XXVI LES APOTRES
vie de Jésus dressée d'après le troisième Evangile seul serait extrêmement défectueuse et incomplète. Nous le savons, parce que, pour la vie de Jésus, la comparaison est possible. En même temps'que Luc, nous possédons (sans parler du quatrième Évangile) Matthieu et Marc, qui , relativement à Luc, sont, en partie du moins, des originaux. Nous mettons le doigt sur les procédés violents au moyen desquels Luc disloque ou mêle ensemble les anecdotes, sur la façon dont il modifie la couleur de certains faits selon ses vues personnelles, sur les légendes pieuses qu'il ajoute aux traditions plus authentiques. N'estil pas évident que, si "nous pouvions faire une telle comparaison pour les Actes, nous arriverions à y trouver des fautes d'un genre analogue? Les Actes ^ dans leurs premiers chapitres, nous paraîtraient même sans doute inférieurs au troisième Évangile; car ces chapitres ont probablement été composés avec des documents moins nombreux et moins universellement acceptés.
Une distinction fondamentale, en effet, est ici nécessaire. Au point de vue de la valeur historique, le livre des Actes se divise en deux parties : l'une, comprenant les douze premiers chapitres et racontant les faits principaux de l'histoire de l'Église primitive ; l'autre contenant les seize autres chapitres,
INTRODUCTION. xxvii
tous consacrés aux missions de çaint Paiil. Cette, seconde partie elle-même renferme deux sortes de récits : d'une part, ceux où le narrateur se donne pour témoin oculaire ; de l'autre, ceux où il ne ifait que rapporter ce qu'on lui a dit. 11 est clair que, même dans ce dernier cas, son autorité est grande. Souvent, ce sont les conversations de Paul qui ont. fourni les renseignements. Vers la fiii surtout, le récit prend un caractère étonnant de précision. Les dernières pages des Actes sont les seules pages complètement historiques que nous ayons syr les origines chrétiennes.* Les premières, au contraire, sont les plus attaquables de tout le Nouveau Testament. C'est surtout pour ces premières années que l'auteur obéit à des partis pris semblables à ceux qui Tout préoccupé dans la composition de son Évangile, et plus décevants encore. Son système des quarante jours, son récit de Tascension, fermant par une sorte d'enlèvement final et de solennité théâtrale la vie fantastique de Jésus, sa façon de raconter la descente du Saint-Esprit et les prédications miraculeuses, sa manière d'entendre le don des langues, si différente de celle de saint Paul ^, décèlent les préoccupatipns d'une époque relativement basse , où la
>!. I. Cor., xii-xiv. Comp. Marc, xvi, 47. et môme Act., ii,4, 43; X, 46; XI, 45; xix, 6.