‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 281 sur 369 · Plutarque, De Pyth, orac · texte numérisé non relu

Plutarque, De Pyth, orac

4. Voir Lucien, Alexaiider seu pseudomantis et De niorle Pcregrini.

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En somme, le milieu du premier siècle est une des époques les plus mauvaises de l'histoire ancienne. La société grecque et romaine s'y montre en décadence sur ce qui précède et fort arriérée à l'égard de ce qui suit. Mais la grandeur de la crise décelait bien quelque formation étrange et secrète. La vie semblait avoir perdu ses mobiles; les suicides se multipliaient ^. Jamais siècle n'avait offert une telle lutte entre le bien et le mal. Le mal, c'était un despotisme redoutable, mettant le monde entre les mains d'hommes atroces et de fous; c'était la corruption de mœurs, qui résultait de l'introduction à Rome des vices de l'Orient; c'était l'absence d'une bonne religion et d'une sérieuse instruction publique. Le bien, c'était, d'une part, la philosophie, combattant à poitrine découverte contre les tyrans, défiant les monstres, trois ou quatre fois proscrite en un demisiècle (sous Néron, sous Vespasien, sous Domitien)^; c'étaient, d'une autre part, les efforts de la vertu populaire, ces légitimes aspirations à un meilleur état religieux, cette tendance vers les confréries, vers les cultes monothéistes, cette réhabilitation du

1. Sénèque, Episl., xii, xxiv, lxx; Inscription de Lanuvium, î« col., lignes 5-6; Orelli, 4404.

2. Dion Cassius, LXVI, i3;LXVII, 13; Suétone, Domil., 10; Tacite, Agricola, 2, 45; Pline, Episl., TU, 11; Philostrate, Vie-

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pauvre, qui se produisaient principalement sous l»3 couvert du judaïsme et du christianisme. Ces deux grandes protestations étaient loin d'être d'accord; le parti philosophique et le parti chrétien ne se connaissaient pas, et ils avaient si peu conscience de la communauté de leurs efforts, que le parti philosophique, étant arrivé au pouvoir par l'avènement de Nerva, fut loin d'ôtre favorable au christianisme. A vrai dire, le dessein des chrétiens était bien plus radical. Les stoïciens, maîtres de l'Empire, le réformèrent et présidèrent aux cent plus belles années de l'histoire de l'humanité. Les chrétiens, maîtres de l'Empire à partir de Constantin, achevèrent de le ruiner. L'héroïsme des uns ne doit pas faire oublier celui des autres. Le christianisme, si injuste pour les vertus païennes, prit à tâche de déprécier ceux qui avaient combattu les mêmes ennemis que lui. Il y eut dans la résistance de la philosophie, au premier siècle, autant de grandeur que dans celle du christianisme ; njais que la récompense de part et d'autre a été inégale ! Le martyr qui renversa du pied les idoles a sa légende; pourquoi Annœus Cornutus, qui déclara devant Néron que les livres de celui-ci ne vaudraient jamais ceux de Chrysippe ^ ; pourquoi Helvidius Pris-

d'Apollomus,]. Ml, entier ;EvLsèhe, Chron,, àilAnn. Ctir. 00. i. Dion Cassius, LXII, 29.

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eus, qui dit en face à Vespasien : <. 11 est en toi de tuer ; en moi de mourir ^ ; » pourquoi Démétrius le Cynique , qui répondit à Néron irrité : « Vous me menacez de la mort; mais la nature vous en menace 2, » n'ont-ils pas leur image parmi les héros populaires que tous aiment et saluent? L'humanité dispose-1- elle de tant de forces contre le vice et la bassesse, qu'il soit permis à chaque école de vertu de repousser l'aide des autres et de soutenir qu'elle seule a le droit d'être courageuse, fière, résignée?

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