‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 158 sur 353 · Notez aussi Luc, viii · texte numérisé non relu

Notez aussi Luc, viii

4. Luc, IX, 7-9 (comparé à Marc, vi, 44 et suiv.) , xxiii, 6-46. Luc supprime le récit du meurtre de Jean-Baptiste par Antipas.

25G ORIGINES DU CHRISTIANISME. (An M]

run les origines du christianisme, l'autre la révolution juive, avec un sentiment fort analogue, modération, antipathie contre les partis extrêmes, ton oiBciel, impliquant plus de souci des positions à défendre que de la vérité, respect mêlé de crainte envers l'autorité romaine, dont on s'efforce de présenter les rigueurs mêmes comme des nécessités excusables, et dont on affecte d'avoir été plusieurs fois le protégé. C'est ce qui nous fait croire que le monde où vivait Luc et celui où vivait Josèphe (.étaient fort voisins l'un de l'autre et devaient avoir phis d'un point do contact.

Ce Théophile est inconnu d'ailleurs ; son nom peut n'être qu'une fiction * ou un pseudonyme pour désigner quelqu'un des adeptes puissants de l'Église (le Rome, par exemple un des Clemens. Une petite préface explique nettement l'intention et la situation de l'auteur :

Plusieurs ayant déjà essayé de rédiger le récit des choses accomplies parmi nous, comme nous l'ont transmis ceux qui, dès le commencement, en ont été les témoins et les acteurs , j'ai cru bon , moi aussi, après avoir tout examiné avec soin depuis Torigine, de t'en &rire une narra-

4. Ces adresses à des personnages Imaginaires ne sont pas nres dans la première littérature chrétienne. Comp. Justin. Dial. ^fim Tryph., 444 ; Epilre à Diognèle, 4.

[Ao9i] LES ÉVANGILES. S57

tioD suivie, cher Théophile, pour que tu reconnaisses la solidité des enseignements que t'ont donnés ceux qui t'ont catéchisé.

Il ne suit pas rigoureusement de cette préface

que Luc ait eu sous les yeux, en travaillant, ces

écrits tt nombreux » dont il nous atteste l'existence ;

mais la lecture du livre ne laisse aucun doute à

cet égard. Les coïncidences verbales du texte de

Luc avec celui de Marc et, par suite, avec Matthieu

sont très-fréquentes. Nul doute que Luc n'ait eu sous

les yeux un texte de Marc qui différait très-peu du

nôtre. On peut dire qu'il se l'est assimilé tout entier,

eicepté la partie Marc vi, /t5-viii, 26, et le récit de

la Passion, pour lequel il a préféré une ancienne

tradition. Dans le reste, la coïncidence est littérale,

et, quand il y a variante, on voit facilement le motif

qui a déterminé Luc à corriger, en vue de son public,

l'original qu'il avait entre les mains. Dans les passages

parallèles des trois textes, les détails que Matthieu

ajoute à Marc, Luc ne les a pas '; ce que Luc semble

4. Comp. Malth., xii, 4-8; Marc, u, 23-28; Luc, vi, 4-5; — Matth., xvHi, 4-44; Marc, ix, 38-50; Luc, ix, 46-50; — Malth., XIX, 46-30; Marc, x, 47-34; Luc, xvni, 48-30; — Matth., xxui entier; Marc, xu, 38-40; Luc, xx, 45-47. — Remarquez encore MaUh., XH, 33 et suiv.; xni, 42; xvi, 47 et suiv., 27; xxi, 28 et suiv.

258 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 94]

ajouter à Matthieu, Marc Ta toujours ^ Dans les passages qui manquent chez Marc, il y a chez Luc une autre recension que chez Matthieu \ En d'autres termes, dans les parties communes aux trois Évangiles, Luc n'oiïre un accord sensible dans les termes avec Matthieu que quand celui-ci présente un accord semblable avec Marc. Luc n*a pas certains passages de Matthieu, sans qu'on puisse concevoir pourquoi il les aurait négligés\ Les discours de Jésus sont fragmentaires dans Luc comme dans Mai*c ; il serait incompréhensible que Luc, s'il avait connu Matthieu, eût toujours brisé les grands discours que nous donne

4. Comp. Matth., ix, 4-8; Marc, ii, 4-12; Luc, v, 47-26; — Matth., vin, 28-34; Marc, v, 4-20; Luc, viii, 26-39; — MaUh.,

IX, 48-26; Marc, v, 21 -/i3; Luc, viii, 40-56; — Matth., xix, 43- 45; Marc, x, 43-46; Luc, xviii, 48-30; — Matth., xx, 49-34; Marc,

X, 46-52 ; Luc, xviii, 35-43.

2. Luc, vu, 4 et suiv. ; xiv, 4 etsuiv.; xix, 44 et suiv. Luc, m, 7-47, comparé à Matth., m, 7-42, constitue uoe difficulté. n se peut qu'il y ait eu là un effet rétroactif, comme saint Jérôme croit qu'il s'en est produit beaucoup. Prœf. in evang., ad Damas. Luc, xix, 20, et Matth., xviii, 44, offrent un autre exemple de ces interpolations de Luc en Matthieu. Comp. aussi Luc, ix, 57-60, et Matth., viii, 49-22. Ënfm les deux récits de la tentation, Matth., IV, 4-44; Luc, iv, 4-43, sont bien semblables.

3. Exemples : Matth., ix, 27-3iï, 47 et suiv.; xiii, 24-35; xvii, 24-27; xviii, 40-35; xx, 4-16; xxi, 47-22; xxii, 34-40; xxv, 4-43, 31-48; xxvi, 6-43; xxvii, 28-31; xxviii» 44-45, 46-20, surtout XIV, 22-xvi, 42, et le passage xx, 4-46, qui répond si bien à l'idée dominante de Luc.

(An M] LES ÉVANGILES. 259

celui-ci. Luc^ il est vrai, rappelle une foule de logia

qui ne se lisent pas chez Marc; mais ces logia n^étaient

pas venus h sa connaissance dans Tarrangement

que nous trouvons chez Matthieu. Ajoutons que les

légendes de Tenfance et les généalogies n*ont dans

les deux Évangiles en question rien de commun.

Comment Luc se fût-il exposé de gaieté de cœur à

des objections évidentes? Cela permet de conclure

que Luc ne connaissait pas notre Matthieu; et,

en effet, les essais dont il parle dans son prologue

pouvaient porter des noms de disciples d'apôtres ;

aucun d'eux ne portait un nom comme celui

de Matthieu, puisque Luc distingue nettement les

apôtres, témoins et acteurs* de l'histoire évangéli-

que et auteurs de la tradition*, des rédacteurs, qui

n'ont fait que coucher par écrit la tradition à leurs

risques et périls et sans titre spécial pour cela'.

A côté du livre de Marc, Luc avait sûrement sur sa table d'autres récits du même genre S auxquels il fait aussi de larges emprunts. Le long morceau de IX, 51 , à xviii, 14, par exemple, a été copié dans une source antérieure, car on y remarque

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