‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 224 sur 353 · Lactance, De mort, persec · texte numérisé non relu

Lactance, De mort, persec

2. Clém. Rom., Epist., ch. 2, 58, 59(édit. Philothée] . Cf. Apoc., VI, 44; IVEsdr., iv, 36.

3. Voir l'Antéchrist, p. 317, 348, note 3. Comp. Carm. sib,, II, 467; Iir, 73.

348 ORIGINES DU CHRISTIANISME. (An97]

donnait carrière à ses préoccupations d'avenir. La situation de Tan 97 ressemblait à beaucoup d'égards à celle de Tan 68. Les prodiges naturels semblaient redoubler ^ La chute des Flavius fit presque autant d'impression que la disparition de la maison des Jules. Les juifs crurent que l'existence de l'empire était de nouveau mise en question. Les deux chutes avaient été précédées de sanglantes folies et furent suivies de troubles civils, qui firent douter de la vitalité d'un État aussi agité. Durant cette* nouvelle éclipse de la puissance romaine, l'imagination des messianistes se remit en campagne ; les supputations bizarres sur la fm de l'empire et sur la fin des temps reprirent leur cours.

L'Apocalypse du règne de Nerva parut, selon l'habitude de ces sortes de compositions, sous un nom supposé, celui d'Esdras *. Ce scribe commen-

\. Eusèbe, Chron., p. 462, 463, Schœne; Suétone, Dom.^ 45.

S. C'est le livre communémeDt appelé « IV* livre d'Esdras », dégagé de ses deux premiers et de ses deux derniers chapitres, ainsi qu'on Pobserve dans le manuscrit d'Amiens (ix* siècle}, et dans la plupart des manuscrits latins. Gf.Garnier, Caiai. desmss. d'Amiens (4843), n^ 40. Ces quatre chapitres sont des compositions chrétiennes, du m* siècle environ. Voir les éditions critiques d'Ewald (Gœltinguo, 4863), Volkmar (Tubingue, 4863}, Hilgenfeld, Afessias Jud. (Leipzig, 4869), Fritzsche (Leipzig, 4871). M. Bensly a découvert, dans le susdit manuscrit d'Amiens, les soixante et dix versets qui manquaient à la version latine (cb. vu),

[An 07] LES ÉVANGILES. 349

çait è. devenir fort célèbre. On lui attribuait un rôle exagéré dans la reconstitution des livres sacrés '. Le

The mùsing fragment, etc. (Cambridge, 4875}. La date du livre résulte des chap. xi et su (voir ci-après, p,3G3 et suiv.). Les combinaisons qui résultent de ces passages n'ont pas tout k lait la même certitude que celles qui fiient la date de l'Apocalypse de Jean. Les versets xii, 4i, tO, !9, sont difficiles à expliquer; on peut supposer que, dans le texte priraltif, il y avait II xcù tl, notation qui aura paru singutièro et qu'on aura bien vil« changée en JiaSiKX. En tout cas, cela est moins invraisemblable que le système d^près lequel chaque aile représente individuellemen un souverain; jamais, dans les combinaisons relatives aux ailea qu'imagine notre voyant, il n'y a de nombres impairs, comme cela a lieu dans les combinaisons relatives aux tètes, ce qui prouve qu'il faut toujours prendre les ailes deux & deux. Lee deux ailea correspondantes composant une mâme force, il est naturel qae l'auteur ait adopté la paire comme unité symbolique. Une aile seule, sans sa parallèle, eût été, pour désigner un souverain, une image peu conrorme à l'espèce de logique qu'observent ces visionnaires au milieu de leurs plus étranges fantaisies. On peut dire, d'ailleurs, que, même abstraction faite de ces deux chapitres, l'Apocalypse d'Esdras devrait être rapportée au règne de Nerva, puisque le livre est postérieur à la ruine de la maison tlavienne et antérieur i ta restauration de l'empire par Trajan. Passé le mois de janvier 98, l'opinion de l'auteur sur la prochaine dissolution de l'empire ne ae comprendrait plus. Les trente ans dont il est question, m, 1, 28; IX, 46; x, 46, montrent que trente ans^ à peu près écoulés depuis la catastrophe de JérusaIeiB.;J set m, 1, rapporté historiquement à Esdras, constituenitt* chronisme. L'allusion qu'on croit voir à la dynastie das If ch. VI, 7 etaulv., est sans fondemeut. Ëdom, £eloD£ désigner ici l'empire romain, *. IV Esdr., XIV, 36 et suiv.

