III. — LES GROUPES URBAINS ET LEUR ÉVOLUTION
RIETSCHEL (Siegfried). — Markt und Stadt in ihrem rechtlichen Verhaeltniss. Ein Beitrag zur Geschichte der deutschea Stadtverfassung {Le marché et la tille dans leurs relations juridiques. Contribution à Thistoire de Torganisation urbaine en Allemagne). Leipzig, Von Veit, 1896, viii-283 p.
L'auteur assigne aux villes allemandes une double origine
i" Certaines sont nées directement des anciennes villes romaines {ciritates et castella), telles que Trêves, Mayence, Cologne, etc. C'étaient des centres de commerce, en môme temps que des centres administratifs et militaires. Cette importance spéciale leur avait fait une condition juridique privilégiée qui survécut aux invasions (p. 34j. En un sens, cette première difiéreuciation est le germe de tout le développement urbain qui suivit (p. 190). Mais l'organisation des villes romaines différait encore assez peu de l'organisation des villages. C'est seulement quand les villes proprement allemandes se constituèrent que l'écart devint sensible et que la physionomie des groupements urbains devint vraiment caractéristique.
2' Ces villes allemandes se formèrent d'une tout autre manière. Elles sont un produit de l'institution des marchés. Elles sont dues à la vie exceptionnellement intense que ces grands concours d'acheteurs et de vendeurs éveillaient périodiquement sur certains points déterminés du territoire ; elles sont l'organe de cette fonction.
Mais il y a eu des marchés d'espèces très différentes. 11 en est qui se sont formés d'eux-mêmes, automatiquement. Peu à peu les marchands ont pris l'habitude de venir à certains endroits, à certains moments de l'année, et les gens de la région, de leur cùté, ont attendu ces épo([ues fixes pour s'approvisionner. Tels sont les marchés des fêtes patronales (Kirchmesse, Kermesse) et les grands marchés annuels qui se tenaient de préférence sur les confins de plusieurs pays différents. Or Jes mouvements de population qui se produisaient ainsi laissaient parfois derrière eux des traces durables ; des établissements permanents se fondaient là où ils avaient lieu. Alors, le
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village où s'était tenu le marché se transformait peu à peu et de lui-même en ville. Mais ce cas est exceptionnel; le plus souvent, la foule assemblée pour le marché se dispersait quand il était terminé. C'est à peine si l'on peut citer quelques exemples de villes qui soient nées dans ces conditions (p. 39).
Sous la réserve de ces quelques exceptions, les marchés qui donnèrent naissance aux villes allemandes ne s'étaient pas formés spontanément, mais avaient été fondés délibérément par une autorité politique ou religieuse. Pour faciliter leurs approvisionnemeûts et donner plus de valeur à leurs domaines, des rois, ou bien encore des évèques, des couvents, des seigneurs quelconques qui jouissaient sur leurs terres d'un droit d'immunité, déclaraient ouvrir un marché régulier à tel ou tel endroit dont ils avaient la pleine propriété ; certains privilèges étaient accordés aux marchands et aux artisans qui venaient s'y établir. L'endroit choisi se trouvait naturellement â portée soit du palais royal, soit de l'église, soit de la cathédrale dont le marché dépendait ; celui-ci était ainsi assuré d'une protection efficace; ce qui, en ces temps troublés, était la condition nécessaire de tout développement régulier (p. 41 et suiv.).
Par cela môme qu'elles avaient cette origine, ces agglomérations présentèrent d'emblée des caractères distinctifs. Afin qu'elles pussent se développer à l'aise, l'endroit choisi pour ces sortes de marchés était toujours situé à une certaine distance du château, de la cathédrale, du couvent dont ils dépendaient, et eu dehors de la localité dont cet établissement était le centre. Les groupes nouveaux qui se formaient ainsi ne résultèrent donc pas de l'accroissement spontané d'un village préexistant ; c'est sur un sol vierge, en dehors de toute espèce de village, quoique à proximité d'un lieu fortifié, qu'ils prirent racines. Par suite, ils ne comprirent que des commerçants et des artisans, mais pas d'agriculteurs, et, par là, ils se différencièrent très nettement des groupements ruraux (p. 141). C'^st ainsi que se constituèrent, dans la presque universalité des cas, les villes primitives de l'Allemagne; la manière dont elles furent construites en fait foi. L'auteur fait voir, en effet, par de très nombreux exemples que, partout, la partie la plus ancienne de la ville forme un tout défini, qui, très souvent, reste distinct du reste et continue à porter un nom spécial ; c'est la vieille ville die Àltstadt.
