PROLOGUE
Faut-il marcher, héros sous la cendre enfoui? Entendra ce tombeau dire à voix haute : Oui.
Oh! qu'est-ce donc qui tombe autour de nous dans l'ombre?
Que de flocons de neige! En savez-vous le nombre?
Comptez les millions et puis les millions !
Nuit noire! on voit rentrer au gîte les lions;
On dirait que la vie éternelle recule ;
La neige fait, niveau hideux du crépuscule,
On ne sait quel sinistre abaissement des monts ;
Nous nous sentons mourir si nous nous endormons ;
Cela couvre les champs, cela couvre les villes ;
Cela blanchit l'égout masquant ses bouches viles ;
La lugubre avalanche emplit le ciel terni ;
Sombre épaisseur de glace! Est-ce que c'est fini?
On ne distingue plus son chemin ; tout est piège.
Soit.
Que restera-t-il de toute cette neige, Voile froid de la terre au suaire pareil, Demain, une heure après 1^ lever du soleil ?
J'entreprends de conter l'année épouvantable, Et voilà que j'hésite, accoudé sur ma table. Faut-il aller plus loin? dois-je continuer? France! ô deuil! voir un astre aux cieux diminuer! Je sens l'ascension lugubre de la honte. Morne angoisse! un fléau descend, un autre monte. N'importe. Poursuivons. L'histoire en a besoin. Ce siècle est à la barre et je suis son témoin.
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