La synagogue cherchait, au contraire, à supprimer suUf
188 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 89] '.
pécheurs à ne jamais désespérer d'entrer dans la famille élue. La généalogie de Matthieu donne encore à Jésus pour ancêtres les rois de Juda, descendants de David, à commencer par Salomon ; mais bientôt on ne voudra plus de cette généalogie trop empreinte de gloire profane, et on rattachera Jésus à David par . un fils peu connu, Nathan, et par une ligne parallèle à celle des rois de Juda.
Du reste, la conception surnaturelle prenait chaque jour une telle importance, que la question du père et des ancêtres charnels de Jésus devenait en quelque sorte secondaire. On croyait pouvoir conclure d'un passage d'Isaïe, mal rendu par les Septante S que le Messie naîtrait d'une vierge. Le Saint- Esprit, l'Esprit de Dieu avait tout fait\ Joseph, en réalité, parait avoir été assez âgé quand Jésus naquit '; Marie, qui semble avoir été sa seconde femme, pouvait être fort jeune*. Ce contraste rendait l'idée du
que possible de la Bible le souvenir de ces femmes et en particulier les traces de mariages avec des étrangères. Geiger, Urschrift und Ueberselzungen der Bibel, p. 364 et suiv. Voir Mischna, Megilla, 4 et la tosifta sur ce passage. ^, Isaïe, VII, 44.
2. Sur les générations i\ c&^cvi; dvnrcû, voir Philon, De cheru^ bim, § 42 et suiv.
3. V. Vie de Jésus, p. 74, et Tappendiceà la 6n de ce volume.
4. Les mariages disproportionnés quant à l'&ge des conjoints ne sont nullement appréciés en Orient comme chez nous.
(AmS&J
miracle facile. Certes, la légende se serait créée saos cela; cependant, comme le mythe s'élaborait dans un milieu de gens qui avaient connu la famille de Jésus, une telle circonstance d'un vieux mari et d'une jeune femme n'était pas indifférente. Ud Irait fréquent dans les histoires hébraïques était de relever la puissance divine par la faiblesse même des instruments qu'elle employait. On se plaisait ainsi à faire naître les grands hommes de parents vieux ou longtemps stériles. La légende de Samuel engendra celle de Jean-Baptiste \ celle de Jésus^ celle de Marie elle-même*. Tout cela, d'un autre côté, provoquait l'objection des malveillants. La fable grossière inventée par les adversaires du christianisme, qui faisait nattre Jésus d'une aventure scandaleuse avec le soldat Panthère % sortit sans trop d'efibrt du récit chrétien, récit qui présentait à Timagination le tableau choquant d'une naissance où le père n'avait qu'un rôle apparent. Cette fable ne se