Hœr. lxxviii
4. C'était la tradition des chrétiens Judalsants, consignée en parti-
père Clopas, dont Hégésippe fait un frère de Joseph ^ ; ou par les deux côtés à la fois; car il est possible à la rigueur que les deux frères aient épousé les deux sœurs. Dé ces trois hypothèses, la secondé est de beaucoup la plus probable. L'hypothèse de deux sœurs portant le même nom est d'une suprême invraisemblance. Le passage du quatrième Évangile (xix, 25 ) peut renfermer une erreur. Ajoutons que, selon une interprétation pénible, il est vrai, mais cependant admissible, l'expression -fi â^eXçv} ttç fJiYiTpoç aÙTou ne tombe pas sur Mapia r^ tou K>.(iI7?£, mais constitue un personnage distinct, innomé, comme la mère de Jésus elle-même. Le vieil Hégésippe, si préoccupé de tout ce qui touchait à la famille de Jésus, paraît avoir très* bien su la vérité sur ce point.
Mais comment admettre que les deux frères, Joseph et dopas, eussent trois ou même quatre fils portant les mômes noms? Examinons la lisie des quatre frères de Jésus donnée par les synoptiques : Jacques, Jude, Simon, José. Les deux premiers ont des titres bien authentiques à s'appeler frères du Seigneur; les deux derniers n'ont, en dehois des deux passages synoptiques, aucune référence à faire valoir. Comme les deux noms de Simon ou Siméon, José ou Joseph, se trouvent d'ailleurs dans la liste des fils de Clopas, nous sommes menés à l'hypothèse suivante : c'est que les passages de Marc et de Matthieu où sont énumérés les quatre frèresdeJésus renferment une inadvertance; que, sur les quatre personnages nommés par les synoptiques, Jacques
ciilier dans TÉvangile de Pierre. Origène, In Matth,, tom. x, 17 |Opp., 111, 462).
i. Dans Eus., H. E., III, 11, 32.
et Jkide. étaient bien frères de Jésus et Gis de Joseph, mais
V"*HÇ[ue Simon et José ont été mis là par erreur. Le rédacteur
t:- de .:Ce petit récit, comme tous les agadistes, tenait peu
. . '. à l'exactitude des détails matériels, et, comme tous les nar-
• iVepré évangéliques (sauf le quatrième), était dominé par
. .'-' ^ la cadence du parallélisme sémitique. Le besoin de la phrase
-.\ : •-- r^ra,èntratné dans une énumération dont le tour deman-
•'.'.• "dait^quatre noms propres. Comme il ne connaissait que
m • • ai»
.-: • .deiii. des vrais frères de Jésus, il se sera, trouvé in-
'.'[ ' V ^}f à. .leur associer deux de ses cousins germains. Il ^ -:. ' 'setnble bien , en effet, que Jésus avait plus de deux
'" : •■ flr^eis. .« N'aurais-je pas le droit d'avoir une femme, dit ,. ] .. ,s(aniî; Pauls comme les autres apôtres, comme les frères
>>'.., duh.péignéur, comme Céphas? » Selon toute la tradition,
^ .<:r- **' ^*?ï^^^ ^^^^^ du Seigneur, ne se maria point. Jude était 1^ :<'; . ittâité ^, mais cela ne suffit pas pour justifier le pluriel de ; '^ ' 'samti^aul. Il faut qu'il y ait eu un nombre de frères sufli- ." y.; .sajfî^pour que l'exception de Jacques n'empôchât pas saint
y\ Paul y -envisager en général les frères du Seigneur comme
-. ' • ^ m^aâés.
-; t\.,.; 'glôpas semble avoir été plus jeune que Joseph. Son fils ;. /■['■•.aîn^ dut être plus jeune que le fils aîné de Joseph. II est
- • /.-jiatiiflrel que, s'il s'appelait Jacques, on ait eu dans la fa- 'V -.'ïiaiUe l'habitude de l'appeler 6 aMtod; pour le distinguer de
':\ „ so'a cousin-germain du môme nom. Siméon a pu avoir une
•V/. • quinzaine d'années de moins que Jésus et, à la rigueur, ■■<} ■' modrirsous Trajan*. Cependant nous aimons mieux croire
.;'."> T^A. I Cor., IX, 5.
