ANALYSES. — CONCEPTION DE LA SCIENCE ÉCONOMIOIE
constituées spontanément pour de nouveaux besoins (ex. : la {abrication des bicyclettes). En dernier lieu, il arrive par exemple que l'introduction de la machine à coudre fait participer à la confection des vêtements de nouveaux travailleurs, le constructeur, le tourneur en métaux, etc. : ce phénomène sera appelé « déplacement du travail » {ArbeiUverschiebung), — L'origine et révolution de ces diverses formes de division du travail, leur emploi respectif dans les divers états de civilisation ou dans les diverses condi^ tions naturelles sont matières à délicate recherche : on est loin de l'explication simple d'Adam Smith, rendant compte de tout le phénomène par le penchant naturel des hommes à réchange (VII).
Parmi les eQets de la division du travail, M. Bûcher étudie particulièrement Teflet sur la formation des classes sociales. Combattant la théorie de M. SchmoUer, il nie que cette formation de classe soit fondée sur la division du travail et sur la différenciation héritée des aptitudes physiques et morales. LeB différences de propriété et de revenu sont non la conséquence, mais la cause de la division du travail ; la répartition acquise rend dans beaucoup de cas les vocations forcées. 11 faut espérer qu'une meilleure utilisation des capacités sera rendue possible par Ta venir (VIII;.
Le livre de M. Bûcher contient encore un essai sur la naissance de la presse, et un autre sur les migrations intérieures et le développement des villes, qui seront laissés de côté ici, et un essai sur l'économie primitive qui sera rattaché à une autre publication de l'auteur.
Cet ouvrage parait répondre excellemment à son dessein. La lecture en est recommandable, d^autant que les détails da développement (qui disparaissent forcément dans un compte rendu) corrigent la rigidité des catégories et enrichissent d*ua contenu concret les idées présentées, et d'autant que les nuances de Texpression perdent beaucoup à la traduction.
Bien que partisan, par Tautorité et par l'exemple à la fois, des recherches détaillées et de l'observation précise, M. Bûcher proclame la légitimité, la nécessitéde l'abstraction et de l'analyse rationnelle dans la science économique. Sinon, la complexité des faits ne donnerait lieu qu*à une description stérile et ne permettrait pas la découverte du lien causal objet de la science. Mais ce n'est pas revenir à l'économie classique (laquelle du reste a péché moins par le principe de sa méthode,
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abstraction sur une observation donnée, que par rapplication de cette méthode, observation insuffisante et généralisation mal fondée). Les abstractions analytiques, formées sur notre réalité sociale présente et voisine, n'expriment pas forcément à aucun degré la réalité sociale passée ou étrangère : une observation objective préalable est nécessaire pour permettre d'en étendre l'application; et, en Tespèce, il se trouve justement que nos concepts économiques présents ne valent pas pour toutes les sociétés. 11 y a donc lieu d'élaborer d'autres concepts appropriés à une réalité différente. Cette méthode doit être appliquée pour les diverses catégories que notre analyse peut constituer.
M. Bûcher a même abordé le problème plus difficile d'exprimer analytiquement des ensembles de phénomènes, le problème de déterminer des types de régimes économiques. Ici la difficulté nouvelle était de choisir» le caractère dominateur », qui serait le principe de classiûcation. M. Bûcher a pris pour tel le rapport de la production à la consommalioo. et les observations de fait sont alors venues s'Insérer dans trois types différenciés selon ce rapport. Sans doute celte insertion n'est jamais parfaite ; la continuité statique et dynamique des phénomènes s'y oppose. Aussi se peut-il qu'un autre groupement soit tenté et apparaisse préférable si le caractère dominateur choisi conduit à. une meilleure expression de la réalité. Notre abstraction doit s'efforcer de suivre de plus en plus près, si Ton peut dire, les articulations des choses. Mais ce perpétuel effort vers une adéquation plus grande et néanmoins toujours imparfaite de la réalité est bien loin de condamner cette méthode, puisqu'il est la démarche même de notre science en progrès.
GusTAV SCHMOLLER. — Ueber elnlge Grundfk^aeren dep Sozialpolitik und der Volkswlrtschaftslehre (De quelques questions fondamentales de politique sociale et de science économique). Leipzig, Duncker u. Humblot, 1898. 1 vol. in- 8«, xt-343 p.
