ANALYSES. — CONCEPTION DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE
besoins. Il est à penser que là où les formes premières de rindustrie ont subsisté, elles avaient lieu de subsister. Les modes de Tindustrie répondent à des conditions qu'il faut s'efforcer de déterminer avant de condamner ou de favoriser tel d'entre eux (III).
Cette détermination, M. Bûcher la tente pour la petite indxistrie dans son état présent. Le rapport de la grande avec la petite industrie n'est pas simple. Ici encore une étude précise doit distinguer plusieurs cas types d'influence de Tune sur l'autre. Dans le premier cas la petite industrie est dépossédée par une production similaire en fabrique (parfois il est vrai le travail de réparation reste du moins à la petite industrie). Dans le second cas, plus fréquent, le champ delà petite production est seulement restreint par la grande (groupement de plusieurs métiers pour la fabrication d'un objet, accaparement parla fabrique de certains stades de fabrication, introduction de nouvelles méthodes ou de nouvelles matières premières, etc.). Ou bien la petite industrie est rattachée etsubordonnée à une grande entreprise. Ou c'est un déplacement des besoins qui appauvrit une production déterminée. Ou enfin l'influence du magasin fait régresser la petite industrie au stade de l'industrie domestique (industrie en chambre), et à l'exploitation du sweating-system, — De Tétude de ces divers cas, il résulte que partout où la petite industrie s'applique à des produits dont la consommation n'est pas urgente, et susceptibles d'être, avecquelques types, suflisamment appropriés aux besoins moyens, elle est irrémédiablement menacée. Mais cette règle ne la condamne pas à disparaître de notre société actuelle ; elle y trouvera longtemps encore à s'employer là où elle est propre et seule propre (IV). ^
M. Bûcher aborde, avec la même méthode d'étude, le sujet si rebattu de la division du travail. Au principe préconisé par Adam Smith a été opposé (souvent comme l'autre face du principe) le principe de Vassociation du travail. Il faut analyser mieux ces notions. La division du travail est une adaptation du travail à la force limitée de l'homme ; elle intervient dans le cas d'une disproportion qualitative entre ces deux termes. Mais il se trouve aussi une disproportion quantitative entre eux : la force de travail d'un homme peut être trop petite pour un certain travail, ou trop grande. — Dans le premier cas se produit la « réunion de travail » {Ai^beitsvereinigung) ou jonction de travaux divers dans une même main :
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446 l'année socïologiock. 1898
c'est le cas des occupations distinctes de Thomme et de la femme primitifs, c*est le cas aujourd'hui de la tenue de la maison, c'est le cas des travaux secondaires ajoutés au métier principal (très fréquent d'après la statistique). — Dans l'autre cas il ya ft association de travail » {Arbeitsgemeinschaft). Cette association peut, en premier lieu, tenir à une incapacité psychique de travailler bien dans l'isolement : c'est le « travail en compagnie » (gesellige Arbeit : néces^sité pour les primitifs de travailler en groupe, de nos jours réunions de couture, de filage, vendanges et moissons, etc.). En second lieu, elle peut tenir à une incapacité physique d'accomplir isolément un travail donné : il y a alors « addition de travail » {ÀrbeitshdU" fung) ; elle est simple {einfache Arbeitshâufung), lorsque les travailleurs groupés restent indépendants et que leur addition fait gagner seulement en rapidité d'exécution (plusieurs maçons pour une maison); ou bien les travailleurs groupés doivent combiner leur action, qui est synchronique ou alternative (les rameurs d'une barque, ou des batteurs de blé) et cette sorte d'addition s'appellera « enchaînement de travail » {ArbeitsverkeUufKj). En troisième lieu l'association peut tenir à des nécessités techniques : le travail comporte un groupe, une équipe de travailleurs différenciés : il y a <c liaison du travail » (Arbeitsterbindung) (Vl).
Quant à la division du travail proprement dite, la description qu'en a donnée Smith est fort insuffisante. Dans les exemples mêmes de Smith, une analyse précise distingue trois types de phénomènes. Ce qui caractérise l'exemple de la production du drap, est une division des opérations entre des entreprises économiques, distinctes : c'est une « division de la production » {Produklionsteilung). Ce qui caractérise l'exemple de la fabrication des aiguilles, est une division d'opérations dans une môme entreprise économique : on appellera ce phénomène « décomposition du travail )y{ArbeitS'' zerlegung). Enfin la distinction qui se fait, dans la profession de forgeron, entre le forgeron de fers, le forgeron de charrues, le forgeron de clous, est un exemple d'un autre phénomène encore : on l'appellera spécialisation {Spezialisation ou BerufsspaUang). — Mais l'analyse n'est pas complète avec ces cas, qui sont les cas où le travail d'un seul individu passe à plusieurs. 11 y a une division du travail fondamentale dans la formation des professions {Berufsbildung), qui se sont successivement détachées de l'économie familiale, ou parfois se soAt
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