‹ L'Année terribleChapitre 36 sur 73 · AUX RÊVEURS DE MONARCHIE · texte numérisé non relu

AUX RÊVEURS DE MONARCHIE

Je suis en république, et pour roi j'ai moi-même. Sachez qu'on ne met point aux voix ce droit suprême; Écoutez bien, messieurs, et tenez pour certain Qu'on n'escamote pas la France un beau matin. Nous, enfants de Paris, cousins des Grecs d'Athènes,

FÉVRIER. 1LÏ

Nous raillons et frappons. Nous avons dans les veines Non du sang de fellahs ni du sang d'esclavons, Mais un bon sang gaulois et français. Nous avons Pour pères les grognards et les Francs pour ancêtres : Retenez bien ceci que nous sommes les maîtres. La Liberté jamais en vain ne nous parla. Souvenez-vous aussi que nos mains que voilà, Ayant brisé des rois, peuvent briser des cuistres. Bien. Faites- vous préfets, ambassadeurs, ministres, Et dites-vous les uns aux autres grand merci. 0 faquins, gorgez-vous. N'ayez d'autre souci, Dans ces royaux logis dont vous faites vos antres, Que d'aplatir vos cœurs et d'arrondir vos ventres; Emplissez-vous d'orgueil, de vanité, d'argent, Bien. Allez. Nous aurons un mépris indulgent, Nous nous détournerons et vous laisserons faire; L'homme ne peut hâter l'heure que Dieu diffère. Soit. Mais n'attentez pas au droit du peuple entier. Le droit au fond des cœurs, libre, indomptable, altier. Vit, guette tous vos pas, vous juge, vous défie, Et vous attend. J'affirme et je vous certifie Que vous seriez hardis d'y toucher seulement Rien que pour essayer et pour voir un moment!

Rois, larrons! vous avez des poches assez grandes

Pour y mettre tout l'or du pays, les offrandes

Des pauvres, le budget, tous nos millions, mais

Pour y mettre nos droits et notre honneur, jamais !

Jamais vous n'y mettrez la grande République.

D'un côté tout un peuple; et de l'autre une clique!

Qu'est votre droit divin devant le droit humain?

Nous votons aujourd'hui, nous voterons demain.

Le souverain, c'est nous; nous voulons, tous ensemble,

Régner comme il nous plaît, choisir qui bon nous semble,

Nommer qui nous convient dans notre bulletin.

Gare à qui met la griffe aux boîtes du scrutin ! Gare à ceux d'entre vous qui fausseraient le vote ! Nous leur ferions danser une telle gavotte, Avec des violons si bien faits tout exprès, Qu'ils en seraient encor pâles dix ans après !

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