‹ L'Année sociologiqueChapitre 69 sur 133 · III. — DIVERS · texte numérisé non relu

III. — DIVERS

Enrico ferri. — La Justice pénale : Son évolution, ses défauts, son avenir. Résumé du cours de sociologie criminelle fait à ilDStitut des hautes études de rUniversité nouvelle, brochure in-8°, 85 p. Bruxelles, veuve Larcier, 1898.

Cet ouvrage défie l'analyse tant les questions traitées y sont nombreuses, tant les formules concises et les exposés elliptiques s'y succèdent et s'y pressent. C'est le formulaire des doctrines de cette branche de l'école italienne qui rédige la Scuola positiva et dont M. Enrico Ferri est le chef incontesté. Cette école, dite de Fiésole, professe le déterminisme économique; elle le concilie avec la théorie des races; elle conclut à une application assez large du collectivisme et voit dans la socialisation des principaux moyens de production le plus efficace des a substitutifs de la peine ». Elle se dis* tingue ainsi des purs anthropologistes de Turin. Bien que nous renoncions à faire un sommaire de ce Syllabus, cherchons à indiquer celles des thèses exposées par E. Ferri qui répondent le mieux aux objections courantes et aussi celles qui appellent davantage la critique.

Il y a deux criminalités, la criminalité évolutive et la criminalité atavique : la première désagrège les formes sociales inférieures et a pour manifestation actuelle le crime politique après avoir longtemps donné lieu aux crimes religieux. La seconde consiste en des actes qui, inspirés par des mobiles inhumains, attentent aux conditions de l'existence collective* Elle est l'œuvre d'hommes mal adaptés à la vie des sociétés supérieures et qui reproduisent les caractères biologiques et psychologiques soit des races sauvages, soit des animaux, ancêtres de Thomme. Les principaux de ces traits sont l'irritabilité, l'impulsivité et l'inertie psychique.

La criminalité atavique a trois facteurs, le facteur bioio-i

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gique (ethnique ou individuel), le facteur tellurique Cclimat, saison, terrain), le facteur social ou, pour mieux dire, économique. Les attentats à la vie sont plutôt déterminés par le premier, les attentats aux mœurs par le facteur tellurique, les attentats à la propriété par le facteur social.

La peine a une évolution qui présente quatre phases, la phase primitive (vengeance, défense), la phase religieuse, la phase élhico- juridique, la phase sociale. La première n'est qu'une transformation de Tirritabilité de la matière vivante; la dernière est encore à l'état de devenir. La phase religieuse nous montre la justice pénale exercée parles prêtres, la vengeance attribuée à la divinité, le crime transformé en péché, la peine en expiation ou pénitence. La phase éthico-juridique ou moderne fait de la peine le châtiment d'une faute et du système pénitentiaire un essai d'amendement.

La criminalité a son évolution comme la peine. Elle passe : !• de la violence à la ruse, des formes musculaires aux formes intellectuelles ; 2° de Tétat aigu à Tétat chronique.

La justice pénale est en raison inverse de la justice sociale. Elle est, elle a toujours été jusqu'ici la gardienne des intérêts de la classe dominante, de la classe qui détient les moj'ens de production. La preuve en est que la criminalité évolutive (politique) a toujours été traitée plus cruellement que la criminalité atavique. Toutes les fois que la sphère de la justice sociale s'élargit, celle de la justice pénale se rétrécit.

La justice pénale est affectée de défauts qui la rendent entièrement incapable d'assurer les conditions de l'existence collective contre les entreprises de la criminalité atavique. Ces défauts sont : l*» rimpersonnalité, car on ne connaît que le crime et non le criminel; 2^ l'arbitraire, car la conviction intime du juré ou du juge est Tàmede la justice pénale: 3^ l'impuissance, car 60 p. 100 des crimes apparents restent impunis et il y faut ajouter tous les crimes occultes ; 4* la désorganisation, car la police ne connaît pas la suite des procès qu'elle a instruits, le juge ignore ce que produira l'exécution de la sentence, l'administration pénitentiaire ne sait pas c^ que deviendra le condamné après sa libération.

