Voir ci-dessus, p. 193 et suiv
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sociale des premières navigalions phéniciennes dans la Méditerranée, mais devenu avec le temps un outrage à ce qu'on envisageait de plus en plus comme» l'essence de la religion?
De toutes parts , en effet , se manifestait avec énergie le besoin d'une religion monothéiste, donnant pour base à la morale des prescriptions divines. Il vient ainsi une époque où les religions naturalistes, réduites à de purs enfantiHages, à des simagrées de sorciers, ne peuvent plus sufTire aux sociétés, où l'humanité veut une rehgion morale, philosophique. Le bouddhisme, le zoroastrisme, répondirent à ce besoin dans l'Inde, dans la Perse. L'orphisme, les mystères, avaient tenté la même chose dans le mondé grec, sans réussir d'une manière durable. A l'époque où nous sommes, le problème se posait pour l'ensemble du monde avec une sorte d'unanimité solennelle et d'impérieuse grandeur.
La Grèce, il est vrai , faisait une exception à cet égard. L'hellénisme était beaucoup moins usé que les autres religions de l'Empire. Plutarque, dans sa petite ville de Béotie, vécut de l'hellénisme, tranquille, heureux, content comme un enfant, ayec la conscience religieuse la plus calme. Chez lui, pas une trace de crise, de* déchirement, d'inquiétude, de révolution imminente. Mais il n'y avait que l'esprit
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grec qui fut capable d'une sérénité si enfantine. Toujours satisfaite d'elle-même, fière de son passé et de cette brillante mythologie dont elle possédait tous les lieux saints, la Grèce ne participait pas aux tourments intérieurs qui travaillaient le reste du monde. Seule, elle n'appelait pas le christianisme ; seule, elle voulut s'en passer; seule, elle prétendit mieux faire*. Cela tenait à cette jeunesse éternelle, à ce patriotisme, à cette gaieté, qui ont toujours caractérisé le ^ véritable Hellène, et qui, aujourd'hui encore, font que le Grec est comme étranger aux soucis profonds qui nous minent. L'hellénisme se trouva ainsi en mesure de tenter une renaissance qu'aucun autre des cultes de l'Empire n'aurait pu essayer. Au ii% au iii% au IV' siècle de notre ère, l'hellénismi^ se constituera en religion organisée, par une sorte de fusion entre la mythologie et la philosophie grecques, et, avec ses philosophes thaumaturges, ses anciens sages érir gés en révélateurs, ses légendes de Pythagore et d'Apollonius, fera au christianisme une concurrence qui, pour être restée impuissante, n'en a pas moins été le plus dangereux obstacle que la religion de Jé|us ait trouvé sur son chemin.
4. Gorinthe, la seule ville de Grèce qui ait eu, aux premiers siècles, une chrétienté considérable, n*était plus à cette époque une ville hellénique.
MO OUIGINES DL CHRISTIANISME. [An io\
Cette tentative ne se produisit pas encore au temps (les Césars. Les premiers philosophes qui essayèrent une espèce d'alliance entre la philosophie et le paganisme, Euphrate de Tyr, Apollonius de Tyane et Plutarque, sont de la fin du siècle. Euphrate de Tyr nous est mal connu. La légende a tellement recouvert la trame de la biographie véritable d'Apollonius, qu'on ne sait s'il faut le compter parmi les sages , parmi les ^ fondateurs religieux ou parmi les charlatans. Quant h Plularque, c'est moins un penseur, un novateur, qu'un esprit modéré qui veut mettre tout le monde d'accord en rendant la philosophie timide et la religion à moitié raisonnable. 11 n'y a rien chez lui de Porphyre ni de Julien. Les essais d'exégèse allégorique des stoïciens * sont bien faibles. Les mystères , romme ceux de Bacchus, où l'on enseignait l'immortalité de l'âme sous de gracieux symboles 2, étaient bornés à certains pays et n'avaient pas d'influence étendue. L'incrédulité à la religion oflicielle était j^énérale dans la classe éclairée ^. Les hommes polî-
^ . Iléraclidc. Cornutus. Comp.. Cic^De nalura deomm, III, 23î'\ 60, 62-64. ^
2. Plutarquo, Consolatio ad tijcorem , 40; De sera numinis rindicta^ 22; Heuzey, Mission de Macédoine j p. 428; Revue arvhdologique, avril 1864, p. 282.
3. Liicrôcp, I. 63 et suiv.; Sallusle, Calil, 52; Cic, De m(.
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tiques qui alTectaient le plus de soutenir le culte do l'État s'en raillaient par de forts jolis mots *. On énonçait ouvertement le système immoral que les tables religieuse» ne sont bonnes que pour le peuple, et doivent être maintenues pour lui 2. Précaution fort inutile; car la foi du peuple était elle-même profondément ébranlée *.
A partir de l'avènement de Tibère, il est vrai, une réaction religieuse est sensible. 11 semble que le monde s'effraye de l'incrédulité avouée des temps de- César et d'Auguste; on prélude à la malencontreuse tentative de Julien ; toutes les superstitions se voient réhabilitées par raison d'État^. Valèrc Maxime donne le premier exemple d'un écrivain de bas étage se fai-
deorum. II, 24, 28; De divinal.. H, 33, 3o, 57; De haruspicum responsis, presque entier; TuscuLj I, 16; Juvénal, Sat. 11, 149- 152; Sénèque, Epist,, xxiv, 17.
i. « Sua cuique civitali religio est, nostra nobis. » Gic, Pro Flacco, 28.
2. Cic, De nat. deorum, I, 30, 42; De divinat.. Il, 12, 33, 35, Î2; De harusp, resp., 6, etc.; Tite-Live, I, 19; Quinte-Curce, IV, 10; Plutarque, Deplac. phiL, F, vn, 2; Diod. Sic, I, u, 2; Varron, dans saint Aug., De civil. Dei, IV, 31, 32; VI, 6; Denys d'Halic, ïf, 20; VIII, 5; Valère Maxime, I, 11.