Suétone, T%ius,h(i
152 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [kn 80J
menée à diverses reprises avant d'arriver à. l'empire le laisserait croire. Peut-être aussi était-ce la protestation qu'une âme noble avait dans un pareil temps le droit d'élever contre la destinée. Sa nature était sentimentale et aimante. L'affreuse méchanceté de son frère le tuait. Il voyait clairement que, s'il ne prenait les devants, Domitien les prendrait. Avoir rêvé l'empire du monde pour s'en faire adorer, voir son rêve accompli, en apercevoir alors la vanité et reconnaître qu'en politique la bonté est une erreur, voir le mal se dresser devant soi sous la forme d'un monstre qui vous dit : « Tue-moi, ou je te tue ! » quelle épreuve pour un bon cœur ! Titus n'avait pas la dureté d'un Tibère ou la résignation d'un Marc- Aurèle. Ajoutons que son régime hygiénique était des plus mauvais. En tout temps et surtout à sa maison près de Rieti, où les eaux étaient très-froides, Titus prenait des bains capables de tuer les hommes les plus vigoureux *. Tout cela dispense assurément de recourir, pour expliquer sa mort prématurée, à la supposition d'un empoisonnement ^ Domitien ne fut
4 . Plutarque, De sanilale prœc.j 3. Yespasien élait mort aussi de l'abus de ces eaux froides. Suétone, Vesp., 24.
2. Dion Cassiu?, LXVI, 26; Philostrate, ApolL, VI, 3J; Aureiius Victor, Cœ«., X, 5 (le môme, Epit., X, 45, se contredit). Suétone ne parle pas de ce bruit. Plutarque {L c.) l'exclut, et déclare tenir ses renseignements des médecins mêmes
[AnSlJ LES ÉVANGILES. 153
pas fratricide au sens matériel ; il le fut par sa haine, par sa jalousie, par ses désirs non dissimulés. Son attitude, depuis la mort de son père, était une conspiration perpétuelle *. Titus n'avait pas encore rendu Tesprit que Domitien obligeait tout le monde à Fabandonner comme mort, et, montant à cheval, se rendait en hâte au camp des prétoriens V
Le monde porta le deuil ; mais Israël triompha. Cette mort inexpliquée, par épuisement et mélancolie philosophique, n'était-elle pas un jugement manifeste du Ciel sur le destructeur du temple, sur rhomme le plus coupable qui fût au monde. La légende rabbinique à cet égard prit, comme de coutume, une tournure puérile, qui cependant n'était pas sans quelque justesse. «Titus le méchant», assurent les agadistes, mourut par le fait d'un moucheron, qui s'introduisit dans son cerveau et le fit expirer dans d'atroces tortures '. Toujours dupes des bruits populaires, les juifs et les chrétiens du temps crurent généralement au fratricide. Selon eux, le cruel Domi-
deTilus. Tacite y ferait allusion, par exemple, Hist,, I, 2. Le récit da coffre plein de neige (Dion Cassius, LXVI, 26; cf. Zonaras, II, p. 498 c, Bonn) s'explique par Piutarque (/. c.)