‹ L'annonce et la réclame - les cris de ParisChapitre 1 sur 21 · LIBRAIRIE PLON · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE PLON

E. PLON, NOURRIT et C ie , IMPRIMEURS-ÉDITEURS

IUJ F. GARAHCIÈRE, 10

LÀ

LES CRIEüRS DE CORPS ET DE VIN LES ENTERREMENTS — LES CRIS DE PARIS

Si j’étais chargé de baptiser in extremis le dix-neuvième siècle, je ne l’appellerais, ni le siècle de Napoléon, la période héroïque a été trop courte et trop stérile ; ni le siècle de Victor Hugo, un nom de poète ne saurait caractériser une époque si prosaïque et si positive ; ni le siècle de la vapeur ou de l’électricité, car il n’a fait qu’entrevoir les innombrables applications auxquelles ces deux forces se prêteront un jour. Je l’appellerais le siècle de la réclame.

C’est à lui que revient en réalité l’honneur de l’avoir créée. Il l’a chérie et choyée en père tendre. Il l’a associée à tout ce qu’il a produit

de bon et de mauvais, dans l’ordre des idées comme dans celui des faits, dans le domaine intellectuel comme dans celui des arts et de l’industrie. Il l’a élevée enfin à un degré de perfection tel, qu’il est très-probablement destiné à contempler sa décadence.

L’aimable philanthrope qui compose des pilules de papier mâché et les proclame remède souverain contre la phthisie sait, à mille francs près, ce qu’il lui faudra dépenser en annonces variées pour que son spécifique, accepté par tous, lui assure une existence facile et honorée. Il est fort aisé aussi, par le même moyen, de faire monter les actions d’une société fantaisiste jusqu’à un taux raisonnable,, qui permette à celui qui les a émises de s’en dé- . faire avantageusement. La critique littéraire est morte, aucune distinction n’étant plus possible entre l’article consciencieux et la réclame insérée moyennant soixante centimes la ligne.

Sous mille formes, la réclame nous poursuit, nous assiège, nous aveugle, nous harcèle. Tout lieu public en est sali. Être au coin du quai constitue un prétexte à réclame, n’y pas être en constitue un autre ; et chacun, dans sa spécialité, déclare que le meilleur orviétan est l’orviétan qui porte son nom.

Voyons comment nous en sommes peu à peu arrivés là, et d’abord ce que le moyen âge pensait de la réclame.

On lit dans les statuts recueillis au treizième siècle par le prévôt Étienne Boileau qu’il était alors interdit aux commerçants, non-seulement d’appeler l’acheteur avant qu’il eût quitté la boutique voisine, mais encore de dépriser la marchandise d’un confrère :

« Se aucune personne est devant estai ou fenestre de Cuisiniers 1 pour marchander ou acheter desdictes cuisines, que se aucuns des autres Cuisiniers l’appele devant qu’i s’en soit partiz de son gré de l’estai ou fenestre, si soit en la peine de cinq sols.

« Item, que nulz ne blasme la viande de l’autre, se elle est loiauz 2 , sur peine de cinq sols d’amende 3 . »

La rédaction des Boursiers est plus claire encore :

« Et est à savoir que se une personne barchaigne 4 denrées à un marcheant de ce mes-

1 Ils vendaient des viandes rôties et bouillies, et toutes sortes de mets communs.

s Loyale, c’est-à-dire saine, de bonne qualité.

» Livre des métiers , titre LX1X, art. 15 et 16.

4 Marchande.

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