C.-P. TIELE. — Inleiding tôt de Godsdienst ^Wetenschap
(Gifïord Lezingen) (Introduction à la science de la religion). I""^ partie, Amsterdam, Van Kampen, 4897, p. vn-273, in-i2*». — Traduit en anglais sous le titre de Eléments of the science of Religion, chez Blackwood, Edimbourg et Londres, p. x-302, in-12. 7 shll. 6.
Fait pour le public, vaste mais assez informé, des Gifford Lectiites, le livre de M. T. a un but propédeutique qu'il remplit : c'est réellement une introduction. L'ouvrage comprendra deux parties. La première constitue la morphologie, la seconde sera l'ontologie religieuse. Celle-là étudie la religion dans ses formes diverses, essayant d'en faire un classement général, de les répartir en groupes, historiquement et logiquement constitués. L'ontologie, au contraire, étudiera le sentiment religieux en lui-même, déterminera sa nature et sa cause en général, en faisant abstraction de ses manifestations particulières et de son devenir. C'est la science de la religion in abstracto tandis que la morphologie est la science des religions. Sans aucun doute, de ces deux parties du travail de M. T., c'est la morphologie qui répond le mieux aux préoccupations de la science en général et de la science sociale en particulier ; nous pouvons donc en rendre compte isolément.
Avant tout, remarquons le caractère philosophique de la recherche entreprise par M. T. Lui-même consentirait volontiers à ce qu'on appelât cette partie de son livre Philosophie de l'histoire des religions. Toutefois, cette philosophie, telle
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qu'il la conçoit, si elle ne se tient pas aussi près des faits que pourrait le faire une histoire purement descriptive, ne doit pas consister dans une déduction dialectique, à la manière hégélienne. Il ne s'agit ni de reconstruire logiquement l'histoire, ni de la transcrire servilement ; mais il faut faire une théorie de l'histoire religieuse de l'humanité.
Les pages que M. T. consacre à la méthode de la morphologie religieuse sont courtes, denses et claires. Pour lui, la science des religions est une science à part, distincte de toutes les autres; les phénomènes dont elle s'occupe sont tellement spéciaux que des méthodes spéciales sont nécessaires pour les étudier. Le sentiment religieux, les formes qu'il a revêtues dans l'humanité, l'impression première de la divinité, les progrès de la Révélation dans l'histoire constituent un objet de recherche tout à fait sut generis et qui doit ressortir à une discipline indépendante. Certes, M. T. sait toute Tiraportance des sciences connexes; mais il veut qu'elles soient pour sa science des auxiliaires et non des tutrices. L'histoire pure et simple des religions est un instrument indispensable, puisque c'est elle qui fournit le matériel des faits et garantit leur exactitude. Mais l'histoire descriptive est insuffisante ; elle n'épuise pas les exigences rationnelles. Les filiations historiques sont d'assez chétive importance. C'est surtout à propos des religions qu'on peut constater que les institutions se propagent, non pas simplement par voie d'emprunt et d imitation machinale, mais en vertu de leurs caractères internes et suivant la façon dont elles s'harmonisent avec le milieu qui les reçoit. Toute conversion qui n'est pas fondée sur certaines qualités du peuple converti et de la religion prêchée est superficielle et nulle. L'enregistrement des événements religieux, dans leur ordre extérieur et apparent, n'est donc pas l'étude des religions en elles-mêmes ; c'est aux caractères intérieurs que la science doit s'attacher. — Il en est de môme des autres disciplines. La linguistique, qui tend à envahir l'histoire religieuse, a, sans doute, un rôle utile à jouer en mythologie et en mythologie comparée; mais elle ne peut explorer qu'un domaine restreint. L'anthropologie est fondée à s'occuper des religions qui sont choses humaines ; la psychologie, plus encore, puisque la religion est un fait de conscience, voire même de la conscience individuelle ; la sociologie enfin a le droit de les étudier par leur côté social (organisation des fidèles en Églises, caractère national, familial des reli-
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