‹ L'Année sociologiqueChapitre 101 sur 133 · ANALYSES. — MASSE ET DENSITÉ SOCIALE · texte numérisé non relu

ANALYSES. — MASSE ET DENSITÉ SOCIALE

crets qui sont la matière même de la science. C'est la partie préparatoire de la recherche. Puis, avec les matériaux ainsi réunis, il faut faire la science elle-même, c'est-à-dire découvrir, par voie de comparaison, les types et les lois.

Mais quand on lit cet ouvrage, qui est certainement le travail d'ensemble le plus étendu et le plus complet qui ait paru sur la matière, on est frappé de la disproportion qu'il y a entre la quantité considérable de documents que la statistique a dès à présent rassemblés et l'importance médiocre des résultats vraiment scientifiques auxquels elle est arrivée. On a aligné beaucoup de chiffres, dressé beaucoup de cartes et de tableaux ; mais les lois qu'on en a dégagées sont en bien petit nombre et il en est moins encore qui aient un grand intérêt, c'est-à-dire qui jettent quelque lumière sur la vie des sociétés, C'est que la statistique ne peut, à elle seule, constituer une discipline scientifique. C'est un instrument de méthode, dont doivent se servir les sciences sociales, plus que ce n'est une branche spéciale de la sociologie. Pour comprendre les règles de la morale et du droit, il est utile de savoir de quelle manière elles sont pratiquées, de les voir en acte, et c'est la statistique morale qui en fournit les moyens . Pour étudier l'organisation économique, il ne suffit pas de chercher comment elle s'est formée dans l'histoire; il faut encore observer la façon dont elle fonctionne et les conditions qui font varier ce fonctionnement ; et c'est par la statistique économique qu'il est possible de les atteindre. La science des mœurs, la science des faits économiques ne peut donc se passer de statistique. Mais la proposition inverse n'est pas moins vraie. On ne peut pas faire de statistique morale, économique, etc., si l'on n'est au courant des disciplines spéciales qui se rapportent à ces différents ordres de faits. Autrement, on ne voit les choses que du dehors. On aurait beau enregistrer soigneusement les variations par lesquelles passe le pouls aux différents moments de la journée, aux différents stades de la vie, par exemple; si l'on n'était pas en état de rapprocher les renseignements ainsi recueillis de tout ce qui est établi par ailleurs sur la nature de la circulation, on ne pourrait rien en tirer. La statistique n'est donc pas une spécialité ; c'est un procédé dont chaque spécialiste doit savoir user à l'occasion. Il en résulte que, quand elle prétend exister par elle-même, elle se borne à entasser des matériaux qu'elle ne sait pas utiliser. Et c'est ce qui arrive trop souvent ; car ni elle ne

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sent assez qu'elle ne peut être autonome, ni les autres sciences ne savent toujours assez lui faire la place à laquelle elle a droit. Elle se trouve ainsi dans un état d'isolement relatif qui Tempêche d'être aussi féconde qu'elle devrait.

Cela n'est pas seulement vrai de la statistique en général, mais aussi de la démologie. Ce n'est qu'une branche de la morphologie sociale. La population qui remplit les cadres géographiques d'un pays ne peut être étudiée, abstraction faite de ces cadres, de leur étendue, de leurs formes. Sa plus ou moins grande densité dépend de la nature et du nombre des voies de communication, de sa technique architecturale qui facilite plus ou moins la concentration matérielle des masses sociales sur un habitat moins étendu, etc.

Mais ces réserves faites sur la manière dont ces recherches sont généralement conduites, il faut reconnaître que le livre de M. Mayr est un tableau très documenté de l'état actuel de la démologie. On y trouvera, non seulement de très nombreux renseignements, mais encore de très justes observations sur la manière dont les données statistiques doivent être critiquées et interprétées. Chaque chapitre se termine par une bibliographie très abondante et qui rendra de grands services.

VIUGILH. — Statistica, 2<^ éd., refaite. Milan, Hoepli, p. xv-221,

ia-8«.

FIRCKS. — Bevoelkerungslehre u. Bevoelkerungspolitik.

Leipzig, Hirsclifeld, gr. in-8".

FERRARIS. — La Scienza délia popolazioxie . Auova Anthol.,

avril i898.

A. MILIIAUD. — La densité de la population française en 1801, 1846, 1896 {Annales de géographie, mars 1898).

Élude Je démologie comparée, La densité est établie par arrondisst ment. La conclusion est que, en général, la distribution de la densité est restée relativement constante dans le cours du siècle. II y a pourtant des changements importants dus à ce que le facteur déterminant de la densité n'est plus le même. Au début du siècle, c'était la richesse agricole qui attirait la population ; maintenant, ce sont les richesses minières et industrielles.

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