Luc, IX
254 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 94]
nécessités des temps , eût transcrit une phrase qm contenait contre le don de prophétie attribué au maître une objection péremptoire.
Ce n'est sûrement que par conjecture que nous rattachons Lucanus et son Évangile à la société chrétienne de Rome au temps des Flavius. Il est certain cependant que le caractère général de l'œuvre de Luc répond bien à ce qu'exige une telle hypothèse. Luc, nous l'avons déjà remarqué, a une sorte d'esprit romain ; il aime l'ordre, la hiérarchie ; il a un profond respect pour les centurions, pour les fonctionnaires romains et se plaît à les montrer favorables au christianisme \ Par un tour habile, il réussit à ne pas dire que Jésus a été crucifié, insulté par les Romains*. Entre lui et Clément Romain, il y a de sensibles analogies. Clément cite souvent les paroles de Jésus d'après Luc ou une tradition analogue à celle de Luc'. Le style de Luc, d'un autre
1. Voir les Apôtres, p. xxii et suiv.; Saint Paul, p. 433, etc.
2. Luc, XXIV, 20. D supprime Marc, xv, 46-19 ; cf. Luc, xxiu, 25, 26, 32, 33. Aux versets 36-37, 47, les soldaU figurent, mais le centurion joue un rôle quasi chrétien. La flagellation infligée par les Romains est supprimée. La mention du recensement de Quirinius (Luc, ii, 4-2) est destinée à faire de reflet sur les Romains, en rattachant à un fait connu les incidents singuliers de Tenfance de Jésus.
3. Giém. Rom., Ad Cor^ 1, 43 (Luc, vi, 34, 37, 38), 24 (Luc, VIII, 5), 46 (Luc, XVII, 2).
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cAié, par ses expressions latines, sa tournure générale, ses hébralsmes, rappelle le Pasteur d'Hermas^ Le Dom même de Lucanus est romain et peut se rattacher, par un lien de clientèle ou d'affranchissement, à quelque M. Annseus Lucanus, parent du célètnre poète ; ce qui ferait une relation de plus avec celte famille Ânnsea, qu'op trouve partout sur ses pas quand on fouille la vieille poussière de la Rome chrétienne*. Les chapitres xxv et xxvi des Actes feraient croire que l'auteur eut des relations, comme Josèphe, avec Agrippa II, Bérénice et la petite coterie juive de Rome'. Il n'y a pas jusqu'à Hérode Antipas dont il ne cherche à diminuer les méfaits et à présenter l'intervention dans l'histoire évangélique comme bienveillante à quelques égards*. Ne peut-on pas trouver enfin une pratique romaine dans cette dédicace à Théophile, qui rappelle celle de Josèphe à Epaphrodite, et parait tout à fait en dehors des habitudes syriennes et palestiniennes au i" siècle de notre ère? On voit, du reste, combien une telle situation rappelle celle de Josèphe. Luc et Josèphe, écrivant presque en même temps, racontent