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Or ces vieilles villes sont visiblement des dépendances du marché; ce qui montre qu'elles n'en sont que des prolongements. C'est au marché que toutes les rues aboutissent. D'autre part, ce qui prouve qu'elles furent fondées de propos délibéré, c'est que, par opposition à toutes les agglomérations plus anciennes, elles sont bâties d'après uq plan très régulier. Parfois, elles affectent môme des formes géométriques (p. 121). Enfin, dans tous ces cas, le marché et la partie de la ville dont il est le centre sont situés à une certaine distance de l'endroit où se trouvait le domaine royal ou ecclésiastique qui lui a donné son nom. Cet endroit est quelquefois resté un village ; quelquefois, il est devenu une ville, séparée de la vieille ville. C'est la Ville Neuve (Die Neustadt). Il arrive aussi que les deux villes ont fini par se réunir; mais, même alors, chacune d'elles conserve sa physionomie distincte (p. 50-109 et 126-144).
Et on s'explique comment la constitution urbaine a pu prendre naissance dans des milieux de cette sorte. Ce qu'a de distinctif l'organisation municipale des villes, c'est son caractère démocratique. Le village était administré primitivement par un seul et unique fonctionnaire (Baiiermeister, Hunne^ Zender, etc.) ; tout au plus le voit-on parfois assisté de deux adjoints. Au contraire, c'est un conseil que les villes eurent à leur tête dès le début et, si ce conseil est lui-même présidé par un Burgermeister^ celui-ci n'est qu'un primus inter pares. D'ailleurs, c'est une fonction dont l'origine est postérieure à celle des assemblées communales (p. 163-164). — Cette différence d'organisation est un effet de la manière très différente dont ces deux sortes de groupes étaient composés. Les marchands et artisans qui s'établissaient autour d'un marché nouvellement fondé venaient de toutes les directions ; ils ne se connaissaient pas les uns les autres. Us étaient donc moralement trop hétérogènes pour qu'une organisation unitaire et monarchique fût possible. De plus, les traditions, nécessaires à l'institution d'un semblable pouvoir, faisaient défaut par définition. Le village, au contraire, se trouvait dans des conditions d'existence tout à fait opposées (p. 167). Pour des raisons analogues, un droit nouveau prit naissance dans les villes. Le droit auquel étaient soumis les habitants des villages était fait pour les relations sni generis qu'engendre la vie agricole. Il ne pouvait donc convenir identiquement aux villes, puisque l'activité urbaine était essentiellement indus-
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trielle et commerciale et que le commerce et Tindustrie réclament une réglementation différente. Les immeubles n'étaient plus, dans les villes, le centre de la vie économique; ils cessèrent aussi d'être l'objet principal des dispositions juridiques. Le droit personnel (droit des obligations, droit contractuel; se développa, tandis que le droit réel perdit de sou importance En même temps, le droit devint plus libéral, moins traditiounaliste ; car pour attirer les habitants, il fallait que l'accès juridique des villes fût largement ouvert, etc. (p. 188 et suiv.). D'ailleurs, il ne faut pas se représenter le droit urbain comme un droit purement commercial qui ne s'appliquerait qu'aux échanges économiques, à la vie spéciale du marché. Mais c'est une transformation du droit rural qui s'est modifié, développé, afin de s'adapter à ces formes nouvelles de la vie sociale qui apparurent avec les villes. — Une fois que la constitution dont les lignes générales viennent d'être indiquées fut parvenue à se déterminer, il arriva qu'on en dota d'office et d'un coup des villages déjà existants. C'est ainsi que, à partir du xir siècle, certains villages furent directement érigés en lieux de marché et en villes. Mais ce sont là des formations secondaires et de peu d'intérêt pour l'histoire des villes allemandes.
