‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 177 sur 353 · Luc, XXIV · texte numérisé non relu

Luc, XXIV

lAn9i) LBS ÉVANGILES. S83

quences tiennent à la nature même de la parabole et en font le charme. Matthieu arrondit les contours un peu secs de Marc ; Luc fait bien plus ; il écrit, il montre une vraie entente de la composition. Son livre est un beau récit bien suivi, à la fois hébraïque et hellénique*, joignant rémotion du drame à la sérénité de le.Tout y rit, tout y pleure, tout y chante ; partout larmes et des cantiques; c'est Thymne du peuple nouveau, I7u»amia des petits et des humbles introduits dans le royaume de Dieu. Un esprit de sainte enfance, de joie, de ferveur, le sentiment évangélique dans son originalité première répandent sur toute la légende une teinte d'une incomparable douceur. On ne fut jamais moins sectaire. Pas un reproche, pas un mot dur pour le vieux peuple exclu ; son exclusion ne le punit-elle pas assez? Cest le plus beau livre qu'il y ail. Le plaisir que l'auteur dut avoir à l'écrire ne sera jamais suffisamment compris.

La valeur historique du troisième Évangile est sûrement moindre que celles des deux premiers. Cependant, un fait remarquable, qui prouve bien que les Évangiles dits synoptiques contiennent vraiment un

4. Le préambule est d'un style tout hellénique (comparez, par exemple, le prologue du traité De la matière médicale de Dioscoride); dans le reste de Touvrage, ce sont les documents utilises par l'auteur qui font la couleur hébraïque.

2S4 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 91]

écho de la parole de Jésus, résulte de la comparaison de rÉvangile de Luc et des Actes des apôtres. De part et d'autre, l'auteur est le même. Or, que Ton rapproche

les discours de Jésus dans l'Evangile et les discours des apôtres dans les Actes; la différence est complète': ici le charme du plus naïf abandon ; là (je veux dire dans les discours des Actes, surtout vers les derniers chapitres) une certaine rhétorique, par moments assez froide. D'où peut venir cette différence? Évidemment, de ce que, dans le second cas, Luc tire les discours de lui-même, tandis que, dans le premier cas, il suit une tradition. Les paroles de Jésus étaient écrites avant Luc ; celles des apôtres ne l'étaient pas. Une induction considérable, d'ailleurs, se tire du récit de la Cène dans la première épître de saint Paul aux Corinthiens*. Voilà le texte évangélique le plus anciennement écrit qu'il y ait (la première épître aux Corinthiens est de Tan 57) ; or ce texte coïncide bien avec celui de Luc *. Luc peut donc avoir sa valeur de fond, même quand il se sépare de Marc et de Matthieu.

Luc marque bien le dernier degré de rédaction réfléchie où pouvait arriver la tradition évangélique. Après lui, il n'y a plus que l'Évangile apocryphe, pro-

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