Tacite, Ann., I
i. Étudiez le caractère d'Euthyphron dans Platon.
[An 45] LES APOTRES. 315
sur la scène tuaient quelquefois. Ils tuèrent Socrate; ils faillirent tuer Alcibiade. Anaxagore, Protagoras, Théodore l'Athée, Diagoras de Mélos, Prodicus de Céos, Slilpon, Aristote, Théophraste, Aspasie, Euripide *, furent plus ou moins sérieusement inquiétés. La liberté de penser fut, en somme, le fruit des royautés sorties de la conquête macédonienne, te furent les Attales, les Ptolémées, qui les premiers donnèrent aux penseurs les facilités qu'aucune des vieilles républiques ne leur avait offertes. L'empire romain continua la même tradition. Il y eut, sous l'Empire, plus d'un acte arbitraire contre les philosophes ; mais cela venait toujours de ce qu'ils s'occupaient de politique ^ . On chercherait vainement , dans le recueil des lois romaines antérieures à Constantin , un texte contre la liberté de penser; dans l'histoire des empereurs, un procès de doctrine abstraite. Pas un savant ne fut inquiété. Des hommes que le moyen âge eut brûlés , tels que Galien , Lucien , Plotin, vécurent tranquilles, protégés par la loi. L'Empire inaugura une période de liberté, en ce
4. Diog. Liiërce, If, 401, H6; V,5, 6, 37, 38; IX, 52; Athénée, XIII, 92; XV, 32; Élien, Var, Hisl., Il, 23; III, 36; Plutarque, Périclès, 32; De plac. philos, j I, vu, 2; Diod. Sic, XIlï, vi, 7 ; Scol. d'Aristophane, in Aves, \013.
2. En particulier, sous Vespasien ; fait d'IIelvidius Priscus.
sens qu'il éteignit la souveraineté absolue de la famille, de la ville, de la tribu, et remplaça ou tempéra ces souverainetés par celle de TÉtat. Or, un pouvoir absolu est d'autant plus vexatoire qu'il s'exerce dans un cercle plus restreint. Les républiques anciennes, la féodalité tyrannisèrent l'individu bien plus que ne l'a fait l'État. Certes, l'empire romain, à certaines époques, persécuta durement le christianisme*; mais du moins il ne l'arrêta pas. Or, les républiques l'eussent rendu impossible; le judaïsme, s'il n'avait pas subi la pression de l'autorité romaine, eut suffi pour l'étouffer. Ce qui empêcha les pharisiens de tuer le christianisme, ce furent les magistrats romains 2.
De larges idées de fraternité universelle, sorties pour la plupart du stoïcisme^, une sorte de sentiment général de l'humanité, étaient le fruit du régime moins étroit et de l'éducation moins exclusive auxquels l'individu était soumis^. On rêvait une nouvelle
1. Nous essayerons cependant de montrer plus tard que ces persécutions, au moins jusqu'à celle de Dèce, ont été exagérées.
2. Les premiers chrétiens sont, en effet, très - respectueux pour Tautorité romaine. Rom,, xiii, 4 et suiv.; I Pétri, iv, 44-46. Pour S. Luc, voyez ci-dessus, Introd., p. xxii-xxiii.
3. Diogène Laërc^, Vïl, i, 32, 33; Eusèbe.'Prépar. évaHg,:,X\\ lo; et, en général, le De legibus et le De officiis de Cicéron.