Clément d'Alex., Pœdag., II
216 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 85)
Touvrage qui porte son nom. L*apôtre était mort depuis longtemps quand 1* Évangile fut composé, et d'ailleurs Touvrage repousse absolument un tel auteur ^ Jamais livre ne fut aussi peu d'un témoin oculaire. Comment, si notre Évangile était d'un apôtre, y trouverait-on un canevas si défectueux de la vie publique de Jésus ? Peut-être l'Évangile hébreu avec lequel l'auteur compléta Marc portait-il le nom de Matthieu '• Peut-être la collection des logia portait-elle ce nom. L'addition des logia étant ce qui faisait le caractère du nouvel Évangile, le nom de l'apôtre garant de ces logia aura pu être conservé pour désigner l'auteur de l'ouvrage qui tirait son prix de ces additions'. Tout cela est douteux. Papias^ croit
1. Comp. surtout Matth., ix, 9; x, 3; Marc, ii, ià; m, 48; Luc, V, S7; VI, 45; Act., i, 43. Le rédacteur du premier Évangile a substitué le nom de Matthieu à celui de Lévi fils d*Alphée (voir Vie de Jésus, p. 4 66-4 67, note) ; donc, ce rédacteur n'est pas Tapôtre Matthieu. L'Évangile ébionite (Épiph., xxx, 43} admettait que le texte actuel du premier Évangile fut l'ouvrage de Matthieu ; mais c'est là une autorité moderne et sans valeur. Voir ci-dessus, p. 444-442.
%. y. ci-dessus, p. 409-444.
3. Le mot xsTâ indiquerait bien une telle nuance. Ce mot implique seulement la garantie sous laquelle le livre était placé. Les
titres MLTk Tol>$ ^tù^txx àtrc^oXcuç, xxO* ÈSpaiou;, xar* Âtpirnou;, en
sont la preuve.
4. Dans Eus., H, E., III, xxxix, 46. Nous avons montré (cidessus, p. 79, note) que c'est bien de notre texte que parle Papias.
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réellement Touvrage de Matthieu ; mais, au bout de cinquante ou soixante ans, les moyens de démêler une question aussi compliquée devaient lui manquer.
Ce qui est certain, en tout cas, c*est que Fœuvre attribuée à Matthieu n'eut pas Tautorité que son titre ferait supposer et ne passa pas pour définitive. Il y eut beaucoup de tentatives analogues que nous n'avons plus ^ Ls nom même d'un apôtre ne suffisait pas pour recommander un travail de ce genre *. Luc, qui n'était pas apôtre, et que nous verrons bientôt reprendre la tentative d'un Évangile résumant les autres et les rendant inutiles, ignorait, selon toutes les probabilités, l'existence de l'Évangile dit selon Matthieu.
4. neXXct. Luc, 1, 4-2. Matthieu n'est pas un de ces iroXXoi (voir ci-après, p. 257 et suiv.) ; Marc en était un. Luc distingue nettement ks rédacteurs d'Évangiles, dont aucun n'était apôtre, des auToirrai etvsvpîTdu Tcû Xo')fGu, dont les iroXXoi ont reçu la irapo^ovtc.
2. L'auteur de FÉpttre dite de Barnabe (ch. 4, 7, etc.), écrite, ce semble, vers 97, cite surtout TÉvangile de Matthieu. Cependant il rapporte des mots de Jésus plus conformes à Luc qu*à Malthieu (ch. 49). Son système sur la résurrection et l'ascension (ch. 45) est conforme au troisième Évangile. Il a des mots de Jésus qui lui sont propres (ch. 6). L'auteur de la II* Pétri (i, 21) se sert aussi de Matthieu.