CHAPITRE XII
LES CHRÉTIEI^S DE LA FAMILLE FLAVIA. FLAVICS JOSBPHB.
La loi fatale du césarisme s^accomplissait. Le roi légitime s'améliore en vieillissant sur le trône ; le césar commence bien et finit mal. Chaque année signalait en Domitien le progrès des mauvaises passions. L'homme avait toujours été pervers ; son in-gratitude envers son père et son frère aîné fut quelque chose d'abominable; cependant son premier gouvernement ne fut pas d'un mauvais souverain *. C'est peu à peu que la jalousie sombre contre tout mérite, la perfidie raffinée, la noire malice, qui étaient dans sa nature, se décelèrent. Tibère avait été très-cruel, mais par une sorte de rage philosophique contre l'humanité, qui eut sa grandeur et ne l'em-
4 . Suétone, Dom,, 3, 8, 9 ; Dion Cassius, Eutrope et Auréliua Victor.
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pécha pas d'être à quelques égards Thomme le plus intelligent de son temps. Caligula fut un bouiïon lugubre, à la fois grotesque et terrible, mais amusant et peu dangereux pour ceux qui ne rapprochaient p>as. Sous le règne de cette incarnation de Tironie satanique qui s'appela Néron, une sorte de stupeur tint l'àme du monde en suspens ; on avait la conscience d'assister à une crise sans précédents, à la lutte définitive du bien et du mal. Après sa mort, on respira ; le mal semblait enchaîné ; la perversité du siècle paraissait adoucie. Qu'on songe à l'horreur qui s'empara de toutes les âmes honnêtes quand on vit la Bête renaître % quand on reconnut que l'abnégation de tous les gens de bien de l'empire n'avait abouti qu'à livrer le monde à un souverain bien plus digne d'exécration que les monstres qu'on croyait relégués dans les souvenirs du passé.
Domitien est probablement l'homme le plus méchant qui ait jamais existé ^ Conmiode est plus odieux, car il est fils d'un père admirable ; mais Commode est une sorte de brute ; Domitien est un homme fort
I- Subnero, porlio Neronis, Nero calvus. Tertall., ApoL, 5; Juvénal, iv, 38.
S. Suétone, Dom,; Dion Cassius, livre LXVH; Tacite, Agricola, 45, etc.; Pline le Jeune, Panëg. de Traj.; Philostrate, Vie d'Apollonius, VII et VUI.
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sensé, d'une méchanceté réfléchie. Chez lui, il n*fr^ avait pas Tatténuation de la folie ; sa tête était parfaitement saine, froide et claire. C'était un homme politique sérieux et logique. Il n'avait pas d'imagination, et si, aune certaine époque dé sa vie, il s'exerça en quelques genres de littérature et fit d'assez bons vers, ce fut par affectation, pour paraître étranger aux affaires ^ bientôt il y renonça et n'y pensa plus*. Il n'aimait pas les arts; la musique le laissait indifférent'; son tempérament mélancolique ne se plai* sait que dans la solitude. On l'observait des heures se promenant seul ; on était sûr alors de voir éclater quelque plan pervers. Cruel sans phrases, il souriait presque toujours avant de tuer. On sentait reparaître une basse extraction. Les Césars de la maison d'Auguste, prodigues et avides de gloire, sont mauvais , souvent absurdes , rarement vulgaires. Domitien est bourgeois dans le crime ; il en tire profit. Peu riche, il fait argent de tout, pousse Timpôt à ses dernières limites \ Sa face sinistre ne connut jamais le fou rire de Caligula. Néron, tyran fort littéraire,
4. Tacite, IlisL, IV, 86; Suétone, Dom,, 2. Cf. Pline, Hist. na^, praef.; Quintilien, IV, praef.; X, i, 6 ; Valérius Flaccus, 1, 1». f. Suétone, Dom., ÎO.