‹ L'Année sociologiqueChapitre 21 sur 133 · II · texte numérisé non relu

II

(4) Nazir, ib., VI, 7 et 8. — Nombres, VI, 18.

(5) Nombt^es, VI, 19.

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un si grand état de sainteté qu'elles en deviennent inutilireuses. Des sacrifices de ce genre deviennent 5t le cas, en particulier, des produits du sol. de fruits, céréales et autres, est tout entière e, tant qu'un rite, souvent sacrificiel, n'en a iître l'interdit qui la garde *. Dans ce but, on ne partie de l'espèce de fruits toute la vertu t les autres. Puis on sacrifie cette partie et, les autres sont libérées ^ Ou bien encore, eux étapes de désacralisation successives, ibord sur les prémices l'ensemble de la con- , on représente ces prémices elles-mêmes e que Ton élimine. C est ce qui arrivait, par le cas de l'apport des premiers fruits à Jérubitants d'un district ^ apportaient en corps En tête du cortège marchait un joueur de nim venaient au-devant des arrivants ; et, ut le monde se levait à leur passage, rendant Burs dus aux choses sacrées qui étaient là. îur de flûte, il y avait un bœuf, aux cornes lé d'olivier. Ce bœuf, qui peut-être portait les *

Frozer. Golden Uouffli , note additionnelle au t. II, pour de fait» ethnographiques, cf. t6., Il, p. 02 sqq. Il serait lombre de faits cités. M. F. a vu avec raison que la des de premiers fruits consistent en la consécration spèce comestible, partie qui représente le tout. Mais maintient d'ailleurs sur le terrain des faits, n'a pas L fonction du rite.

\i d'ordinaire la première de toute chose. On sait quelle pescriptions bibliques qui concernent les premiers-nés, animaux ; les premiers fruits et les premiers grains de rs produits d'un arbre (orïah) le premier blé consommé ^re pâte levée (halla). De tout ce qui vit et fait vivre, irtiennent à lahwe. Les bénédictions talmudiques et mcore accentué ce thème, puisqu'elles sont obligatoires lur la première fois d'un fruit, quand on commence le

couvim, III. Mischnâ^ 2 et suiv. On ne peut évidem- ! dans les textes bibliques qui ne contiennent que les dotales, et non pas les usages populaires. Le caractout ce rite est évident : ce joueur de flûte, ce bœuf aux cornes dorées (que pouvait remplacer un chevreau Jes, cf. Gem. ad loc), ces paniers, ces colombes, tout s originaux, d'une antiquité incontestable. D'ailleurs Iques sont fort anciens eux-mômos.

dent la veille, et passaient la nuit sur la place publique t impur selon la Gemara).

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H. HUBERT ET M. MAUSS. — ESSAI SUR LE SACniFICE 97

fruits ou traîtiaît le char, était plus tard sacrifié *. Arrivé à la montagne sainte, chacun, « môme le roi Agrippa en personne», prenait son panier et montaitau parvis -. Les colombes qui étaient posées dessus servaient d'holocaustes ^ et ce qu'on avait en mains était remis au prêtre. Ainsi, dans ce cas, deux moyens se superposent d'écarter la sainteté des premiers fruits : consécration au temple, sacrifice du bœuf et sacrifice des colombes, personnifications des vertus qui étaient censées y résider.

Le rapprochement que nous venons de faire, entre le cas du nazir et l'expiation individuelle, entre le cas des premiers fruits et celui des autres choses qu'il faut débarrasser d'un caractère religieux plus réellement mauvais, nous amène à faire une remarque importante. C'était déjà un fait remarquable que, d'une manière générale, le sacrifice pût servir à deux fins aussi contraires que d'acquérir un état de sainteté et de supprimer un état de péché. Puisqu'il est fait, dans les deux cas, des mômes éléments, il faut qu'il n'y ait pas, entre ces deux états, l'opposition tranchée qu'on y aperçoit d'ordinaire. Mais de plus, nous venons de voir que deux états, l'un de pureté parfaite, l'autre d'impureté, pouvaient être l'occasion d'un môme procédé sacrificiel, dans lequel les éléments sont non seulement identiques, mais agencés dans le môme ordre et orientés dans le môme sens. Inversement, d'ailleurs, il arrive qu'un état d'impureté est traité, sous de certaines conditions, comme l'état opposé. C'est que nous n'avons dégagé ainsi que des mécanismes élémentaires, des types presque abstraits qui, en réalité, sont le plus souvent solidaires. Il ne serait pas tout à fait exact de se représenter Texpiation comme une élimination pure et simple où la victime ne jouerait que le rôle d'un intermédiaire passif ou d'un réceptacle. La victime du sacrifice expiatoire est plus sacrée que le sacrifiant. Elle se charge d'une consécration qui n'est pas toujours différente de celle qu'elle prend dans les sacrifices de sacralisation. Aussi bien, verrons-nous des rites de sacralisation et des rites expiatoires réunis dans un môme sacrifice. La force que contient la victime est de nature complexe ; dans le rituel hébraïque, les résidus de la crémation de la vache rousse, qui

