‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 275 sur 369 · Apoc., y vn et suiv · texte numérisé non relu

Apoc., y vn et suiv

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génie grec, avec une originalité, une force, une richesse qui n'ont jamais été égalées, avait créé depuis des siècles l'encyclopédie rationnelle, la discipline normale de l'esprit. Ce mouvement merveilleux, datant de Thaïes et des premières écoles d'Ionie (six cents ans avant Jésus-Christ), était à peu près arrêté vers l'an 120 avant Jésus-Christ. Les derniers survivants de ces cinq siècles de génie, Apollonius de Perge, Ératosthène, Aristarque, Héron, Archimède, Hipparque, Chrysippe, Carnéade, Panétius, étaient morts sans avoir eu de successeurs. Je ne vois que Posidonius et quelques astronomes qui continuent encore les vieilles traditions d'Alexandrie, de Rhodes, de Pergame. La Grèce, si habile à créer, n'avait pas su tirer de sa science ni de sa philosophie un enseignement populaire, un remède contre les superstitions. Tout en possédant dans leur sein d'admirables instituts scientifiques, l'Egypte, l'Asie Mineure, la Grèce même étaient livrées aux plus sottes croyances. Or, quand la science n'arrive pas à dominer la superstition, la superstition étouffe la science. Entre ces deux forces opposées, le duel est à mort.

L'Italie, en adoptant la science grecque, avait su, un moment, l'animer d'un sentiment nouveau. Lucrèce avait fourni le modèle du grand poëme philosophique, à la fois hymne et blasphème, in-

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spiranl tour a tour la sérénité et le désespoir, pénétré de ce sentiment profond de la destinée humaine qui manqua^ toujours aux Grecs. Ceux-ci, en vrais enfants qu'ils étaient , prenaient la vie d'une façon si gaie, que jamais ils ne songèrent à maudire fes dieux, à trouver la nature injuste et perfide envers r homme. De plus graves pensées se firent jour chez les philosophes latins. Mais, pas mieux que la (Grèce. Rome ne sut faire de la science la base d'une éducation populaire. Pendant que Cicéron donnait avec un tact exquis une forme achevée aux idées qu'il empruntait aux Hellènes; que Lucrèce écrivait son étonnant poëme; qu'Horace avouait à Auguste, qui ne s'en émouvait pas, sa franche incrédulité ; qu'un des plus charniants poètes du temps, Ovide, traitait en élégant libertin les fables les plus respectables; que les grands stoïciens tiraient les conséquences pratiques de la philosophie grecque, Ifes plus folles chimères trouvaient créance, la foi au merveilleux était sans bornes. Jamais on ne fut plus occupé de prophéties, de prodiges *. Le beau déisme éclectique de Cicéron 2, continué et perfectionné encore par Sénè-

1. Virgile, EgLj iv; Georg., I, 463 et suiv.; Horace, Od„l, 11 : Tacite, Ami., VI, 42; Suétone, Aug,, 31.

2. Voir, par exemple, De republ., III, 22, cité et conservé par Lac tance, Instil, div,, VI, 8.

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que*, restait la croyance d'un petit nombre d'esprits élevés, n'exerçant aucune action sur leur siècle.

L'Empire, jusqu'à Vespasien, n'avait rien qui pût s'appeler instruction publique 2. Ce qu'il eut plus tard en ce genre fut presque borné à de fades exercices de grammairiens ; la décadence générale en fiît plutôt hâtée que ralentie. Les derniers temps du gouvernement républicain et le règne d'Auguste furent témoins d'un des plus beaux mouvements littéraires qu'il y ait jamais eu. Mais, après la mort du grand empereur, la décadence est rapide, ou , pour mieux dire, tout à fait subite. La société intelligente et cultivée des Cicéron, des Atticus, des César, des Mécène, des Agrippa, des Pollion, avait disparu comme un songe. Sans doute, il y avait encore des hommes éclairés, des hommes au courant de la science de leur temps, occupant de hautes positions sociales, tels que les Sénèques et la société littéraire dont ils étaient le centre, Lucilius, Gallion, Pline. Le corps du droit romain, qui est la philosophie même codifiée, la mise en pratique du rationalisme grec , continuait sa majestueuse croissance. Les grandes familles romaines

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