En résumé, tout en se rattachant à la théorie de Sohm sur l'origine des centres urbains, l'intéressant travail de M. Rietschel la modifie et la précise sur des points de première importance.
HEGEL (Karl). -— Die Entstehnng des deutschen Staedte- 'wesens {Formation de Inorganisation urbaine en Allemagne), Leipzig, Hirzel, 1898, 198 p. in-8^
Ce livre est surtout un recueil de matériaux pour servir à l'histoire des villes allemaudes. Les faits ne sont groupés que d'une manière assez extérieure et les vues personnelles sont rares.
La première partie décrit le processus au cours duquel les villes ont pris naissance. Cette évolution a eu, pour point de départ, beaucoup moins les ancieunes villes romaines, qui étaient presque toutes d'une étendue insignifiante (p. 7), que les bourgs (die Burgen) germaniques. Ces bourgs étaient faits de deux parties juxtaposées. Il y avait d'abord un lieu fortifié, dont les habitations étaient groupées autour d'un
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château royal, d*ua palais épiscopal, d'uQ couvent ou d'une église; c'était le bourg proprement dit. Puis, autour de ce noyau central, une agglomération excentrique s'était formée {Suhurbium, Vorort). C'est ce bourg et ce groupement suburbain qui, par leur réunion, ont formé la ville. Toutefois, des villes proprement dites ne se constituèrent que sur les points où des conditions locales particulières étaient de nature à attirer les immigrants (situation spécialement favorable pour le commerce, proximité de richesses naturelles à exploiter etc., p. 20).
Une fois formée, la ville se trouva comprendre deux éléments, le suzerain et la commune urbaine. Le suzerain était le propriétaire du bourg sur le territoire duquel la ville était fondée ; c'était donc ou le roi, ou un évèque ou abbé, ou bien encore, mais plus tard, un seigneur laïque. Quand c'était le roi, il avait naturellement dans sa ville les mêmes droits régaliens qu'ailleurs. Mais plusieurs de ces prérogatives furent transmises par le roi aux autres seigneurs sur le territoire desquels des villes s'élevèrent ; c'esl à savoir le droit de lever certains impôts, notamment ceux des marchés, le droit de frapper monnaie, de réglementer les poids et les mesures, d'exercer la justice '^p. 44-10^). Ce sont ces prérogatives qui, eu passant progressivement des suzerains aux villes, firent peu à peu l'indépendance administrative et politique de ces dernières.
Quant à la commune, elle était elle-même composée de plusieurs éléments. En premier lieu, il y avait l'Almende qu'on retrouve ici comme au village. L'auteur admet même qu'elle y jouait le môme rôle ; d'où il conclut qu'il y avait dans la môme ville deux populations juxtaposées, l'une rurale, occupée aux travaux agricoles, l'autre spécialement urbaine, (p. 104). Mais l'assertion est contestée ; et l'on a pu soutenir que l'almeude des villes était simplement utilisée pour l'élevage des bestiaux que les citadins. entretenaient comme une ressource simplement accessoire et complémentaire. Quant aux éléments vraiment urbains, ce sont les marchands, les Juifs, (jui sont distingués des marchands ordinaires (ils jouissaient de privilèges spéciaux ) , les artisans (p. 104 1 24j. L'auteur estainsiamenéà examiner la théorie qui voitdans l'institution des marchés l'origine des villesetil la rejetteaprès une discussion par trop sommaire 'p. 133-137). Le droit urbain, dit-il, n'est pas le droit des marchés ; carie second ne concerne que
