Dresse!, p. 136, notes
INTRODUCTION. xxix
moi et pour vous. Quant aux épîtres qu'Ignace nous a adre^es, et aux autres que nous possédons de lui, nous vous les envoyons, comme vous nous l'avez demandé ; elles sont jointes à cette lettre. Vous en pourrez tirer beaucoup de fruit ; car elles respirent la foi, la patience, l'édification en Notre-Seigneur. » La vieille version latine ajoute : « Mandez-moi ce que vous savez touchant Ignace et ceux qui sont avec lui. » Ces lignes correspondent notoirement au passage de la lettre d'Ignace à Polycarpe (§ 8) où Ignace demande à ce dernier d'envoyer des courriers dans diverses directions. Tout cela est suspect. Comme l'épître de Polycarpe finit très-bien avec le S 12, on est amené presque nécessairement, si l'on admet Tauthenticité de cette épître, à supposer qu'un fost'Scriptum a été ajouté à l'épître de Polycarpe par Tauteur même des six épîtres apoci^phes d'Ignace^ Aucun manuscrit grec de l'épître de Polycarpe ne contient ce post-scriptum. On ne le connaît que par une citation d'Eusèbe et par la version latine. Les mêmes erreurs sont combattues dans l'épître à Polycarpe et dans les six épîtres ignaliennes;
4. Le S 43, en effet, cadre mal avec Tensemble de TépUre. L*épithète de ^wné^i^Çj appliquée à Ignace au § 9, suppose Ignace mort, tandis que le § 43, surtout dans la version latine, suppose Ignace encore vivant.
\x\ LES ÉVANGILES.
l'ordre d'idées est le même. Beaucoup de manuscrits présentent i'épître de Polycarpe jointe à la collection ignatienne en guise de préface ou d'épilogue ^ II semble donc ou que l'épître de Polycarpe et celles d'Ignace sont du même faussaire, ou que Tauteur des lettres d*Ignace a eu pour plan de chercher un point d'appui dans l'épître de Polycarpe, et, en y ajoutant un post'scriptum, de créer une recommandation pour son œuvre. Cette addition concordait bien avec la mention d'Ignace qui se trouve dans le cœur de la lettre de Polycarpe (§ 9) . Elle cadrait mieux encore, au moins en apparence, avec le premier paragraphe de cette lettre, où Polycarpe loue les Philippiens d'avoir reçu comme il fallait des confesseurs chargés de chaînes qui passaient chez eux '.
De l'épître de Polycarpe ainsi falsifiée et des six lettres censées d'Ignace, se forma un petit Corptis pseudo-ignatien, parfaitement homogène de style et de couleur, vrai plaidoyer pour l'orthodoxie et l'épî-
4. Zahn, p. 91,92. Une telle réunion, cependant, ne parait pas fort ancienne, et, comme nous Tavons dit, le posi-scriptum manque dans ces sortes de copies des lettres de Polycarpe.
2. Il n'est nullement sûr que, dans ce passage, l'auteur ait pensé à Ignace. Il est parlé des confesseurs au pluriel, tandis qa'Ignace ne parait pas avoir eu de compagnon de cbatoe et de martyre. La manière dont le nom d'Ignace revient, au § 9, écarte l'idée qu'il ait déjà été question de lui au § \'^.
INTRODUCTION. xxxi
scopat. A côté de ce recueil, se conservait Tépître plus ou moins authentique d'Ignace aux Romains. Un indice porte à croire que le faussaire a connu cet écrit ^; il paraît néanmoins qu'il ne jugea pas à propos de le joindre à sa collection, dont elle dérangeait l'économie et dont elle démontrait la nonauthenticité.
Irénée, vers l'an 180, ne connaît Ignace que par les traits énergiques de l'épître aux Romains : « Je suis le froment de Christ, etc. » Il avait sans doute lu cette épître, quoique ce qu'il dit s'explique sufRsamment par une tradition orale. Irénée, selon toutes les apparences, ne possédait pas les six lettres apocryphes, et probablement il lisait l'épître vraie ou supposée de son maître Polycarpe aux Philippiens
sans le post-scriptum : 'Eypa^are (aoi Origène
admettait l'épître aux Romains et les lettres apocryphes, il cite la première dans le prologue de son commentaire sur le Cantique des cantiques y et l'épître prétendue auxÉphésiens dans son homélie vi^'sur saint Luc*. Eusèbe connaît le recueil ignatien dans l'état où nous l'avons, c'estrèi-dire composé de sept lettres; il ne se sert pas des Actes du martyre; il ne distin-