‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 290 sur 369 · Tite-Live, XXXIX, 8-18. Comp. le décret épigraphique dans · texte numérisé non relu

Tite-Live, XXXIX, 8-18. Comp. le décret épigraphique dans

[An 45] LES APOTRES. 355

diverses reprises dans l'histoire de l'Empire. L'arsenal des lois contenait des textes pour toutes les répressions ^. Mais il dépendait du pouvoir d'en user ou de n'en user pas. Les cultes proscrits reparaissaient souvent très-peu d'années après leur proscription 2. L'émigration étrangère , d'ailleurs , surtout celle des Syriens, renouvelait sans cesse le fonds où s'alimentaient les croyances qu'on cherchait vainement à extirper.

On s'étonne de voir à quel degré un sujet en apparence aussi secondaire préoccupait les plus fortes têtes. Une des principales attentions de César et d'Auguste fut d'empêcher la formation de nouveaux collèges et de détruire ceux qui étaient déjà établis ^. Un décret porté, ce semble, sous Auguste essaya de définir avec netteté les limites du droit de réunion et d'association. Ces limites étaient extrêmement étroites. Les collèges doivent être unique-

le €brpus inscr, Icdtinarum, I,j?. 43-44. Cf. Cic, DelegibuSj 11,8.

i. Cic, Pro Sext.j 25; fn Pis,, 4; Asconius, In Cornelianam, 75 (édit. Orelli); In Pisonianam, p. 7-8; Dion Cassius, XXXVIII, 13, U; Digeste, III, iv, Quod cujusc.i; XLVII, xxii, de ColL et Corp., entier.

%. Suétone, Domit.,\\ Dion Cassius, XLVII, 15; LX, 6; LXVÏ, S4; passages de Tertullien et d'Arnobe, précités.

3. Suétone, César,' ^%; Aug., 32; Jos., A7U.j XIV, x, 8; Dion Cassius, LU, 36.

356 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 45]

ment funéraires. Il ne leur est permis de se réunir qu'une fois par mois; ils ne peuvent s'occuper que de la sépulture des membres défunts; sous aucun prétexte ils ne doivent élargir leurs attributions *. L'Empire s'acharnait à l'impossible. Tl voulait, par suite de son idée exagérée de l'État, isoler l'individu, détruire tout lien moral entre les hommes, combattre un désir légitime des pauvres, celui de se serrer les uns contre les autres dans un petit réduit pour avoir chaud ensemble. Dans l'ancienne Grèce, la cité était très-tyrannique; mais elle donnait en échange de ses vexations tant de plaisir, tant de lumière, tant de gloire, que nul ne songeait à s'en plaindre. On mourait avec joie pour elle ; on subissait sans révolte ses plus injustes caprices. L'empire romain, lui, était trop vaste pour être une patrie. Il offrait à tous de grands avantages matériels ; il ne donnait rien à aimer. L'insupportable tristesse inséparable .d'une telle vie parut pire que la mort.

4. «Kaput ex S. G. P. R. Quibus coïre, convenire, collegiumque habere liceat. Qui stipem menstruam conferre volent in funera, ii in collegium coeant, neque sub specie ejus collegi nisi semel in mense coeant conferendi causa unde defuncii sepeliantur. » Inscription *de Lanuvium. l'^'col., lignes 10-13, dans Mommsen, De collegiis et sodaliciis Romanorum (Kiliœ, 1843), p. 81-82 et ad calcem. Gf. Digeste, XLVII, xxii^ de Coll. et Corp.j 1 ; Tertullien, Apolog.j 39.

Aussi, malgré tous les efforts des hommes politiques, les confréries prirent-elles d'immenses développements. Ce fut l'analogue exact de nos confréries du moyen âge, avec leur saint patron et leurs l'fepas de corps. Les grandes familles avalent le souci de leur nom, de la patrie, de la tradition; mais les humbles, les petits, n'avaient que le collegium. Ils mettaient là leurs complaisances. Tous les textes nous montrent ces collegia ou cœtus comme formés d'esclaves^, de vétérans 2, de petites gens (tenuiores) ^. L'égalité y régnait entre les hommes libres, les affranchis, les personnes serviles ^. Les femmes y étaient nombreuses ^. Au risque de mille tracasseries, quelquefois des peines les plus sévères, on voulait être membre d'uri de ces collegia, oii l'on vivait dans les liens d'une agréable confraternité , où l'on trouvait des secours mutuels , ou l'on contractait des liens qui duraient après la mort^.

4 . Inscription de Lanuvium, â* col., lignes 3, 7; Digesire, XL VII, XXII, de Coll. et Corp,, 3.

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