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les relations spéciales du marché (achat et vente), tandis que le premier s'applique à tout l'ensemble de la vie. D'une manière générale, un marché est dans une ville, il n'est pas la ville ; il la suppose plus qu'il ne se confond avec elle. Mais alors, dirons-nous, comment expliquer que partout, dans les textes du moyeu âge, mercatores ou foremes soient employés comme des synonymes de cives ; que jiis fort ait le même sens que ;us ctrt/e.^ Certaines des objections ci-dessus peuvent, il est vrai, être opposées à la théorie de Sohm. D'après Sohm, en effet, la ville serait née de l'établissement d'un marché au sein d'un village préexistant. Dans ce cas, il y aurait eu simple juxtaposition des deux groupes et des deux droits : d'un côté, le vieux droit rural pour tout ce qui concerne l'agriculture et les agriculteurs, et de l'autre, le droit du marché, pour ce qui regarde les affaires du marché. Or le droit urbain ne présente pas celte dualité; c'est un droit qui vaut pour tous les habitants de la ville. Il faudrait donc expliquer comment s'est produite cette fusion qui est la caractéristique de l'organisation urbaine. Mais la question ne se pose pas si Ton admet que le marché et l'agglomération dont il est le centre se sont fondés sur un terrain vierge et avec des marchands et des artisans exclusivement; car, alors, l'unité morale et juridique de la population était donnée du môme coup. Sans doute, il ne faut pas davantage réduire exclusivement le droit urbain au droit du marché qui est beaucoup trop spécial ; c'est tout simplement le droit commun, avec sa généralité ordinaire, mais transformé par cela seul qu'il se trouvait transféré dans un milieu nouveau. Or ce qui fait la nouveauté de ce milieu, c'est la présence du marché. Voilà dans quel sens on peut dire que le marché a été le germe des villes. Quant aux raisons pour lesquelles M. Hegel déclare inconcevable (ein Unding) une ville purement commerciale et industrielle (p. 107), nous avouons qu'elles nous échappent.
MEURIOT (Paul). — Des agglomérations urbaines dans l'Europe contemporaine. Paris, Belin, 1897, 475 p. gr. in-8^
L'ouvrage a pour objet de déterminer quelques-unes des lois suivant lesquelles se développent les agglomérations urbaines, ainsi que les causes et les effets de ce développement.
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C'est un fait connu que les villes, et surtout les grandes villes, augmentent en nombre et en population. Ainsi, en France, la population urbaine qui représentait à peine le quart de la population totale en 1846, en représentait beaucoup plus du tiers en 1896 (p. 86j. Si les deux mouvements continuent, les deux populations se feront équilibre vers 1920. 11 y a même chez nous une diminution absolue de la population rurale ; les villes absorbent plus que Texcédent régulier de la natalité sur la mortalité.
Ce processus n'est qu'un aspect particulier d'un processus plus général qui entraîne les sociétés à se concentrer de plus en plus et, pour ainsi dire, à se ramasser sur çlles-mômes. C*est ce que prouve notamment la comparaison des mouvements d'émigration et d'immigration au commencement et à la fin de ce siècle. De 1821 à 1840, l'un et l'autre mouvement étaient très faibles; la population restait stationnaire (p. 108 et 1 15). De plus, Témigration affectait la minorité des départements. Au contraire, de 1872 à 1891, 66 départements avaient un excédent d'émigration ; encore, sur plus d'un point, l'émigration ne s'est-elle arrêtée que par suite dune insuffisante natalité (p. 112). Aussi, tandis que, jusque vers 1846, les départements en décroissance étaient rares, de 1891 à 1896, 63 présentaient une diminution, et ce sont des régions entières qui voyaient ainsi baisser le chiffre de leur population (p. 1 17). C'est donc que la société tend à se masser de préférence sur certains points déterminés. Les progrès des villes ne font qu'exprimer ce mouvement de concentration d'une manière particulièrement marquée ; c'en est l'apogée. Mais on l'observe également, quoique moins intense, tout autour des grands centres urbains ; la population y est plus dense que sur le reste du territoire et elle y croît plus et plus vite qu'ailleurs (p. 90).
