‹ L'Année sociologiqueChapitre 67 sur 133 · ANALYSES. — ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

ANALYSES. — ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE

Hakns GROSS. — Griminalpsychologrie (Psychologie ci^imi" neUe)y 1 vol. gr. iD-8^ 721 pages, Gratz, 1898.

Cet ouvrage ne rentre pas à proprement parler dans le cadre des études auxquelles VAnnée sociologique est consacrée. C'est en effet un effort souvent heureux pour appliquer la psychologie à la recherche de la certitude en matière pénale; c'est une théorie psychologique de l'erreur judiciaire. L'auteur, fort hostile à Técole italienne, estime que Lombroso et ses disciples ont mutilé la psychologie criminelle en la réduisant à Tétude des motifs du malfaiteur. A l'anthropologie criminelle il oppose la psychologie judiciaire, science tout allemande, fondée au début du siècle par Metzger et Platner, cultivée par lloffbauer, Grotsmann, Heinroth, Schaumann, Munch, Ëckartshausen, Mittermaier.

Le crime a une réalité objective, mais il n existe pour nous que s'il est perçu par une opération mentale complexe mettant en œuvre toute l'activité mentale du juge, des témoins, . de l'accusé, des experts. Il est donc besoin d'une psychologie appliquée embrassant tous les problèmes que peut soulever un procès criminel. La psychologie criminelle ainsi entendue est donc une synthèse de toutes les connaissances psychologiques que doit posséder le criminaliste s'il veut mener son œuvre à bien.

L'œuvre ainsi conçue se divise très simplement en deux parties consacrées Tune aux juges, l'autre aux hommes sur lesquels le juge est appelé à agir et dont il doit extraire la vérité, accusés, témoins, experts. Dans la première, l'auteur résume sa propre expérience et montre qu'elle est confirmée parles données et les inductions de la vscience psychologique. Dans la deuxième, il procède inversement. Il tâche de tirer de la psychologie générale une psychologie de l'accusé et du témoin et il apporte à la science la confirmation de l'expérience professionnelle. Il n'admet pas que le criminel présente une constitution psychique suigeneris. Il ne laisse échapper aucune occasion de se séparer de Lombroso et de son école {Lombroso und seine Leute, comme il Técrit dédaigneusement). Ce parti pris n'est pas toujours justifié. Outre que Hanns Gross laisse de côté les travaux de l'école de Turin sur l'anesthésie et l'analgésie, il ne traite pas davantage de l'impulsivité et de l'imprévoyance du malfaiteur, question que son programme devrait cependant comprendre. De même il traite de

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l*expression, du langage, des dialectes sans faire mênae meolion de l'argot dont Tusage ordinaire dénote cependant le criminel de profession. Il fait donc surtout la psychologie du témoin. Il résume d'abord les généralités psychologiques sans se soucier aucunement du point de vue génétique. Vient ensuite l'étude des particularités (sexe, âge, influence de la culture); enfin une centaine de pages est consacrée aux faits anormaux (illusions, hallucinations, mensonge pathologique, rêve, ivresse, suggestion).

Ilanns Gross ne met pas en doute la réalité d'une activité inconsciente de Tesprit, notamment le rôle du jugement inconscient dans la perception. Il y voit une source spontanée de Terreur. Il en conclut, non seulement que le criminaliste doit être sans cesse en garde contre les erreurs d'interprétation, qu'il doit connaître le caractère pour bien juger de l'action, étudier les signes somatiques pour arriver à la connaissance du caractère, mais encore qu'il doit avoir une idée précise du travail subconscient qui s'accomplit dans V esprit du témoin et // prévaut d'autant plus que le niveau mental est plus bas. Cette activité subconsciente, le juge doit, en effet, ôtre capable de la contrôler. Bref, ni le juge d'instruction ni le président de la cour ne doit être passif, soit à l'égard des témoins, soit à l'égard des experts; mais son intervention doit ôtre éclairée par la connaissance des lois psychologiques de l'activité intellectuelle consciente et subconsciente. Il doit se souvenir toujours que la conformité des preuves aux exigences de la loi n'établit pas la vérité du jugement.

L'auteur fait partout preuve d'une remarquable éruditioQ psychologique et d'une exquise finesse d'observation. Faut-il connaître le caractère d'un homme? Il insistera sur la nécessité de savoir quels plaisirs il prend, quelles sont ses petites habitudes, ce qu'il promet et la façon dont il tient ses promesses. Il nous avertit de ne jamais attendre d'un oisif ua témoignage vraiment sincère. Il nous montre encore que le véritable égoïsme est corporatif (p. 79), que les dispositions latentes du caractère modifient le plus souvent les dispositions ostensibles (p. 76, 84), que le criminel est souvent un homme qui croit reconquérir un bien dont il a été dépouillé (p. 88).

Bien qu'IIanns Gross soit en apparence un adversaire des criminalistes italiens, la thèse qu'il soutient doit être rapprochée de la leur. Comme eux il conclut contre la disposition

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