D'ailleurs, la fin idéale proposée à la justice pénale actuelle et qui est de proportionner la peine au crime est impossible à atteindre. La dosimétrie de la faute et celle de la peine sont déjà des chimères; mais, fussent-elles possibles, la faute et la peine resteraient des quantités impossibles à comparer*

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La sécurité sociale n'est donc pas assurée par la justice pénale, mais bien par l'aflaiblissement et Télimination spontanés des facteurs de la criminalité. C'est ainsi que certains crimes ont été éliminés avec leurs causes. A Theure actuelle, les trois grandes causes sont Talcoolisme, Tabandon de Tenfance et le vagabondage des ouvriers. Toutes trois ont leurs racines dans Torganisation de la production et de l'écbange; elles peuvent être affaiblies et peu à peu éliminées par Textension de la justice sociale à Tordre économique.

Mais, en attendant leur élimination, il faut réorganiser le procès criminel en substituant l'expertise médico-légale à rinstruction judiciaire ; il faut réformer le système pénal en instituant la ségrégation indéterminée du délinquant dans une colonie agricole. On travaille ainsi à réadapter le criminel à la société.

Si l'on sait voir dans cet opuscule l'énoncé d'une série d'hypotbèses positives dont chacune peut être examinée scientifiquement, on ne saurait en nier la grande valeur. C'est un excellent recueil de problèmes. Mais les solutions sont hâtives et le plus souvent sujettes à discussion. Il convient de distinguer entre les thèses criminologiques et les thèses proprement sociologiques. Les premières, appuyées sur l'observation des sociétés actuelles, nous paraissent souvent judicieuses, quoique sujettes à d'assez graves réserves. Les autres, telles que la distinction de la criminalité évolutive et de la criminalité atavique, l'identification des facteurs sociaux et des facteurs économiques, les quatre phases de la peine, le rôle de la lutte des classes, etc., soulèvent plus que des doutes et répondent à un état de la sociologie qui ne tardera point à être dépassé.

Cu. PERRIER, médecin des prisons. — Du tatouage chez les criminels (in Archives d'anthropologie criminelle)^ 12« année, n<* 71.

La coutume du tatouage chez les criminels a passé pour une des preuves de leur affinité avec les sauvages. Mais est-ce là une véritable induction sociologique ? Le tatouage a chez les sauvages des conditions sociales bien déterminées. Il répond au totémisme. L'individu indique en se tatouant à quel clan, à quelle phrathrie, à quelle tribu il appartient. C'est un rite auquel la fantaisie est étrangère. En est-il ainsi du tatouage pratiqué par les malfaiteurs?

M. Ch. Perrier, médecin de la prison de Montpellier, ne s'est pas posé explicitement ce problème. Mais le mémoire étendu qu'il a écrit sur

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la question résume un 1res grand nombre d'observations précises qui peuvent aider à la solution.

L'auteur constate d'abord la fréquence du tatouage. C'est ainsi qu'à la date du 24 mars 1 896 la maison centrale de Nîmes renfermait 899 condamnés et que, sur ce nombre, 346, soit plus de 40 p. <00, étaient tatoués. M. Perrier se livre ensuite à une double étude ; étude statistique, qui répartit les tatoués par âge, condition civile, profession et note le rapport du tatouage à la récidive, étude des variétés du tatouage ou des emblèmes adoptés par les prisonniers ainsi que des régions du corps choisies.

Les observations de M. Perrier nous paraissent conduire à une solution assez différente de celle que Técole lombrosienne cherchait jusqu'ici à faire prévaloir. Les emblèmes professionnels, militaires, religieux, qui de loin rappelleraient vaguement ceux dont se décorent les sauvages, sont beaucoup moins nombreux que les emblèmes fantaisistes ou erotiques, les initiales, etc. Bref, le tatouage du sauvage est social, le tatouage du malfaiteur est indiWducl.

Le tatouage peut être comparé à l'argot. Ce sont deux faits connexes qui attestent Tinfluence de la prison sur l'homme. Le milieu criminogéne le mieux détini, c'est la prison. Là se produit une régression sociale ou morale déterminant une régression mentale et peut-être une régression physiologique.

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CINQl lÈME SECTION

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