PROLOGUE. VII
Des justes sortiront de la foule asservie,
Iront droit au sépulcre et quitteront la vie,
Ayant plus de dégoût des hommes que des vers.
Oh! ces grands Régulus, de tant d'oubli couverts,
Arria, Porcia, ces héros qui sont femmes,
Tous ces courages purs, toutes ces fermes âmes,
Curtius, Adam Lux, Thraséas calme et fort,
Ce puissant Condorcet, ce stoïque Chamfort,
Gomme ils ont chastement quitté la terre indigne!
Ainsi fuit la colombe, ainsi plane le cygne,
Ainsi l'aigle s'en va du marais des serpents.
Léguant l'exemple à tous, aux méchants, aux rampants,
A l'égoïsme, au crime, aux lâches cœurs pleins d'ombre,
Ils se sont endormis dans le grand sommeil sombre;
Ils ont fermé les yeux ne voulant plus rien voir ;
Ces martyrs généreux ont sacré le devoir,
Puis se sont étendus sur la funèbre couche ;
Leur mort à la vertu donne un baiser farouche.
0 caresse sublime et sainte du tombeau
Au grand, au pur, au bon, à l'idéal, au beau!
En présence de ceux qui disent : Rien n'est juste!
Devant tout ce qui trouble et nuit, devant Locuste ,
Devant Pallas, devant Carrier, devant Sanchez,
Devant les appétits sur le néant penchés,
Les sophistes niant, les cœurs faux, les fronfs vides,
•Quelle affirmation que ces grands suicides!
Ah! quand tout paraît mort dans le monde vivant,
Quand on ne sait s'il faut avancer plus avant,
Quand pas un cri du fond des masses ne s'élance,
Quand l'univers n'est plus qu'un doute et qu'un silence,
Celui qui dans l'enceinte où sont les noirs fossés
Ira chercher quelqu'un de ces purs trépassés
Et qui se collera l'oreille contre terre,
Et qui demandera : Faut-il croire, ombre austère?