Cicéron, De legibus, II, 8; Vopiscus, Aurélien
SdÙ ORIGIiNES DG CHRISTIANISME. [An 45J
troduisaient secrètement. L'affectation que mettaient les patriciens romains à distinguer « la religion » , c'est-à-dire leur propre culte, de « la superstition », c'est-à-dire des cultes étrangers^, nous paraît cependant assez puérile. Tous les cultes païens étaient essentiellement superstitieux. Le paysan qui de nos jours met un sou dans le tronc d'une chapelle à miraclesj qui invoque tel saint pour ses bœufs ou ses chevaux, qui boit de certaine eau dans certaines matladies, est en cela païen. Presque toutes nos superstitions sont les restes d'une religion antérieure au christianisme, que celui-ci n'a pu déraciner entièrement. Si l'on voulait retrouver de nos jours l'image du paganisme, c'est dans quelque village perdu, au fond des campagnes les plus arriérées, qu'il faudrait le chercher.
jN 'ayant pour gardiens qu'une tradition populaire vacillante et des sacristains intéressés, les cultes païens ne pouvaient manquer de dégénérer en adulation 2. Auguste, cfuoique avec réserve, accepta
1 . a Religio sine superstitione. » Oraison funèbre de Turia, 1, lignes 30-31. Voir le Traité de la superstUion de Plutarque.
2. Voir Mélilon, Hepl â>.yiôei«;, dans le Spicilegiuni syriacum de Cureton, p. 43 ou dans \e.SpiclL Solestnense de dom Pitra^ t. II, p. XLi, pour se bien rendre compte de l'impression que cela faisait sur les juifs et les chrétiens.
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d*étre adoré de son vivant dans les provinces^. Tibère laissa juger sous ses yeux cet ignoble concours des villes d*Asie, se disputant Thonneur de lui élever un temple ^. Les extravagantes impiétés de Caligula^ ne produisirent aucune réaction; hors ^du judaïsme, il ne se trouva pas un seul prêtre pour résister k de telles folies. Sortis pour la plupart d'un culte primitif des forces naturelles, dix fois transformés par des mélanges de toute sorte et par l'imagination des peuples, les cultes païens étaient limités par leur passé. On n'en pouvait tirer ce qui n'y fut jamais, le déisme, l'édification. Les Pères de l'Église nous font sourire quand ils relèvent les méfaits de Saturne comme père de famille, de Jupiter comme mari. Mais, certes, il était bien plus ridicule encore d'ériger Jupiter (c'est-à-dire l'atmosphère) en un dieu moral, qui commande, défend, récompense, punit. Dans un monde qui aspirait à posséder un catéchisme, que pouvait-on faire d'un culte comme celui de Vénus, sorti d'une vieille nécessité
1. Suétone, Aug.; 52; Dion Cass., LI, 20; Tacite, Ann,^ I, 10; Aurel. Victor, Cœs., 1; Appien, Bell. Civ,,\, 432; Jos., B, J,, f, xn 2, 3, 4, 7; Noris, Cenolaphia Pisana, dissent. I, cap. 4; Kalendarium Cumanum, dans Corpus imcr, lai., I, p. 340; Eckhel, Doclrina num. vet., pars 2",jol. VI, p. 100, 124etsuiv.