La rapidité de cet accroissement n'est, d'ailleurs, pas la môme partout ; elle varie avec l'importance des groupements urbains. C'est dans et autour des grandes villes qu'elle atteint son maximum. D'où la loi formulée par M. Levasseur : la force d'attraction des groupes humains est, en général, proportionnelle à la masse (p. 58). Dans les toutes petites villes, qui sont, par leur grandeur, intermédiaires entre les communes urbaines et les communes rurales, les deux mouvements antagonistes se neutralisent et il y a état stationnaire. Elles ne gagnent ni ne perdent sensiblement de terrain. « Les villes
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de cette catégorie représeuteni comme un élément stable entre les populations rurales qui diminuent et les populations vraiment urbaines qui s'accroissent (p. 50). »
Après avoir constaté ces faits en France, Tauteur montre qu'ils se vériflent également dans les autres pays d'Europe, et ils sont d*autaut plus accusés que la civilisation y est plus développée (ch. v-xi;.La seule différence importante qu*il y ait à signaler entre notre pays et les autres sociétés européennes, c'est que, chez nous, à cause de notre faible natalité, Taccroisseraent des villes entraîne un dépeuplement absolu des campagnes. En effet, depuis 1851, le nombre des communes rurales de 500 habitants et au-dessous s'élève régulièrement, et, parmi ces communes mêmes, ce sont les plus petites qui deviennent les plus nombreuses. Ainsi, il y a de plus en plus de groupements ruraux qui, ne pouvant plus s'alimenter, tendent à disparaître. Au contraire, chez les peuples dont la population agricole, tout en subissant une diminution relative, ne laisse pas de s'accroître en valeur absolue, le phénomène inverse se produit; le chiffre des petites communes devient toujours moindre (p. Il9-120j. Or cette différence ne vient pas de ce que le mouvement migratoire vers les villes est plus violent en France qu'ailleurs ; il y est, au contraire, plus faible qu'en Angleterre et qu'en Allemagne. 11 est vrai qu'il y a commencé plus tùt ; on dirait que ce développement anticipé a déterminé une sorte d'épuisement prématuré qui l'empêche de se poursuivre aussi normalement qu'ailleurs.
Après avoir étudié ce mouvement dans l'ensemble des pays d'Europe, l'auteur le suit dans les grandes villes elles-mêmes afin de voir ce qu'il y devient. Ici, le processus de concentration se trouve doublé d'une sorte de processus d'expansion. En effet, dans toutes les grandes métropoles européennes, si la densité est plus grande au centre qu'à la périphérie, cependant elles se développent toutes dans un sens excentrique. L'accroissement périphérique dépasse de beaucoup celui des quartiers intérieurs (p. :253 et suiv., 312 et suiv.). Enfin, en vertu de la même tendance, les banlieues des grandes villes progressent plus que les villes elles-mêmes. De 1817 à 1856, Paris a augmenté de 65 p. 100 et la Seine de 496 p. 100. En 1817, la banlieue ne contenait que 11,5 p. 100 de la population totale du département ; en 1856, sa part était de 3i,i2 p. 100 (p. 337).