Ce volume réunit trois travaux déjà connus de M. Schmol- 1er : pour deux d'entre eux (le premier et le troisième) c'est même ici une quatrième impression. Rien n'est donc inédit dans ce livre. D'autre part les dates de composition des parties sont forts distantes, et les caractères <^n sont divers. Néan-
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conditions de milieu, de temps, de civilisation sont profondément dissemblables; que l'humanité n'est pas une masse amorphe, mais une juxtaposition de peuples, d'organisations sociales, d'unités économiques collectives dont chacune doit avoir un régime propre comme elle a une constitution propre » (p. 100). Ainsi est restaurée une Économie nationale. Non que la comparaison entre les économies nationales, féconde en inductions, soit éliminée : elle est la voie même de la science; mais elle demande et suppose une observation préalable des termes comparés. L'économie nationale ainsi entendue non seulement domine aujourd'hui dans divers pays, mais encore relève d'une tradition ancienne et spécialement française, le mercantilisme, à qui meilleure justice doit être rendue (Antoine de Montchrétien). L'économie nationale admet nécessairement l'intervention de la puissance pubHque dans l'œuvre économique de la nation, elle rejette l'individualisme étroit, sans cesser de croire que le concours des initiatives libres peut s'allier heureusement avec l'action de l'État. Elle tend à la pratique, mais par une méthode prudente d'expérimentation sociale.
La conception de la science économique ainsi indiquée est intéressante à noter chez un maître autorisé de renseignement économique français. Mais si l'idée de nation doit pénétrer l'économie présente, u'est-ce-point pour la raison plus générale que la nation est la forme sociale aujourd'hui dominante, et que les phénomènes économiques doivent, pour être bien vus, être considérés du point de vue social ? Il est important en tout cas de voir se constituer, par des efforts indépendants et pourtant concourants, une méthode essentiellement sociologique en économie et par là une science économique proprement sociale.
IIkrbert spencer. —The principlesof Sociology, vol. IIL London, Edinburgh, Oxford, Williams and Norgale, 1896, 1 vol. in-8*', viii- 635 p.
Ce volume contient les trois dernières parties des principes de sociologie. La partie VI, Institutions ecclésiastiques, a déjà été publiée à part ; la partie VII, Institutions professionnelles, a paru en articles (Je revue ; la partie VIII seule, Institutions industrielles, était inédite.
Dans cette dernière partie, l'auteur nous donne d'abord une vue générale de l'évolution économique se reliant au système tout entier. Après avoir examiné et rattaché à ses principes la spécialisation des fonctions et la division du travail, il étudie les catégories économiques classiques, production, distribution, échange, en distinguant une production auxiliaire (production des moyens de pro- «luclion), une distribution auxiliaire et un échange auxiliaire (intermédiaires, moyens de la distribution et de l'échange). Ces ]>liéiîomènes sont particulièrement considérés, ainsi qu'on peut s'y
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attendre, dans les sociétés primitives, et réyolutton postérieure est esqnissée. Puis le travail est étudié selon le mode de réglemeBlation : réglementation paternelle, réglementation patriarcale, de la commune, de la gnilde. Les régimes divers du travailleur, esdava^ servage, liberté du travail avec le contrat de travail, sont ensttit< décrits et analysés. Et de là nous arrivons à la composition du travail et à la composition du capital. Enfm, après avoir traité du tracbunionisme (d'après M. Webb principalement), du système de la coopération, du socialisme, M. Spencer consacre un chapitre au « futur prochain », et conclut.
Le sens et la portée de cette partie, par où sont achevés les Principes de sociologie, ne pourraient être étudiés avec profit que dans la suite et Tensemble de l'œuvre. Il sufOra ici d'en avoir signalé le contenu, d'avoir noté la constance de la méthode, la qualité toujonrs égale de l'information et l'unité directrice de la conception ^
N.-Gh. BUNGE. — Esquisses de littérature politieo-éccmcMniqHe,
traduit du russe, fionève, Georg et 0'\ Paris, Félix Alcan, iSW, t vol. gr. in-S**, xliii-45d p.
Ce livre, le dernier publié par Buuge avant sa mort, rénnit des essais divers d'histoire des doctrines : une Esquisse historique de* doctrines économiques, publiée pouj* la première fois en 1868, augmentée et mise au courant de la nouvelle littérature aileiaandt: (p. i-l92j ; — un essai intitulé La Théorie de Vharmome des intérêu privés, publié en l8o8 et rédigé à nouveau (p. 193-301) ; — J.-S. Mill envisagé comme économiste, datant de 1868, reproduit à p^u près sans changements (p. 303-433) ; — Menger jugé par SchmoUer. article inédit (p. 435-451). — Les exposés sont clairs et objeclif> (et d'ailleurs assez élémentaires, surtout dans le premier essai) : a critique sobre mais intéressante. Une biographie de Bunge etunr liste de ses publications ont été placées en tête.
SHERWOOD. — The philosophical basis of Economies (Atm. of
am, ac. of polit, a, soc. se, sept. 1897).
B. — La théohie de la valeur
Alessandro GARELLL — Filosofia del Monopotio. Milano, Hoepli, 1898, 1 vol. in-8^, xi-268 p. L. 4.
Se rattache à l'ouvrage sur la propriété sociale {La Proprietà «ocûi/e, Hœpli, 1898, 2 voI.in-8<*). Part d'une vue générale et philosophique
(I) La traduction française est complète avec : Spencer. Les insiiiuJùms professionnelles et industrielles, fin des Principes de sociologie ^ traduit par H. de Yarigny. Paris, Guillaumin, 1898.
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