‹ L'Année sociologiqueChapitre 29 sur 133 · ANALYSES. — SOCIOLOGIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

ANALYSES. — SOCIOLOGIE RELIGIEUSE

gioûs, etc.). Mais la science des religions est indépendante de ces sciences.

Déduire et classer, voilà les deux procédés essentiels de la morphologie religieuse. Elle sera déductive d'abord, puisque Texpérimentation n'est pas possible dans le domaine de l'histoire et qu'il s'agit d'établir une filiation logique entre des laits enregistrés chronologiquement, de trouver les causes en vertu desquelles telle religion déterminée en a produit une autre, de nature identique ou difiérente. Mais ce sera surtout une science de classification logique, hiérarchique, généalogique. Sans prétendre embrasser l'ensemble des religions, elle les distribuera en grands groupes, d'abord suivant leurs affinités géographiques et historiques, mais surtout d'après leurs ressemblances internes. Elle disposera ces groupes hiérarchiquement, suivant que Tesprit religieux y est plus ou moins dégagé et développé ; puis, dans chacun de ses groupes, elle assignera à chaque religion particulière sa part dans « les progrès de la révélation divine ». Enfin, autant que possible, elle s'attachera à trouver les lois de ce progrès, c'est-à-dire les lois qui dirigent la succession et les variations de ces différentes formes.

Mais y a-t-il des lois qui régissent les progrès de la religion et qui en conditionnent les formes? M. T. n'en doute pas. En premier lieu, les religions sont œuvre de la raison humaine (et divine, ajoute l'auteur) ; elles ont donc pour lois les lois de la raison. En second lieu, leur développement est conditionné par les lois du progrès humain telles que les constate l'anthropologie. Toute religion fait partie d'une civilisation, d'une culture déterminée ; elle ne peut donc, sous peine de déchéance ou d'échec, ni trop distancer le stade mental et moral où se trouvent ses fidèles, ni trop rester en arrière. La marche de la religion doit suivre celle de la civilisation; ces deux ordres de faits se développent suivant des lois parallèles. Enfin, en tant qu'une religion consiste en un groupe d'individus associés, en tant qu'elle se fixe et s'organise en Église, elle est chose éminemment sociale; les rites, le culte et même, d'un certain point de vue, Je dogme sont des institutions collectives. A ce titre, elle est soumise aux lois qui gouvernent toute collectivité. C'est pourquoi on la voit, comme les choses de la morale, devenir de plus en plus libre et spirituelle, moins imposée par une autorité extérieure. D'un sens, on peut dire que le développement religieux,

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eomme le développement social, a pour but rbarmonie librement consentie des individus.

Toutefois, ces lois déterminent l'extérieur des religions plus qu'elles n'en définissent et n'en expliquent les caractères. Or il existe des lois véritables de l'évolution religieuse. II en existe en fait et en droit. En droit, parce que tout, ici-bas, est rationnel, compréhensible, partant soumis à des lois. £a fait, parce que nous en trouvons. Une certaine fixité dans les évolutions analogues, la contexture presque identique des religions de même genre malgré la diversité des milieux sociaux où elles bc réalisent, la manière dont telle religioa conditionne telle autre, la direction générale du mouvement religieux, les directions spéciales de ses différents développements, tout cela se peut expliquer ; c'est dire qu'il est possible d'en découvrir les lois.

M. T. admet qu'il existe trois grands groupes, relativement hétérogènes, et qui se rangent naturellement dans cet ordre hiérarchique : les religions de la nature , les religion éthiques, les religions universelles. La forme primitive par laquelle elles ont toutes passé est l'animisme, c'est-à-dire la croyance suivant laquelle tout est animé. Choses visibles et invisibles, réalités tangibles, événements de toute sorte, tout a une âme et c'est dans les choses elles-mêmes qu'habitent les esprits. Par le progrès, l'esprit de la chose se détacha de sa gaine matérielle; il fut plus libre et l'on eut le spiritisme. L'àme des forces naturelles, devenue ainsi fantaisiste, capricieuse, insaisissable dans sa mobilité, dut être encore mieux adorée que ne l'avaient été les esprits de l'animisme. C'est en cet excès de culte que consiste le fétichisme, qui apparaît comme une dérivation de la religion de la nature. — D'autre part, l'imagination avait revêtu de formes les esprits qu'elle se figurait derrière les pierres, les montagnes, le tonnerre, le ciel; elle se les représenta plus ou moins nettement sous l'aspect de choses naturellement animées, soit animales, soit humaines (p. 9i2j. Dans ce cas, on eut le thériomorphisme, dans l'autre, l'anthropomorphisme. De ces deux formes mythologiques, la première, dont le totémisme est une espèce, ne pouvait rien donner. L'image qui servait de support à l'idée était trop matérielle et trop grossière pour permettre à ces religions un bien haut développement moral et conceptuel. La seconde aboutit aux religions supérieures de la nature, celles de l'antiquité védique et classique ; les dieux

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