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CHAPITRE XX

SECTES DE SYRIE. ELKASAl.

Tandis que les Églises occidentales, subissant plus ou moins l'influence de l'esprit romain, marchaient rapidement vers une catholicité orthodoxe et aspiraient à se donner un gouvernement central,

excluant les variétés de sectes, les Eglises d'ébio^ nim, en Syrie, s'émiettaient de plus en plus et s'égaraient en toute sorte d'aberrations. La secte n'est pas l'Église ; trop souvent, au contraire, la secte ronge l'Église et la dissout. Véritable Protée, le judéochristianisme s'engageait tour à tour dans les directions les plus opposées. Malgré le privilège qu'avaient les communautés de Syrie de posséder les membres de la famille de Jésus et de se rattacher à une tradition bien plus immédiate que celle des Églises d'Asie, de Grèce et de Rome, il n'est pas douteux que, réduites à elles-mêmes, ces petites associations se seraient perdues dans le rêve au bout de

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deux OU trois cents ans. D*une part, Tusage exclusif du syriaque leur enlevait tout contact fécond avec les œuvres du génie grec ; de l'autre, une foule d'influences orientales, pleines de danger, agissaient sur elles et les menaçaient d'une prompte corruption. Leur manque de raison les livrait aux séductions de ces folies théosophiques, d'origine babylonienne, égyptienne, persane, qui, dans quarante ans environ, causeront au christianisme naissant cette grave maladie du gnosticisme qu'on ne saurait comparer qu'à un croup terrible auquel l'enfant n'échappa que par miracle.

L'atmosphère oîi vivaient ces Églises ébioniles de Syrie au delà du Jourdain était des plus troubles. Les sectes juives abondaient en ces parages et suivaient une direction toute différente de celle des docteurs orthodoxes ^ Depuis la^uine de Jérusalem, le judaïsme, privé de l'aiguillon prophétique, n'a plus eu que deux pôles d'activité religieuse, la casuistique, représentée par le Talmud, et les rêves mystiques de la Gabbale naissante. Lydda et labné étaient les centres d'élaboration du Talmud ; le pays au delà du Jourdain servait de berceau à la Cab-

4. Récognitions, I, 54; Hégésippe, dans Eus., H. E,, IV, 22; saint Justin, Dial,, 80, Conslit. aposL, VI, 6; saint Épiphane, haer. xnr et suiv.

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baie. Les esséniens n'étaient pas morts * ; sous le nom d'esséens^ d'ossènes, d'osséetis * , ils se distinguaient à peine des nazaréens ou ébionites, et continuaient leur ascétisme particulier, leurs abstinences, avec d'autant plus d'ardeur que la destruction du temple avait supprimé leritualisme de laTliora. Les galiléens de Juda le Gaulonite existaient, ce semble^ comme Eglise à part *• On ne sait guère ce qu'étaient les masbothéens *, encore moins ce qu'étaient les gé-^ nistes, les méristes ' et quelques autres hérétiques obscurs •.

Les samaritains se divisaient de leur côté en

1. Pline, Hist. nat., V, 73. Josèphe, après la guerre, parle des esséniens comme encore existants.

2. Hégésippe, dans Eus., IV, xxii, 6; Constit. apost., VI, 6; Philosopli., IX, 48,27; Épipb., haer. xix, xxx, lui, ei Resp. ad Acac, et Paul., sub fin. Je suppose que, dans Justin, Dial., 80, au lieu de EAAUiNUNnN, il faut lire ESSHNiARnN ou esshnon. Cf. Sacy, ChresL arabe, ï, p. 345-347.

3. Hégésippe, dans Eus., H, E,,\\, xxii, 6; saint Justin, DiaL cwn Tryph., 80; Indiculiis de hœresibuSj attribué à saint JérOrae, dans OEhIor, Corp. hœres.^ ï, p. 283.

4. Hégésippe, dans Eus., //. E., IV, xxii, 5, 6; Cofislil. apost. VI, 6; VJndiculus et Isidore, dans CEhIer, I, p. 283, 303.

o. Saint Justin, Dial., 80; lndiculus,CE)i\er^ I, p. 283. Je suppose que le mot ^cpioraî répond à minim, et dlrrè f^cpcuç, en opposition avec les vrais juifs, oi inh «y^vou; (Ttyiarai). Voir cependant Isidore de Sév., Elym., VIIÎ, iv, 8.

