‹ L'Année sociologiqueChapitre 66 sur 133 · II. — rSYCIlIATRIK ET ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

II. — rSYCIlIATRIK ET ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE

rOLENGHI et ROSSI. — Duecento criminale e prostitute

Deiix cents criminels et prostituées), 1 vol. in-8** de la ibliothèque anthropologico- juridique y 260 p. Turin, Bocca rères, 1898.

le n*est pas à proprement parler un livre, mais un recueil bservations que les disciples de Lombroso présentent au )lic. Deux cent douze criminels ont été étudiés à la clini- \ de Turin. Deux cent soixante-cinq procès ont été anaîs par Ottolenghi. Ces monographies sont réunies en vue

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ANALYSES. — ANTHnOPOLOGIE CniMINELLE 429

d'apporter de nouvelles confirmations à la thèse lombrosienne qui affirme la répartition des criminels en classes naturelles et cherche les causes profondes du crime en des maladies mentales, lesquelles sont elles-mêmes des stades d'une régression vers Tanimalité ou les couches inférieures de l'humanité. Le chef de Técole a écrit la préface du recueil. L'un de ses disciples les plus connus, le professeur Otlolenghi, en a fait la synthèse.

La donnée fondamentale c'est que : !• les deux centaines de sujets, minutieusement étudiés au point de vue fonctionnel comme au point de vue anatomique, se répartissent proportionnellement en classes naturelles comme les vingt-cinq mille délinquants dont l'étude avait précédé la composition de VUomo delinqnente ; 2^ qu'il faut attribuer à la classe des criminels-nés une place plus importante encore qu'à la suite des premières recherches.

Cette œuvre collective est, dans l'esprit de ses auteurs, une contribution à une nouvelle science appliquée, la science de la police judiciaire scientifique, ainsi que Lombroso propose de la nommer. Ni le maître ni les disciples ne mettent en doute la possibilité de faire servir leurs classifications naturelles à l'œuvre de Tinstruction criminelle.

L'étude d'Ottolenghi réhabilitera-t-elle en France l'hypothèse lombrosienne ? On objectera que, de l'aveu de ses auteurs, ils ont surtout observé des sujets appartenant au Piémont et à la Lombardie, pays où la dégénérescence est générale dans la partie de la population d'où sortent les malfaiteurs. Dès lors les objections de Baer, Nœcke, Lacassagne, Debierre, Manouvrier, etc., subsistent : ils n'observent pas les mômes faits et ne peuvent scientifiquement accueillir une induction que leurs observations démentent. Mais si cette étude ne convertit personne à l'hypothèse lombrosienne, elle la fera mieux comprendre : elle fera saisir l'idée d'une correspondance entre les maladies mentales, la régression de l'espèce et la disparition des conditions d'une adaptation à la vie des sociétés supérieures. On voit dès lors les objections tirées de l'insuffisance des caractères anatomiques, de la structure du crâne notamment, perdre de leur valeur- L'étude fonctionnelle de l'impulsivité et de l'insensibilité du malfaiteur est beaucoup plus importante pour le psychologue et le sociologue.

On lira donc avec le plus vif intérêt les pages consacrées

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par Ottolenghi aux épileptiques (p. 230-242). Parmi les sujets étudiés, 1 epilepsie se présente 30 fois sur 109. Dans un tiers des cas seulement on a affaire à Tépilepsie convulsive et motrice, dans les deux tiers à l'épilepsie psychique ou larvée.

Celle-ci se laisse observer sous six formes : i"* les vertiges, Famnésie brusque ; 2** les actes automatiques inconscients sans violence ; 3*" Tépilepsie procursive ou automatisme ambulatoire ; 4° la colère épileptique ; S'' le raptus et Fétat crépusculaire accompagnant les crimes de sang; 6® Tépilepsie intellectuelle. Cette dernière forme est extrêmement rare et s'est montrée seulement chez les délinquants politiques. Il n'en est pas de même de l'épilepsie procursive et de la colère épileptique ; elles sont relativement fréquentes. L'étude de la première est pour le criminaliste d'une extrême importance. Elle explique cette impulsion au vagabondage, à la désertion, et cette impossibilité de se fixer, d'exercer une profession régulière qui caractérisent tant de criminels.

Du vertige au raptus et à Tétat crépusculaire, il y a d'ailleurs marche régulière vers la criminalité : simple rupture avec la vie sociale régulière chez l'épileptique vagabond, actes de violence équivalents au délit là où prédomiue la colère épileptique, crimes de sang quand apparaît le raptus. L'accès épileptique n'est pas nécessairement spontané. « Beaucoup d'attentats graves ne sont que des formes d'accès d'épilepsie psychique provoqués par des causes occasionnelles, alcool et passions. »

L'auteur conclut contre la doctrine officielle d'après laquelle l'épileptique serait, dans l'intervalle des crises, un être normal et responsable. Les délinquants épileptiques ont, dans la grande majorité des cas, les caractères anatomiques et fonctionnels du délinquant-né; ils se distinguent par le type criminel complet et plus encore par l'obtusité à la douleur. Or on sait que, pour les lombrosiens, l'épilepsie est la disparition de l'inhibition psycho-physiologique, c'est-à-dire du caractère le plus tardivement apparu dans l'évolution animale. C'est sur la réalité de l'épilepsie psychique, c'est sur la correspondance entre la régression mentale qu'elle dénote et l'adaptation à une vie sociale supérieure que devrait désormais porter la discussion entre lombrosiens et adversaires.

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