I. Voir surtout l'épître aux Galates
[An 41] LES APOTRES. 2il
juive était beaucoup plus forte que celle de tous ses nouveaux confrères. Mais, n'ayant pas entendu Jésus, n'ayant pas été institué par lui, il avait, selon le^ idées chrétiennes, une grande infériorité. Or, Paul n'était pas fait pour accepter une place secondaire. Son altière individualité exigeait un rôle à part. C'est probablement vers ce temps que naquit en lui l'idée bizarre qu'après tout il n'avait rien à envier à ceux qui avaient connu Jésus et avaient été choisis par lui,' puisque lui aussi avait vu Jésus, avait reçu de Jésus une révélation directe et le mandat de son apostolat. Même ceux qui furent honorés d'une apparition personnelle du Christ ressuscité n'eurent rien de plus que lui. Pour avoir été la dernière, sa vision n'en avait pas été moins remarquable. Elle s'était produite dans des circonstances qui lui donnçtient un cachet particulier d'importance et de distinction *. Erreur capitale ! L'écho de la voix de Jésus se retrouvait dans les discours du plus humble de ses disciples. Avec toute sa science juive, Paul ne pouvait suppléer à l'immense désavantage qui résultait pour lui de sa tardive initiation. Le Christ qu'il avait vu sur le chemin de Damas n'était pas, quoi qu'il dît, le Christ de Galilée; c'était le Christ de son imagination, de
1. Épître aux Galates, i, H-lg et presque entière; I Cor., ix, I et suiy.; xv, I et suiv.; Il Cor., xi, 2H et suiv.
212 ORIGINES DU CHRISTlAMSlME. [An 41|
son sens propre. Quoiqu'il fût attentif à recueillir les paroles du maître*, il est clair que ce n'était ici qu'un disciple de seconde main. Si Paul eût rencontré Jésus vivant, on peut douter qu'il se fût attaché à lui. Sa doctrine sera la sienne, non celle de Jésus; les révélations dont il est si fier sont le fruit de son cerveau.
Ces idées, qu'il n'osait communiquer encore, lui .rendaient le séjour de Jérusalem désagréable. Au bout de quinze jours, il prit congé de Pierre et partit. Il avait vu si peu de monde qu'il osait dire que personne dans les Églises de Judée ne connaissait son visage et ne savait quelque chose de lui autrement que par ouï-dire 2. Plus tard, il attribua ce brusque départ à une révélation. Il racontait qu'un jour, priant dans le temple, il eut une extase, qu'il vit Jésus en personne, et reçut de lui l'ordre de quitter au plus vite Jérusalem. « parce qu'on n'y était pas disposé à recevoir son témoignage ». En échange de ces endurcis, Jésus lui aurait promis l'apostolat de nations loin^ taines et un auditoire plus docile à sa voix *. Quant à ceux qui voulurent effacer les traces des nombreux
1. On en trouve le sentiment plus ou moins direct : Rom., xii, U; 1 Cor., XIII, 2 ; II Cor., m, 6; I Thess., iv, 8; v, 2, 6.