6. Saint Justin, /. c; Tliéodoret, Hœrel. fah,, I, 4; Indienlus, 1. c; saint Isidore, Orig., VIII, 4.

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une foule de sectes, se rattachant plus ou moins k Simon de Gitton ^. Cléobîus, Ménandre, les goro- Ihéens, les sébuéens, sont déjà des gnostiques ; le mysticisme cabbalistique coule chez eux à pleins bords. L'absence de toute autorité permettait encore les plus graves confusions. Les sectes samaritaines, qui pullulaient à côté de l'Église, entraient parfois jusque dans son enceinte, ou cherchaient à s'y introduire de force. On peut rapporter à ce temps le livre de la Grande Exposition attribué à Simon de Gitton *• Ménandre de Capharétée avait succédé à toutes les ambitions de Simon. II s'imaginait, comme son maître, posséder la vertu suprême, cachée au reste des hommes. Entre Dieu et la création, il plaçait un monde d'anges innombrables, sur lesquels la magie a tout pouvoir. Cette magie, il prétendait en connaître les derniers secrets. Il parait qu'il baptisait en son propre nom. Ce bap-

4. Les Apôtres, p. 273 et suiv.; Ilégësippe, dans Eus., IV, XXII, 5; Théodoret, l.c; Récognitions, II; Constil. apost,, VI, 8; Épiph., tiaer. x-xiii, xxii, li, 6, et Resp. ad Acac. et Paul., sub fin. Cf. Livre de Josué, ëdit. JuynboU, p. 4 10 et suiv. ; Chronique d'Aboulfath, édit. Vilmar, texte arabe, p. 82-83, 451-464, prol., p. ux-LT, Lxxi-Lxxiii, Lxxx-Lxxxiv; Schahristani, texte arabe, Gureton, p. 470, trad. Haarbriicker, I, p. 258 (en tenant compte de Vilmar, p lxxii, note, et de la correction d*Ewald, Gesch, des V. L, VU, p. 424, note); Chwolsohn, Die Ssahier, I, p. 96-99.

t. Les Apôtres, p. 267 et suiv.

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tême conférait le droit à la résurrection et à l'immortalité. C'est à Antioche que Ménandre compta le plus de sectateurs. Ses disciples cherchaient, à ce qu'il semble, à usurper le nom de chrétiens ; mais les chrétiens les repoussaient hautement et leur donnaient le nom de ménandriens * . Il en était de même de certains sectaires simoniens nommés entychites, adorateurs d'éons, sur lesquels on fit peser les plus graves accusations * .

Y Un autre samaritain, Dosithée ou Dosthaï, jouait

le rôle d'une sorte de Christ, de fils de Dieu, et cherchait à se faire passer pour le grand prophète égal à Moïse dont on lisait la promesse dans le Deutéronome (xviii, 15), et qu'en ces temps de fièvre on croyait sans cesse voir venir '. L'essénisme, avec sa

h, Justin, Irénée, etc. Voir les Apôtres, p. 273, noie 2 Joignez-y Eus., //. E., m, 26.

2. Théodoret, I, 1, et V, 9; aéra. cTAlex., Slrom., VU, 17; Cotelier, EccL gr, mon., III, p. 640, 641 . Il est douteux que le passage de Parnpiiile, ApoL pro Orig. (trad. Rufin), ch. 12, Delarue, IV, append., p. 22, se rapporte à eux.

3. Homél. pscudo-clém., ii, 24; Hégésippe, dans Eus., IV, XXII, 5; ConstU. aposL, VI, 8; Origène, Contre Celse, I, 57; VI, 41; De principiis, IV, 17; In Matth. comment, séries, 33, 0pp., III, p. 851 ; In Joh., tom. xiii, 27; Macarius Magnés, III, 41, p. 151; cf. p. 184; Pseudo-Tertul., Adv. omn, hœr., « (OEhler, l. II, p. 752 et suiv.) ; Théodoret, Hcer. fab., 1, 1 ; Épiph., haer. x, xii, xiii, xiv; Philastre, c. 4 ; saint Jér., Dial. adv. lucif., 1, p. 304, IV, f part.Mart.; EpU, Paulœ, p. 676, ibid.; Euloge

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tendance à multiplier les anges, était au fond de toutes ces aberrations ; le Messie lui-même n'était plus qu'un ange comme un autre, et Jésus, dans les Églises placées sous celte influence, allait perdre son beau titre de fils de Dieu pour n'être plus qu'un grand ange, un éon de premier rang ^ .

L'union intime qui existait entre les chrétiens et la masse d'Israël, le manque de direction qui caractérisait les Eglises transjordaniques faisaient que chacune de ces sectes avait son contre-coup dans l'Église de Jésus. Nous ne comprenons pas bien ce que veut dire Hégésippe*, quand il trace pour l'Eglise de Jérusalem une période d'absolue virginité, finissant vers les temps oii nous sommes, et quand il attribue tout le mal des temps qui suivirent à un certain Thébuthis, qui, par dépit de n'avoir pas été nommé évoque, infecta l'Église d'erreurs empruntées aux sept sectes juives \ Ce qui est vrai, c'est que,

d*Àlei.,dan9 Pbotius, cod. ccxxx, p. 285, \^ col., Bekker; Liber Josuéj SuyuboW Joe. cit.; Chron. samarit, d'Aboulfath, dans Sacy, Chrest. arabe, I, p. 333 et suiv.; édit. Vilmar, L c; Schahristani, édit. Cureton, I, p. 470, trad. llaarbrUcker, I, p. 258. 4. Coloss., 11, 48.

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