‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 31 sur 369 · Luc, XXIV, 23; Act,, xxv, 19; Jos., AnL, XVin, ni · texte numérisé non relu

Luc, XXIV, 23; Act,, xxv, 19; Jos., AnL, XVin, ni

4 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 33]

La journée qui suivit rensevelissement de Jésus (samedi, 15 de nisan) fut remplie par ces pensées. On s'interdit toute œuvre des mains à cause du sabbat. Mais jamais repos ne fut plus fécond. La conscience chrétienne n'eut, ce jour-là, qu'un objet, le maître déposé au tombeau. Les femmes surtout le couvrirent en esprit de leurs plus tendres caresses. Leur pensée n'abandonne pas un instant ce doux ami, couché dans sa myrrhe, que les méchants ont tué ! Ah ! sans doute, les anges l'entourent, et se voilent la face en son linceul. Il disait bien qu'il mourrait, que sa mort serait le salut du pécheur, et qu'il revivrait dans le royaume de son Père. Oui, il revivra ; Dieu ne laissera pas son fils en proie aux enfers ; il ne permettra pas que son élu voie la corruption ^. Qu'est-ce que cette pierre du tombeau qui pèse sur lui? Il la soulèvera; il remontera à la droite de son Père, d'où il est descendu. Et nous le verrons encore; nous entendrons sa voix charmante; nous jouirons de nouveau de ses entretiens, et c'est en vain qu'ils l'auront tué.

La croyance à l'immortalité de l'âme, qui, par l'influence de la philosophie grecque, est devenue un dogme du christianisme, permet de prendre faci-

1. Ps. XVI, 10. Le sens de l'original est un peu différent. Mais c'est ainsi que les versions reçues traduisaient le passage.

[An 33] LES APOTRES. 5

lement son parti de la mort, puisque la dissolution du corps en cette hypothèse n'est qu'une délivrance de l'âme, affranchie désormais de liens gênants sans lesquels elle peut exister. Mais cette théorie de l'homme, envisagé comme un composé de deux substances, n'était pas bien claire pour les Juifs. Lé règne de Dieu, et le règne de l'esprit consistaient pour eux dans une complète transformation du monde et dans l'anéantissement de la mort ^. Reconnaître que la mort pouvait être victorieuse de Jésus, de celui qui venait supprimer son empire, c'était le comble de Tabsurdité. L'idée seule qu'il pût souffrir avait autrefois révolté ses disciples 2. Ceux-ci n'eurent donc pas de choix entre le désespoir ou une affirmation héroïque. Un homme pénétrant aurait pu annoncer dès le samedi que Jésus revivrait. La petite société chrétienne, ce jour-là, opéra le véritable miracle; elle ressuscita Jésus en son cœur par l'amour intense qu'elle lui porta. Elle décida que Jésus ne mourrait pas. L'amour chez ces âmes passionnées fut vraiment plus fort que la mort^, etj comme le propre de la passion est d'être communicative, d'allumer à la manière d'un flambeau un sentiment qui

\. I Thess., IV, 12 et suiv.; 1 Cor., xv entier; Apec, xx-xxii.

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