CHAPITRE XIX
AVKNIR DES HISSIONS.
Tel était le monde que les missionnaires chrétiens entreprirent de convertir. On doit voir maintenant, ce me semble, qu'une telle entreprise ne fut pas une folie, et que sa réussite ne fut pas un miracle. Le monde était travaillé de besoins moraux auxquels la religion nouvelle répondait admirablement. Les mœurs s'adoucissaient; on voulait un culte plus pur; la notion des droits de l'homme, les idées d'améliorations sociales gagnaient de toutes parts. D'un autre côté, la crédulité était extrême ; le nombre des personnes instruites, très-peu considérable. Que des apôtres ardents, juifs, c'est-à-dire monothéistes, disciples de Jésus, c'est-à-dire pénétrés de la plus douce prédication morale que l'oreille des hommes eût encore entendue, se présentent à un tel monde, et sûrement ils seront écoutés. Les rêves
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qui se mêlent à leur enseignement ne seront pas unobstacle à leur succès; le nombre de ceux qui ne croient pas au surnaturel, au miracle, est très-faible.. S'ils sont humbles et pauvres, c'est tant mieux. L'humanité, au point où elle est, ne peut être sauvée que par un effort venant du peuple. Les anciennes religions païennes ne sont pas réformables; l'État romain est ce que sera toujours l'État, roide, sec^ juste et dur. Dans ce monde qui périt faute d'amour, l'avenir appartient à celui qui touchera la source vive de la piélé populaire. Le libéralisme grec, la vieille gravité romaine sont pour cela tout à fait impuissants.
La fondation du christianisme est, à ce point de vue, l'œuvre la plus grande qu'aient jamais faite des hommes du peuple. Très -vite sans doute, deshommes et des femmes de la haute noblesse romaine s'affilièrent à l'Église. Dès la fin du premier siècle, Flavius Clemens et Flavie Domitille nous montrent le christianisme pénétrant presque dans le palais des Césars^. A partir des premiers Antonins, il y a des gens riches dans la communauté. Vers la fin du
1 . Voir de Rossi , Bulletlino di archeoL crisliana, 3« année, ^n»» 3, 5, 6, \%. Le fait de Pomponia Grœcina (Tac, Ann,, XIII^ 32), sous Néron, est déjà caractéristique; mais il n'est pas sûr qu'elle fût chrétienne.
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11^ siècle, on y trouve quelques-uns des personnages les plus considérables de l'Empire ^ Mais, au début, tous ou presque tous furent humbles 2. Dans les plus anciennes Églises, pas plus qu'en Galilée autour de Jésus, ne se trouvèrent des nobles, des puissants. Or, en ces grandes créations, c'est la première heure qui est décisive. La gloire des religions appartient tout entière à leurs fondateurs. Les religions, en effet, sont affaire de foi. Croire est chose vulgaire; le chefd'œuvre est de savoir inspirer la foi.
Quand on cherche à se figurer ces merveilleuses origines, on se représente d'ordinaire les choses sur le modèle de notre temps , et l'on est amené ainsi à de graves erreurs. L'homme du peuple, au premier siècle de notre ère, surtout dans les pays grecs et orientaux, ne ressemblait nullement à ce qu'il est aujourd'hui. L'éducation ne traçait pas alors entre les classes une barrière aussi forte que maintenant. Ces races de la Méditerranée, si l'on excepte les populations du Latium, lesquelles avaient disparu ou
1. Voir de Rossi, Ronia sotterranea j I, p. 309; et pi. xxi, n° 4 2; et les rapprochemente épigraphiques faits par Léon Renier, Comptes rendus de l'Acad. des Iriser, et B.-L,, 1865, p. 289 et suiv., et par le général Creuly, Rev. arch., janv. 1866^ p. 63-64. Gomp. de Roisi; Bull.j 3- année, n» 10, p. 77-79.