‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 150 sur 353 · Jos., Vita · texte numérisé non relu

Jos., Vita

2. Jos., Anl.j I, proœm., î; Contre Apion, II, 44 ; Vita, 76.

3. Le nom d' Épaphrodite était très-commun. Si TÉpaphrodite de Josèphe avait rempli une fonction importante (a libellis, Suét., Dom,j 44) auprès de Domitien, Josèphe le dirait. U dit seulement que son Épaphrodite a été mêlé à de grandes affaires, et a traversé des fortunes diverses, dans lesquelles il a montré beaucoup de force et de vertu. 11 serait surprenant, d'un autre côté, qu'un tel personnage ne nous fût pas connu d'ailleurs. L'Épaphrodite, maître d'Épictète, n'a rien à faire ici.

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rhébreu, et probablement ne comprenant pas bien la version grecque de la Bible, il engagea Josèphe à composer une histoire du peuple juif. Josèphe accueillit une telle pensée avec empressement. Elle répondait parfaitement aux suggestions de sa vanité littéraire et de son judaïsme libéral. L'objection qae faisaient aux juifs les personnes instruites, imbues des beautés de l'histoire grecque et de rhistoire romaine, était que le peuple juif n'avait pas d'histoire, que les Grecs ne s'étaient pas souciés de le connaître, que les bons auteurs ne prononçaient pas son nom, qu'il n'avait jamais eu de rapport avec les peuples nobles, qu'on ne trouvait pas dans son passé d'histoires héroïques comme celles des Cynégire et des Scaevola. Prouver que le peuple juif, lui aussi, avait une haute antiquité, qu'il possédait le souvenir de héros comparables à ceux de la Grèce, qu'il avait eu dans le cours des siècles les plus belles relations de peuple à peuple, que beaucoup d'Hellènes savants avaient parlé de lui ; tel fut le but que le protégé d'Ëpaphrodite réalisa en une vaste composition, divisée en vingt livres et intitulée Archéologie judaïque. La Bible en fournit naturellement la base ; Josèphe y fait des additions, sans valeur pour les temps antiques, puisqu'il n'avait sur ces temps d'autres documents hébreux que ceux que

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nous possédons nous-mêmes, mais qui, pour les riodes plus modernes, sont d'un intérêt de premî( ordre, puisqu'elles remplissent une lacune dans 1 ^ série de l'histoire sacrée.

Josèphe ajouta à ce curieux ouvrage, en guise d'appendice, une autobiographie ou plutôt une apologie de sa propre conduite ^ Ses anciens ennemis de Galilée, qui, à tort ou à raison, le qualifiaient de traître, vivaient encore et ne lui laissaient pas de repos. Juste de Tibériade, écrivant de son côté l'histoire de la catastrophe de s\ patrie, l'accusait de mensonge et présentait sa conduite en Galilée sous le jour le plus odieux*. Il faut rendre cette justice à Josèphe qu'il ne fit rien pour perdre ce dangereux rival, ce qui lui eût été facile, vu la faveur dont il jouissait en haut lieu. Josèphe, d'un autre côté, est assez faible, quand il se défend contre les accusations de Juste, en invoquant les approbations officielles de Titus et d'Agrippa. On ne peut trop regretter qu'un écrit qui nous eût montré l'histoire de la guerre de Judée écrite au point de vue révolutionnaire soit perdu pour nous'. Il semble du reste que les témoins de

4. Cet écrit est antérieur à la mort de Domitien (voir ch. 76).

J. Jo3., Vita, 9, 47, 37, 65, 70, 74.

3. Diog. La(5rte, II, v, 44; Photius, cod. xxxiii; Comment, sur rœuvre des six jours, attribué à Eustathe, init, (Lyon, 4 629, p. 4 ) ; saint Jérôme, De viris ill.j 44; Suidas, au mot TtGtpioç.

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cette catastrophe étrange éprouvassent le besoin de la raconter. Antonius Julianus, un des lieutenants de Titus, en fit un récit qui servit de base à celui de Tacite S et que le sort nous a pareillement envié.

La fécondité de Josèphe était inépuisable. Comme beaucoup de personnes élevaient des doutes sur ce qu'il disait dans son Archéologie et objectaient que, si la nation juive eût été aussi ancienne qu'il la faisait, les historiens grecs en auraient parlé, il entreprit à ce sujet un mémoire justificatif, qu'on peut regarder comme le premier monument de l'apologétique juive et chrétienne. Déjà, vers le milieu du n" siècle avant Jésus-Christ, Aristobule, le péripatéticien juif, avait soutenu que les poètes et les philosophes grecs avaient connu les écrits hébreux et y avaient emprunté tous les passages de leurs écrits qui ont une apparence monothéiste. Pour le prouver, il forgea sans scrupule des passages d'auteurs profanes, d'Homère, d'Hésiode, de Linus, qu'il prétendait empruntés à l'Écriture*. Josèphe reprit la tâche avec plus d'hojinêteté, mais aussi peu de critique. Il fallait réfuter des savants qui, comme Lysimaque d'Alexandrie, Apol-

4. Minucius Félix, 33.\oir V Antéchrist, p. 5H, note. Vespasien et Titus avaient, à ce qu'il parait, écrit des mémoires sur le même sbjet. Jos., VUa, 65.

2. aém. d'Alex., Slrom.jW^ 4/i; Eus., Prœp. evang., XIII, 42.

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lonius Molon (vers cent ans avant Jésus-Christ) s'étaient exprimés d'une manière défavorable sur 1 compte des Juifs. II fallait surtout détruire l'autorit du savant égyptien Apion, qui, cinquante ans avant I temps où nous sommes, avait, soit dans son histoir< d'Egypte, soit dans un traité distinct, déployé une^ immense érudition pour contester l'ancienneté de la religion juive. Aux yeux d'un Égyptien, d'un Grec, cela équivalait à lui enlever toute noblesse. Apion avait eu des relations à Rome avec le monde impérial ; Tibère l'appelait « la cymbale du monde » ^; Pline trouvait qu'il eût mieux valu l'en appeler le tam-tam*. Son livre pouvait être encore lu à Rome sous les Flavius. La science d' Apion était celle d'un pédant vaniteux et léger'; mais celle que Josèphe lui oppose ne vaut guère mieux. L'érudition grecque était pour lui une spécialité improvisée, puisque sa première éducation avait été juive et toute consacrée à la Loi*. Son livre n'est et ne pouvait être qu'un plaidoyer sans cri-

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