‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 18 sur 369 · XXIV .LES APOTRES · texte numérisé non relu

XXIV .LES APOTRES

d'apologiste à toute outrance qui est celui des historiens officiels de la cour de Rome. Il fit comme ferait un historien ultramontain de Clément XIV, louant à la fois le pape et les jésuites, et cherchant à nous persuader, par un récit plein de componction, que, des deux côtés, en ce débat, on observe les règles de la charité. Dans deux cents ans, on établira aussi que le cardinal Antonelli et M. de Mérode s'aimaient comme deux frères. L'auteur des Actes fut, mais avec une naïveté qu'on n'égala plus, le premier de ces narrateurs complaisants, béatement satisfaits, décidés à trouver que tout dans l'Église se passe d'une façon évangélique. Trop loyal pour condamner son maître Paul , trop orthodoxe pour ne pas se ranger à l'opinion officielle qui prévalait, il effaça lés différences de doctrine pour laisser voir seulement le but commun, que tous ces grands fondateurs poursuivirent en effet par des voies si opposées et à travers de si énergiques rivalités.

On comprend qu'un homme qui s'est mis par système dans une telle disposition d'âme est le moins capable du monde de représenter les choses comme elles se sont passées. La fidélité historique est pour lui chose indifférente; l'édification est tout ce qui imparte. Luc s'en cache à peine ; il écrit « pour que Théophile reconnaisse la vérité de ce que ses

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catéchistes lui ont appris ^ ». II y avait donc déjà un système d'histoire ecclésiastique convenu, qui s'enseignait officiellement, et dont le cadre, aussi bien que celui de l'histoire évangélique elle-même 2, était probablement déjà fixé. Le caractère dominant des Actes, comnie celui du troisième Evangile ^, est une piété tendre, une vive sympathie pour les gentils^, un esprit conciliant, une préoccupation extrême du surnaturel, l'amour des petits et des humbles, un grand sentiment démocratique ou plutôt la persuasion que le peuple est naturellement chrétien, que ce sont les grands qui l'empêchent de suivre ses bons instincts^, une idée exaltée du pouvoir de TÉglise et de ses chefs, un goût très-remarquable pour la vie en commun ®. Les procédés de composition sont également les mêmes dans les deux ouvrages, de telle sorte que nous sommes, à Tégard de l'histoire des apôtres comme nous serions à l'égard de l'histoire évangélique, si, pour esquisser cette dernière histoire, nous n'avions qu'un* seul texte, l'Évangile de Luc.

On sent les désavantages d'une telle situation. La

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