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Les faits exposés, M. Meuriot essaie d'en déterminer les causes ; mais cette partie de son livre est d'nne exiguïté regrettable Un chapitre seulement est consacré à la question (xm**). L'auteur se borne à reproduire les interprétations courantes, en les discutant ou en les commentant sommairement. Pour lui» le phénomène dépend principalement de causes économiques. L'extension des pâtures, qui occupent peu de bras, aux dépens de la culture des céréales qui en réclament davantage, le développement de la machinerie agricole, en privant de i^sources un grand nombre de travailleurs ruraux, les auraient déterminés à émigrer vers les villes. La -décadence des petites industries locales aurait agi dans le même sens. &n même temps, les salaires plus élevés des centres industriels auraient naturellement attiré les travailleurs. Enfin, le développement des voies de communication aurait aidé à ces mouvements migratoires, en les facilitant. L'explicatiou, comme on voit, n'a ri^i de compliqué. £t en efîet, si Tautettr ne s'arrête pas davantage à la question, c'est qu'elle ne lui parait avoir rien de bien obscur, il lui semble qu'il n'y a qu'à choisir entre les solutions proposées et à faire à chacune, avec un sage éclectisme, sa juste part, sans qu'il soit nécessaire d'en rechercher une nouvelle. En réalité, pourtant, le problème est plus complexe qu'on ne pourrait croire. Le développement des grandes villes n'est qu'un cas particulier de ce processus plus général en vertu duquel les sociétés tendent de plus en plus à se concentrer. Or ce mouvement de concentration est antérieur et à la machinerie agricole et à la grande industrie ; il doit donc tenir à d'autres causes qui doivent se retrouver, mais amplifiées, à la racine des phénomènes urbains. Ceux-ci font partie de toute une évolution dont on ne peut les séparer, si l'on veut comprendre leur signification véritable.
La question des effets est traitée avec beaucoup plus d'étendue (p. 333-449). Mais c'est que le sujet est inépuisable. Les répercussions que peut avoir, sur les divers phénomènes sociaux et sur les conditions de la vie individuelle elle-même, le développement des agglomérations urbaines, sont en nombre infini. Aussi, quelque nombreux que soient les points traités et l'intérêt des documents réunis, cette dernière partie de l'ouvrage constitue plutôt un utile mémento qu'une étude personnelle et approfondie. L'auteur a cherché à être à peu près complet ; il en résulte qu'il nous présente une série d'études fragmentaires, juxtaposées les unes aux autres, dont beaucoup
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sont nécessairement écourtées et qui ne laissent pas d'impression d'ensemble. Il eût mieux valu peut-être s'en tenir exclusivement aux influences les plus caractéristiques. Tout au contraire, les conséquences les plus importantes de la vie urbaine sont un peu laissées dans l'ombre. Deux pages seulement sont consacrées à la manière dont elle affecte les rapports des classes (p. 417). Il convient toutefois de signaler le chapitre xix sur Taccroissement du pouvoir politique des masses urbaines, et les chapitres \xi et xxii sur les rapports des mouvements migratoires intérieurs de chaque État avec l'immigration étrangère et l'émigration hors d'Europe du même État.
Notons aussi un chapitre du début (ii) où l'on essaie de définir les centres urbains. La définition reste flottante. Mais il était intéressant d'avoir posé la question.
R. KUCZYNSKI. — Der Zug nach der Stadt. Statistische Studienûber Vorgaenge der Bevoelkerungsbe'wegang im deutschén Reiche (V Immigration urbaine. Etudes statistiqms sur les moutements de la population dans l'empire allemand). — Stuttgart, Cotta, 1897, p. xn-284.
De Graunt à Sûssmilch, presque tous les démographes ont présenté les villes comme des sortes de minotaures qui dévorent, et très rapidement, leur propre population. Les hommes ne pourraient pas supporter très longtemps la vie très intense qui est propre aux groupements urbains, et ceuxci ne pourraient se maintenir qu'en empruntant au dehors les éléments nécessaires à leur renouvellement. La campagne serait comme le réservoir de forces vitales auquel ils s'alimenteraient et sans lequel ils ne sauraient subsister.
Cette proposition a été récemment reprise et développée en Allemagne par Hansen et par Ammon, qui en ont fait la base de tout un ensemble de doctrines théoriques et pratiques. Le présent ouvrage a pour objet d'en contester l'exactitude. L'auteur n'entend pas nier la très grande importance de la population rurale pour le recrutement des villes ; il veut seulement montrer que la consomption progressive des populations urbaines et la nécessité où elles seraient de s'entretenir à peu près exclusivement par un apport de forces extérieures, sont loin d'être établies (p. 158). Ses observations comme ses conclusions sont; d'ailleurs, limitées aux seules villes allemandes.
