était perçue. — Les précautions étaient prises pour que es «.conditions de l'expérience restassent bien exactement comparables d'une épreuve à l'autre. Le malade était examiné toujours ï la même heure. On s'assurait qu'il n'était fatigué, ni physiquement, ni mentalement; qu'il avait bien dormi, etc. — Wiersma notait l'état de son sujet immédiatement avant l'expérience. Il dislingue, dans la description qu'il en donne, quatre degrés : excité, normal, déprimé, très déprimé.

Voici le résumé des sept observations qui font l'objet du présent mémoire.

I. M™®... 41 ans. Hystérique. — L'état affectif du sujet était très variable à l'époque des expériences. La malade était, en général déprimée. Parfois, elle s'exaltait pour un motif léger. Parfois aussi sa dépression augmentait considérablement (larmes, idées de suicide). Le sommeil est resté normal. — Les épreuves avaient lieu, chaque jour, à midi, après une matinée de repos. Elles »Haient au nombre de deux, duraient cinq minutes chacune et étaient séparées par un intervalle de huit minutes. La montre, dont le tic-tac servait d'excitant, était placée à 160 centimètres de l'oreille. — Les résultats moyens des expériences sont consignés dans le tableau suivant :

Durées totales des périodes de perception (en secondes).

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