'.. . . 2. Hégétfippe, dans Eus., H. E., III, 20. -3. V. çi-deft6U8, p. 406,407, note.
que le Gléopide martyrisé sous Tra]an appartenait à une autre génération. Ces données sur I*àge de Jacques et de Siméon sont du reste fort incertaines. Jacques serait mort à quatre-vingt-seize ans, Siméon à cent vingt ans. Cette dernière assertion est inadmissible en elle-même. D'un autre côté, si Jacques avait eu quatre-vingt-seize ans, comme on le prétend, en 62, il serait né trente-quatre ans avant Jésus, ce qui est peu plausible.
D'après ce qui précède, on pourrait dresser la table généalogique de la famille de Jésus ainsi qu'elle se voit à la page ci-contre :
(Voir le tableau en regard,)
II resterait à chercher si quelqu^un de ces frères ou cousinS'germains de Jésus ne ûgure pas dans les listes des apôtres que nous ont conservées les synoptiques et l'auteur des Actes, Quoique le collège des apôtres et celui des frères du Seigneur fussent des groupes distincts * , on a cependant regardé comme possible que quelques personnages aient fait partie des deux. Les noms de Jacques, ^ de Jude, de Simon, se retrouvent, en effet, dans les listes . d'apôtres. Jacques, fils de Zébédée, n'a rien à faire en cette discussion, non plus que Judas Iscariote. Mais que penser de ce Jacques, fils d'Alphée, que les quatre listes des apôtres (Matth., x, 2 et suiv.; Marc, m, 14 et suiv.; ' Luc, Yi, 13 et suiv.; Act,, i, 13 et suiv.) comptent au nombre des Douze? On a souvent identifié le nom d"A>.?aro; avec celui de K>.co7:à;, par l'intermédiaire de >sSn. C'est là un rapprochement tout à fait faux. XXçaîoç est le nom
i. Act,, 1, 14; ICor., IX, 5.
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b4» ORIGINES DU CHRISTIANISME.
hébreu >)Dbn, et K>.(iiTaç ou K>.eoTCaç est une abréviation de KXeoirorpoçMacques, fils d'Âlphée, n'a donc pas le moindre titre à faire partie des cousins germains de Jésus. Le personnel évangélique possède en réalité quatre Jacques, Tun fils de Joseph et frère de Jésus, un autre fils de Clopas, un autre fils de Zébédée, un autre fils d'Alphée.
La liste des apôtres donnée par Luc dans son Évangile et dans les Actes contient un lou^aç 'laxtiSou, qu'on a voulu identifier avec Jude, frère du Seigneur, en supposant qu'il fallait sous-entendre iStk^ç entre les deux noms. Rien de plus arbitraire. Ce Judas était fils d'un Jacques, inconnu d'ailleurs. Il en faut dire autant de Simon le Zélote, qu'on a voulu, sans une ombre de raison, identifier avec le Simon qu'on trouve rangé (Matth., xiii, 55 ; Marc, vi, 3) parmi les frères de Jésus.
En somme, il ne paraît pas qu'un seul membre de la famille de Jésus ait fait partie du collège des Douze. Jacques lui-môme ne comptait pas parmi eux^. Les deux seuls frères du Seigneur dont nous connaissions les noms avec certitude sont Jacques et Jude. Jacques ne se maria pas ; mais Jude eut des enfants et des petits-enfants; ces derniers comparurent devant Domitien comme descendants de David, et furent présidents d'Églises en Syrie.
Quant aux fils de Clopas, nous en connaissons trois,
i, Corjnu inscr, gr,, n? 4934; Remie archéol,, 1844, p. 485-491.
2. Gai., I, 19, ne Timplique nullement. Jac., i, 1, suppose le contraire. Dans toutes les lettres apostoliques, vraies ou supposées, Tauleur se donne dans la suscription le titre d*àic6<jTO>oc. Le môme raisonnement s*appUque à Jude, i, 1. Que, dans ces deux suscriptions, Jacques et Jude ne s*appeUent pas &8s>9^; toû xvpiov, c'est là sans doute uo trait d'humilité.
dont un paraît avoir eu des enfants. Cette famille de Clopas fut en possession, après la guerre de Titus, de la prééminence dans l'Église de Jérusalem.
Un membre de la famille Clopas fut martyrisé sous Trajan. Passé cela, on n'entend plus parler de descendants des frères du Seigneur, ni de descendants deQopas.