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ANALYSES, — LES GROtPES UnBAINS 347
Deux groupes d'arguments ont été invoqués pour démontrer la théorie qu'il se propose de combattre.
En premier lieu, on argue de la faible proportion d'habitants indigènes que comptent les villes ; en général, la moitié de la population recensée n'y est pas née. On voit dans cette particularité la preuve que des vides se creusent régulièrement dans les masses urbaines. — L'auteur s'efforce de faire voir, à l'aide de comparaisons statistiques, que d'autres causes peuvent produire ce fait ou, tout au moins, y contribuer. Il y a d'abord la plus grande mobilité des citadins fp. 8, 10) ; il y a ensuite la présence, au sein des villes, d'une population militaire qui vient nécessairement du dehors (p. 10-33), et de nombreux domestiques qui, après un séjour plus ou moins long, retournent à la campagne (p. 35-51). Sur le premier point, l'auteur donne bien peu de preuves à l'appui de son opinion (p. 10) ; sur les deux autres, au contraire, il a réuni un certain nombre de faits qui tendent effectivement à prouver que les deux facteurs signalés par lui ne sont pas sans influence sur la composition de la population urbaine. La manière dont la population se répartit entre les différentes catégories d'âges paraît à M. K. confirmer cette manière de voir. En effet, c'est à l'époque de la maturité que la part des intîigènes est à sou minimum ; elle prend un nouvel essor aux dernières périodes de la vie (p. 61-71). Cest donc que^ de trente à soixante ans environ, elle se grossit d'étrangers qui se retirent de la vie urbaine une fois qu'ils sont plus avancés en âge ; par suite, la médiocre contribution de Tindigénat serait simplement due à une forte, mais provisoire, immigration d'adultes, non à l'influence mortifère des villes sur leurs habitants.
Mais ce premier argument n'atteint le fond de la question qu'indirectement. Le meilleur moyen de prouver ijue les villes ne sont pas en état de se suffire à elles-mêmes et de se recruter par leurs seules forces, est de faire voir que les naissances n'y compensent pas les décès. L'auteur n'a aucun mal à montrer que, à prendre les chiffres bruts, il y a, dans la très grande généralité des cas, un excédent assez notable de la natalité sur la mortalité. Il semble donc que le budget démographique des villes ne sôit nullement en déficit (p. 78-88). Malheureusement pour sa thèse, il y a un facteur dont M. K. ne tient pas assez compte : c'est l'âge. Les villes comprennent une beaucoup plus forte proportion d'adultes que la campagne. Or les hommes de cet âge sont ceux dont la mortalité
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est miniiDa et dont la puissance procréatrice est maxima. Il est donc très possible que Texcédeut de naissances que présentent tes villes tienne simplement au grand nombre d'adultes qu'elles contiennent; peut-être même est-il au-dessous de ce qu'il devrait être normalement, étant donné l'âge moyen des citadins. Pour s'en assurer et pour éliminer ce facteur perturbateur, il faudrait comparer la population des villes et celle des campagnes âge par âge. M. K. fait bien cette comparaison pour la mortalité. Mais d'abord, elle serait «galementt nécessaire pour la natalité. De plus, deschifïres nrômes que rapporte M. K. it résulte que, pour une même catégorie d'âge, la dtme mortuaire des villes est plus élevée que celle de la campagne, à très peu d'exceptions près (p. 214- £84). Tout au plus y a-t-il quelques raisons de croire que la situation défavorable des agglomérations urbaines tend à s'améliorer depuis quelque temps, et les faits cités se rapportent à un« période trop courte «pour qu'on en puisse rien induire de bien concluant. On s'étonne, d'ailleurs, de voir l'auteur omettre l'examen de faits bien connus et qui paraissent bien décisifs contre la thèse qu'il soutient. On sait notamment que, an moins en France, le nombre des enfants par ménage est plus petit à la ville qu'à la campagne, ce qui cx)ndamne les familles urbaines à une extinction assez rapide. On n'a donc pas justifié les villes quand on a fait voir qu'il y naît plus de gens qu'il n'y en meurt; ce résultat n'est obtenu vraisemblablement que grâce à uue sélectionqui attire dans les villes la fleur de la population. Mais la vie qu'on y mène paraît bien abaisser au-dessous de la normale les lorces vitales de cette élite.
