Ouvr. cité, p
5. C'est la date que les travaux de M. Waddington assignent à la mort de Polycarpe. Voir ci-après, p. 4î;3, note 1.
3. Ce qui infirme ce raisonnement, c'est que, dans ces mômes Actes (§ Î2), se trouve une phrase qui en rappelle beaucoup une autre de Tépltre prétendue d'Ignace aux Éphésiens, ;$ li (un des endroits dont il est le plus difiicile d'admettre l'authenticité). Nous croyons qu'ici c'est le faussaire qui s*cst souvenu des Actes
bien, à divers endroits S que cette épître ne fit jamais complètement corps avec les six autres ; mais il n'a pas tiré la conséquence de ce fait. Son désir de trouver la collection des sept lettres authentique Ta engagé dans une thèse imprudente, savoir que la collection des sept lettres doit être adoptée ou rejetée dans son ensemble. C'est renouveler, dans un autre sens, la faute de Baur, de Hilgenfeld, de Volkmar; c'est compromettre gravement un des joyaux de la littérature chrétienne primitive, en l'associant à des écrits souvent médiocres, et qu'on peut tenir pour & peu près condamnés.
Ce qui semble donc le plus probable, c'est que, dans la littérature ignatienne, il n'y a d'authentique que l'épître aux Romains. Cette épître même n'est pas restée exempte d'altérations. Les longueurs, les redites qu'on y remarque, sont peut-être des blessures infligées par un interpolateur à ce beau monument de l'antiquité chrétienne. Quand on compare le texte conservé par les Actes colbertins au texte de la collection des treize épîtres, aux traductions latines et syriaques, aux citations d'Eusèbe, on
de Polycarpe ; mais, dès ]ors, nous serions foibles devant un adversaire qui nous soutiendrait qu'il en a été de même pour le passage précité de Tépltre aux Romains.
INTRODUCTION. xxvii
trouve des différences assez considérables. II semble que l'auteur des Actes colbertins, en enchâssant dans son récit ce précieux morceau, ne s'est pas ' fait scrupule de le retoucher sur bien des points. Dans la suscription, par exemple, Ignace se donne le 8iinK)m de Btotf6^. Or, ni Irénée, ni Origène, ni Easèbe, ni saint Jérôme, ne connaissent ce surnom t caractéristique; il apparaît pour la première fois I dans les Actes du martyre, qui font rouler la partie la plus importante de l'interrogatoire de Trajan sur ladite épithète. L'idée de l'appliquer à Ignace a pu venir de passages des épttres supposées, tels que Ad Eph.j § 9. L'auteur des Actes, trouvant ce nom dans la tradition, s'en est emparé, et l'a ajouté au litre de l'épître qu'il insérail dans son récit : 'lyvofrioç ô Tuà ecofopoç. Je pense que, dans la rédaction primitive des six épîtres apocryphes, ces n^ots 6 xal eeofopoç ne faisaient pas non plus partie des titres. hd post-scriptum de l'épître de Polycarpe aux Philippiens, où Ignace est mentionné, et qui est de la même main que les six épîtres, comme nous le verrons plus loin, ne connaît pas cette épithète.
Est-on en droit de nier absolument que, dans les six épîtres suspectes, il n'y ait aucune partie empruntée à des lettres authentiques d'Ignace? Non, sans doute ; cependant, l'auteur des six épîtres apo-
xwiii LES ÉVANGILES.
cryphes n'ayant pas connu, à ce qu'il semble, l'épître aux Romains, il n'y a pas grande apparence qu'il ait possédé d'autres lettres authentiques du martyr. Un seul passage, le § 19 de l'épître aux Éphésîens, me paraît trancher sur le fond terne et vague des épîtres suspectes. Ce qui concerne les Tpva (jm^rr^pia xpauyviç est bien de ce style obscur, singulier, mysté-
rieux, rappelant le quatrième Evangile, que nous avons remarqué dans l'épître aux Romains. Ce passage, comme les traits brillants de l'épître aux Romains, a été fort cité*. Mais c'est là un fait trop isolé pour qu'il y ait lieu d'y insister.
Une question qui a un lien étroit avec celle des épilres attribuées à saint Ignace, est la question de l'épître attribuée à Polycarpe. A deux reprises différentes (S 9 et § 13), Polycarpe, ou celui qui a supposé la lettre, fait une mention nominative d'Ignace. Une troisième fois (§ 1), il semblerait encore y faire allusion. On lit dans un de ces passages (§ 13 et dernier) : « Vous m'avez écrit, vous et Ignace, pour que, si quelqu'un d'ici part pour la Syrie, il y porte vos lettres. Je m'acquitterai de ce soin, si j'en trouve le moment opportun, soit par moi-même, soit par un messager que j'enverrai pour