‹ L'Année terribleChapitre 35 sur 73 · AVANT. LA CONCLUSION DU TRAITE · texte numérisé non relu

AVANT. LA CONCLUSION DU TRAITE

Si nous terminions cette guerre Comme la Prusse le voudrait, La France serait comme un verre Sur la table d'un cabaret;

On le vide, puis on le brise.

Notre fier pays disparaît.

0 deuil ! il est ce qu'on méprise, Lui qui fut ce qu'on admirait.

Noir lendemain! l'effroi pour règle.

Toute lie est bue à son tour;

FÉVRIER. M5

Et le vautour vient après l'aigle, Et l'orfraie après le vautour;

Deux provinces écartelées; Strasbourg en croix, Metz au cachot Sedan, déserteur des mêlées, Marquant la France d'un fer chaud;

Partout, dans toute âme captive, Le goût abject d'un vil bonheur Remplace l'orgueil ; on cultive La croissance du déshonneur ;

Notre antique splendeur flétrie; L'opprobre sur nos grands combats; L'étonnement de la patrie Point accoutumée aux fronts bas ;

L'ennemi dans nos citadelles, Sur nos tours l'ombre d'Attila, De sorte que les hirondelles Disent : la France n'est plus là !

La bouche pleine de Bazaine, La Renommée au vol brisé Salit de sa bave malsaine Son vieux clairon vertdegrisé;

Si l'on se bat, c'est contre un frère ; On ne sait plus ton nom, Bayard !

On est un assassin pour faire Oublier qu'on fut un fuyard;

Une âpre nuit sur les fronts monte; Nulle âme n'ose s'envoler;

Le ciel constate notre honte Par le refus de s'étoiler;

Froid sombre! on voit, à plis funèbres? Entre les peuples se fermer Une profondeur de ténèbres Telle qu'on ne peut plus s'aimer;

Entre France et Prusse on s'abhorre-, Tout ce troupeau d'hommes nous hait; Et notre éclipse est leur aurore, Et notre tombe est leur souhait;

Naufrage ! Adieu les grandes tâches !

Tout est trompé; tout est trompeur; On dit de nos drapeaux : Ces lâches!

Et de nos canons : Ils ont peur

Plus de fierté; plus d'espérance; j Sur l'histoire un suaire épais... —

Dieu, ne fais pas tomber la France Dans l'abîme de cette paix !

Bordeaux, 14 février.

TI

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