(1) Getn. à 2. Les rabbins discutent pour savoir si c'était en shelamim ou en ol(î.

(2) Rite de rachat personnel, cas assez remarquable.

(3) Cf. Menâhot, in Talm, Bnbli, 58 a. (renvoi de Schwab, ad loc.).* E. DiRKHEiM. — Année sociol., 1898. 7

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1)8 i/annke socioLOPiiorK. 1898

sout rassemblés dans un lieu pur, rendeot impur par leur contact uu homme qui se trouve en état normal, et pourtant ils servent à la purification de ceux qui ont contracté certaines souillures '. Au môme ordre de faits appartiennent certaines des communications qui s'établissent entre le sacrifiant et la la victime à la suite du meurtre sacrificiel : il y a des sacrifices expiatoires où, la victime étant dépouillée, le sacrifiant, avant d*ôtre complètement purifié, se tient sur la peau de la victime ou la touche. Ailleurs, on traîne la peau de la victime dans le lieu pour lequel se fait l'expiation ^ Dans des sacrifices plus complexes, dont nous aurons l'occasion de parler, l'élimination se complique d'une absorption. En somme, à bien considérer le sacrifice hébreu, la consécration de la victime s'accomplit de la même façon dans le haftât et dans Vôld. Le rite de l'altribution du sang est simplement plus complet dans le premier sacrifice. Et il est remarquable que, plus l'attribution du sang est complète, plus l'exclusion expiatoire est parfaite. Lorsque le sang était porté dans le sanctuaire, la victime était traitée comme impure, et ou la brûlait iiors du camp^ Dans le cas contraire, la victime était mangée par les prêtres comme les portions, consacrées du shelamim. Quelle différence y avait-il donc entre Timpureté de la victime du premier haftiU et le caractère sacré de la victime du second ? Aucune ; ou plutôt il y avait une différence théologique entre les sacrifices expiatoires et les sacrifices de sacralisation. Dans le httttdt et dans les autres sacrifices, il y avait bien attribution du sang à l'autel, mais l'autel était divisé par une ligne rouge. Le sang du hattât était versé au-dessous; le sang de l'holocauste, au-dessus*. Il y avait deux religiosités dont la distinction n'était pas très profonde. C'est qu'en effet, comme Ta bien montré Robertson Smith, le pur et l'impur ne sout pas des contraires qui s'excluent; ce sont deux aspects de la réalité religieuse. Les forces religieuses se caractérisent par leur intensité, leur importance, leur dignité; par suite, elles sont séparées. Voilà ce qui les constitue ; mais le sens dans lequel elles s'exercent n'est pas nécessairement prédéterminé par leur nature. Elles i>euvent

(1) Sotnb. xix.

(2) Voy. plus haut, p. 9i.

(3) Rituel du Kippour.

(\\ Talm. J. Maaser Sheniy VI, Geni. (V. Schwab, p. 247). Cf. Mischnd in Sliddoth. citée ib.

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s'exercer pour le bien comme pour le mal. Cela dépend des circoustances, des rites employés, etc. Où s'explique aiasi comment le même mécanisme sacrificiel peut satisfaire à des besoins religieux dont la différence est extrême. Il porte la même ambiguïté que les forces religieuses elles-mêmes. Il est apte au bien et au mal ; la victime représente aussi bien la mort que la vie, la maladie que la santé, le péché que le mérite, la fausseté que la vérité. Elle est le moyen de concentration du religieux; elle l'exprime, elle l'incarne, elle le porte. C'est en agissant sur elle qu'on agit sur lui, qu'on le dirige, soit qu'on l'attire et l'absorbe, soit qu'on l'expulse et l'élimine. On s'explique de la même manière que, par des procédés appropriés, ces deux formes de la religiosité puissent se transformer l'une dans l'autre et que des rites qui, dans certains cas, paraissent opposés, soient parfois presque indiscernables.

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