350 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 07

faussaire, pour son but, avait besoin d*ailleurs d'un personnage qui eût été contemporain d*une situation du peuple juif analogue à celle qu'on traversait. L'ouvrage paraît avoir été écrit primitivement en ce grec rempli d'hébraïsmes qui avait déjà été la langue de l'Apocalypse de Jean^ L'original est perdu; mais sur le texte grec ont été faites des traductions latines, syriaques, arméniennes, éthiopiennes, arabes, qui nous ont conservé ce précieux document et ont permis de le rétablir en son premier état C'est un assez bel écrit, d'un goût vraiment hébreu, composé par un pharisien % probablement à

4. Hilgenfeld, p. XLiii.Gomp. lY Esdr., vi, 56, et Isaïe, XL, 45 (Septante] • Quelques particularités feraient sof^ser un original hébreu. Dereni}Ourg, Revue critique, 26 août 4876, p. 432, note 4.

2. Cf. ch. IX, 37; xii, 7. Les imitations qu'on a voulu y voir de TApocalypse de Jean (IV Esdr., vi, 20; vin, 52; xiv, 43; xx, 42) sont douteuses. Beaucoup de ressemblances viennent du modèle commun qui a servi aux deux visions, te livre de Daniel, ou d'images qui couraient les rues, telles que Tappellation de lion appliquée au Messie (xii, 31; cf. Âpoc., v, 5). Voyez cependant ci-après, p. 358, ce qui concerne Tange Jérémiel. L'auteur a ^ur la prédestination et le péché originel des idées analogues à celles de Paul, sans qu'on puisse affirmer qu'il a lu les ËpUres de Paul. Les ressemblances avec certains passages de Matthieu (IV Esdr., v, 48, 42; VI, 26; vu, 6; viii, 3, 44; xiii, 31) n'ont rien de concluant. Au contraire, les coïncidences avec l'Apocalypse de Baruch se remarquent très-fréquemment (Hilgenfeld, p. 38-44 3, presque à chaque page, 232-234). Voir ci-après, p* 547 et suiv.

[An 07] LES ÉVANGILES. 351

Rome ^ • Les chrétiens le lurent avec avidité^ Tadoptèrent, et n'eurent besoin que de retoucher légèrement un ou deux passages pour en faire un livre chrétien Irès-édifiant*.

L'auteur peut à beaucoup d'égards être considéré comme le dernier prophète d'Israël. L'ouvrage se divise en sept visions, affectant pour la plupart la forme d'un dialogue entre Csdras, supposé exilé à Babylone, et l'ange Uriel ; mais il est facile de voir, derrière le personnage biblique, le juif ardent de l'époque flavienne, plein de rage à cause de la des* truction du temple par Titus. Le souvenir de ces jours sombres de l'an 70 monte dans son âme comme la fumée de l'abtme et la remplit de saintes fureurs. Que nous sommes loin avec ce zélote fougueux d'un Josèphe, traitant de scélérats les défenseurs de Jérusalem! Yoici enfin un Juif véritable, qui regrette de n'avoir pas été avec ceux qui périrent dans Tincendie du temple. La révolution de Judée, selon lui, n'a

4. Ch. 1, 4, etc., en tenant compte de l'emploi du mot « Babylone 9 pour « R«)me >, trait commun à toutes les Apocalypses.

5. Ces changements se firent principalement sur la version latine. Voir surtout vu, S8, où /ett» a été wbsUtué à chrisluSr leçon que supposent dans l'original tootea lea^MfMoiig orientales. Ce changement est antérieur k saint Ambro!^ cn^ in Luc, 11,31, t.I,fol.4S9S,édit.Béiiéd. Antres rr* inar, p. 175 et suiv., 480, 490, S94-105. Les versi- >; oni aussi modiQé certains passages (YoltaiNry p. 3 ^ ^t suiv.)-

352 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 97]

pas été une folie. Ceux qui' défendirent Jérusalem à outrance, ces sicaires que les modérés sacrifiaient et rendaient seuls responsables des malheurs de la nation, ces sicaires ontété des saints. Leur sortfut digne d'envie*. lisseront les grands hommes de l'avenir. Jamais israélite plus pieux, plus pénétré des malheurs de Sion % ne versa ses plaintes avec ses

prières devant Jéhovah. Un doute profond le déchire, le grand doute juif par excellence, le même qui dévorait le Psalmiste, « quand il voyait la paix des pécheurs ». Israël est le peuple élu'. Dieu lui a promis le bonheur s'il observe la Loi. Sans avoir rempli cette condition dans toute sa rigueur, ce qui serait

au-dessus des forces humaines, Israël vaut beaucoup mieux que les autres peuples. En tout cas, il n'a jamais observé la loi avec plus de scrupule que dans ces derniers temps. Pourquoi donc Israël est-il le plus malheureux des peuples, et d'autant plus malheureux qu'il est plus juste? L'auteur voit bien que les vieilles solutions matérialistes de ce problème ^ ne sont pas tolérables. Aussi son âme est-elle troublée jusqu'à la mort.

Page 1