‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 131 sur 353 · Irénée, HI, i, t · texte numérisé non relu

Irénée, HI, i, t

214 ORIGINES DD CHRISTIANISME. [Aa 85]

l'hypocrite. L*homme évangélique a été un adversaire de la théologie pédante, de la morgue hiérarchique, de Tesprit ecclésiastique tel que les siècles Font fait. Le moyen âge Ta brûlé. De nos jours, la grande invective du vingt-troisième chapitre de saint Matthieu contre les pharisiens est encore la sanglante satire de ceux qui se couvrent du nom de Jésus et que Jésus, s*il revenait au monde, poursuivrait de ses fouets.

Oïl rÉvangile selon saint Matthieu fut-il écrit? Tout semble indiquer que ce fut en Syrie, pour un cercle juif, qui ne savait guère que le grec, mais qui avait quelque idée de l'hébreu*. L'auteur se sert d'originaux évangéliques écrits en hébreu ; or il est douteux que les originaux hébreux des textes évangéliques soient jamais sortis de Syrie. Dans cinq ou six cas, Marc avait conservé des petites phrases araméennes prononcées par Jésus; le prétendu Matthieu les efface toutes, excepté une seule. Le caractère des traditions propres à notre évangéliste est essentiellement galiléen. Selon lui, toutes les apparitions de Jésus ressuscité ont lieu en Galilée*. Ses premiers lecteurs semblent avoir dû être des Syriens. Il n'a

4. Matlh., 1, 23; xv, 5 (comp. Marc, vu, 44); xvii, 46. Jé!^w éitl Tttv d4tafTtwv (Matih., I, 2f } est bien peu hébreu. 2. Mattb., XXVIII, 46 et suiv.

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pas ces explications de coutumes et ces notes topographiques qu*on trouve dans Marc. Au contraire, il a des traits qui, dénués de sens à Rome, avaient de rintérêt en Orient * . On peut donc supposer que notre Évangile fut rédigé quand F Évangile de Marc, composé à Rome, arriva en Orient. Un Évangile grec parut une chose précieuse ; mais on fut frappé des lacunes de celui de Marc ; on le compléta. L'Evangile qui résulta de ces additions mit du temps à revenir à Rome. Par là s'explique que Luc ne l'ait pas connu, dans cette ville, vers 95.

Par là s'explique aussi que, pour relever l'écrit

nouveau, et opposer au nom de Marc un nom d'une

autorité encore supérieure, on ait attribué le texte

dont il s'agit à l'apôtre Matthieu. Matthieu était un

apôtre judéo-chrétien, menant une vie ascétique

analogue à celle de Jacques, s'abstenant de chair, ne

vivant que de légumes et de pousses d'arbre *.

Peut-être sa qualité d'ancien publicain fit-elle penser

que, habitué à écrire, il avait dû plus qu'un autre

songer à fixer des faits dont il était censé avoir été

témoin. Certes Matthieu ne fut pas le rédacteur de

1. Comp. Matth., m, 5, et Marc, i, 5; MaUh., iv, 23, et Marc, 111, 7-8 ; Matth., xix, 4, et Marc, x, 4 . Notez le trait palestinien sur Hacetdama, xxvii, 8.

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