‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 130 sur 353 · Matth., cb. xxni entier · texte numérisé non relu

Matth., cb. xxni entier

213 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 85]

siens est prédit d*une façon vague, qui nous reporte avant la révolution de Judée^

De tout cela résulte un Évangile infiniment supérieur pour la beauté à celui de Marc, mais d*une valeur historique beaucoup moindre. Marc reste, pour les faits, le seul document authentique de la vie de Jésus. Les récits que pseudo-Matthieu ajoute à ceux de Marc ne sont que légende ; les modifications qu'il apporte aux récits de Marc ne sont que des façons de dissimuler certains embarras. L'assimilation des éléments que Fauteur puise hors de Marc est faite de la manière la plus grossière ; la digestion, si on peut s'exprimer ainsi, n'est pas achevée ; les morceaux sont restés entiers, et on peut les reconnaître. Sous ce rapport, Luc introduira de très-grands perfectionnements. Mais ce qui fait le prix de l'ouvrage attribué à Matthieu, ce sont les discours de Jésus, conservés avec une fidélité extrême, et probablement dans l'ordre relatif où ils furent d'abord écrits.

Cela était plus important que l'exactitude biographique, et l'Évangile de Matthieu, tout bien pesé, est le livre le plus important du christianisme, le livre

4. Lo discours entier, surtout les versets 2, 3, 5, 45, 46, 48, 14, 23, 27, 29, 3S, supposent l'organisation de la nation encore intacte.

[Ad 85] LES ÉVANGILES. 213

le plus important qui ait jamais été écrit. Ce n'est pas sans raison que, dans la classification des écrits de la nouvelle Bible, on lui a donné la première place ^ La biographie d'un grand homme est une ^^ partie de son œuvre. Saint Louis ne serait pas ce qu'il est dans la conscience de l'humanité sans Joinville. La vie de Spinoza par Colerus est le plus bel ouvrage de Spinoza. Épictëte doit presque tout à Arrien, Socrate à Platon et à Xénophon. Jésus de même a été en partie fait par l'Évangile. En ce sens, la rédaction des Évangiles est, après l'action personnelle de Jésus, le fait capital de l'histoire des origines du christianisme ; j'ajouterai de l'histoire de l'humanité. La lecture habituelle du monde est un livre où le prêtre est toujours en faute, oii les gens comme il faut sont tous des tartufes, oii les autorités laïques se montrent comme des scélérats, ou tous les riches sont damnés.' Ce livre, le plus révolutionnaire et le plus dangereux qu'il y ait, l'Église catholique l'a prudemment écarté ; mais elle n'a pu tout à fait l'empêcher de porter ses fruits. Malveillants pour le sacerdoce, railleurs pour le rigorisme, indulgents pour l'homme relâché qui a bon cœur, les Evangiles ont été le perpétuel cauchemar de

Page 1