On exprime souvent ce fait en disant que, si la population urbaine restait stationnaire, c'est-à-dire si elle n'était pas renouvelée constamment par l'immigration^ elle disparaîtrait au bout d'un certain nombre de générations que les démogra- ;phes les plus pessimistes évaluent à deux. M. K. objecte à cette thèse qu'elle repose sur une hypothèse contradictoire. Elle suppose, en effet, que, si l'immigration casait, la popu«lation des villes continuerait à se comporter exactement de la même manière que si l'immigration avait toujours lieu avec la môme intensité. Or rien de moins logique. S'il n'y ^vaît plus d'immigrants, la concurrence serait moins âpre; par -suite, la mortalité diminuerait, tandis que la natalité, au contraire, augtneiiterait pour des raisons à la fois organiques et
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économiques. Abandonnées à elles-mêmes, les villes pourraient donc parfaitement se suffire, et cela parce qu'elles ne seraient pas alors ce qu^elles sont aujourd'hui (p. 283). — Le raisonnement ne laisse pas d'être assez spécieux. Il est, en effet, très possible que les groupements urbains, une fois débarrassés des immigrants, aient plus de naissances, moins de décès et puissent, par conséquent, se maintenir sans secours extérieurs, Seulement, il faut ajouter aussi que les agglomérations qui subsisteraient ainsi n'auraient plus vraiment le caractère urbain. Car ce qui caractérise la ville, ce n'est pas simplement le nombre brut de ses habitants, mais, leur qualité et notamment leur âge. Actuellement, les hommes dans la force de Tàge y sont proportionnel lenient beaucoup plus nombreux que les enfants et que les vieillards, et cette disproportion affecte profondément toute la vie urbaine; car de là vient l'intensité plus grande qu'elle présente, son état d'effervescence, le goût des nouveautés qui y est si marqué, etc. Les villes ne seraient plus les villes, si la pyramide des âges y était ce qu'elle est à la campagne. Or cette forte proportion d'hommes jeunes n'est possible que grâce à l'immigration. Si les villes se recrutaient dans leur propre sein, il n'y aurait aucune raison pour qu'un âge y fût représenté plus qu'il n'est normal. Si donc il n'est pas absurde de supposer que les groupes qu'on appelle ainsi ne disparaîtraient pas au cas où l'immigration des campagnes cesserait, en réalité, ils seraient, par cela même, devenus très différents de ceux que nous désignons ainsi et ne mériteraient pas la même (lualification.
On doit louer dans cet ouvrage un effort soutenu pour secouer le joug des opinions reçues; malheureusement, l'argumentation, (juoique consciencieuse et intéressante, n'est pas toujours heureuse.
BALI.OD ((]arlV — Die Lebensfaehigkeit der staedtischen und laendlichen Bevœlkerung {l'Apliiude à survivre dans la population urbaine et dfms la population rurale). Leipzig, 1897.
Ouvraf^»^ paru nu peu avant le précèdent et d'un esprit exactement opposé. Il y est démontré que l'excédent des naissances sur les décès dans les villes et surtout dans les grandes villes tient exclusivement à l'énorme proportion d'adultes jeunes qui s'y trouvent.
MAITIAXD (F.-W.). - Township and borough [Being the Ford lec-
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iures in tho l'niversUy of Oxford). Cainb. L'iiiv. Press., 230 p., in-8^', 1897.
LIESECiAXG. — Niederreinisches Staedtewesen, vornehmlich im Mittelalter. Bieslau, Koebuer, 1897, p. 758, iii-8*'.
VARGES. — Zur Entstehung der deutschen Stadtverfassung
(J-thrbiicher /*. Nalionalôkonomie). 3 Folge, XIV, 1-2.