Mot hébreu, Hacmoih, « la Sagesse », Prov., xiv
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manqué une forme déterminée et la conscience; mais il ne lui donne pas la science, et Hakamoth, repoussée encore du plérome, est rejetée dans les espaces. Livrée à toute la violence de ses désirs S elle enfante d'une part l'âme du monde, et toutes les substances psychiques, de l'autre la matière. Les angoisses alternaient chez elle avec l'espérance. Tantôt elle redoutait son anéantissement; d'autres fois les souvenirs de son passé perdu la ravissaient. Ses larmes fournirent l'élément humide, son sourire fut la lumière, sa tristesse fut la matière opaque. Enfin l'éon Jésus vint la sauver, et, dans son ravissement, la pauvre délivrée enfanta l'élément pneumatique, le troisième des éléments qui constituent le monde. Hakamoth ou Prunice ne se repose pas néanmoins; l'agitation est son essence; il y a en elle comme un travail de Dieu ; produire est la loi de son être ; elle souffre d'un éternel flux de sang. La part mauvaise de son activité se concentre dans les démons; l'autre partie,
\ . IIpouvixoç veut dire lascif. C'est une forme de IIoôoç, le Désir, OM Apason (pbén. =hébr. hepson), des cosmogonies asiatiques. Cf. Celse, dans Orig., VI, 34. Les gnostiques identifiaient Prunice avec rhémorroïsse de l'Évangile, et c'est là probablement l'origine de la Véronique. V. Maury, Croy. et lég., p. 333 et suiv. Rapprochez la statue élevée par Thémorroïsse (Eus., H, E., VII, 81) des portraits de Jésus que prétendaient posséder les carpocratiens. Irén.,I, XXV, 6; Épiph., xxvii, 6. Cf. Macarius Magnés, p. \ de redit. Blondel; Pilra, Sjoicï/. SoL, I, p. 332, 333.
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réunie à la matière, met en celle-ci le germe d'un feu qui la dévorera un jour.
Avec l'élément psychique, Hakamolh crée le Démiurge, qu lui sert d'instrument pour organiser le reste des êtres. Le Démiurge crée les sept mondes et l'homme dans le dernier des mondes. Mais, ô surprise ! voilà que dans l'homme se révèle un principe supérieur et tout divin; c'est l'élément pneumatique, queHakamoth avait mis par mégarde en son ouvrage. Le créateur est jaloux de sa propre créature; il lui tend un piège (la défense de manger le fruit paradisiaque); l'homme y tombe. Il serait perdu à jamais sans l'affection que lui porte sa mère Hakamoth. La rédemption de chaque monde s'est faite par un sauveur spécial. Le sauveur de l'homme a été l'éon Jésus, revêtu du principe pneumatique par Hakamoth, du principe psychique par le Démiurge, du principe matériel par Marie, — identifié enfin à Chrislos^ qui, le jour de son baptême, descendit en lui sous forme de colombe, et ne le quitta qu'après la condamnation de Pilate. Le principe pneumatique persévéra en Jésus jusqu'à l'agonie de la croix. Le principe psychique et le principe matériel seuls souffrirent; ils s'élevèrent au ciel par l'Ascension. Avant Jésus, il y a eu des gnostiques ; mais Jésus est venu les réunir, en former une Église par le Saint-Esprit. L'Église
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ne se cons^ose ni des corps, ni des âmes ; elle se compose des esprits; les gnostiques seuls la constituent. A la fin du monde, la matière -sera décorée par le feu intérieur qu'elle recèle; le Christ régnera à la place du Démiurge, et Hakamoth fera définstivement son entrée dans le plérome, désormais pacifié.
Les hommes se partagent, par lear nature même et indépendamment de leurs efforts, en iroîs catégories, selon que l'élément matériel, l'élément psy» chique on animal, et l'élément pneumatique dominent en eux. Les hommes matériels, voués irrévocablement aux œuvres de la chair, sonft les païens; les hommes psychiqoes sont les simples fidèles,- le commun des chrétiens ; ils peuvent, en vertu de leur essence intermédiaire, s'élever ou déchoir, se perdre dans la matière ou se confondre dans l'esprit. Les hommes pneumtatiques sont les gnostiques, qu'ils soient chrétiens, ou qu'ils aient été juife comme les prophètes, ou païens comme les sages de la Grèce. Les pneumatiques seront un jour réunis au plérome * . Les matériels mourront tout entiers; les psychiques seront damnés ou sauvés selon leurs œuvres. Le culte extérieur est un symbole, bon pour les psy-
4. Fragm. d'une homélie de Valentin, dans Clém. d*AIex., Strom., IV, ^ 3.
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chiques, tout à fait inutile aux contemplateurs purs. Étemelle erreur des sectes mystiques, plaçant l'inîtiation à leurs chinoères au-dessus des bonnes actions, qu'elles affectent de laisser aux simples ! Là est la raison pour laquelle toute gnose arrive, quoi qu'elle fasse, à rindiiîéreoce des œuvres, au dédain de la vertu pratique, c'est-à-dire à l'immoralité.
Il y a sûrement quelque chose de grand dans ces mythes étranges. Quand il s'agit de l'infini, de choses qu'on ne peut savoir que partiellement et à la dérobée, qu'on ne peut exprimer sans les fausser, le pathos même a son charme; on s'y plait, comme à ces poésies un peu malsaines, dont on blâme le goût, mais qu'on ne peut se défendre d'aimer. L'histoire du monde, conçue comme l'agitation d'un embryon qui cherche la vie, qai atteint péniblement la conscience, qui trouble tout par ses agitations, ces agitations elles-mêmes devenant la cause du progrès et aboutissant à la pleine réalisation des vagues instincts de l'idéal, voilà des images peu éloignées de celles que nous choisissons par moments pour exprimer nos vues sur le développement de l'infini. Mais tout cela était inconciliable avec le christianisme. Cette métaphysique de rêveurs, cette morale de solitaires, cet orgueil brahmanique, qui aurait ramené, si on l'avait laissé
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faire, le régime des castes, eussent tué TÉglise, si l'Église n'eût pris les devants. Ce n'est pas sans raison que Torthodoxie gardait une position moyenne entre les nazaréens, qui ne voyaient en Jésus que le côté de la nature humaine, et les gnostiques, qui ne voyaient que le côté de la nature divine. Valentin se moquait de l'éclectisme naïf qui portait l'Église à vouloir accoupler deux éléments contraires ^ L'Église avait raison. Entre la foi réglée et la libre pensée, il n'y a pas de milieu. Qui n'admet point l'autorité se met hors de l'Eglise, et doit se faire philosophe. « Ils parlent comme l'Eglise, dit Irénée*; mais ils pensent autrement. » Triste jeu ! Par les mêmes raisons que Basilide, Valentin fut amené àl'hypocrisie et à la fraude. Pour se dégager de la chaîne apostolique, il prétendit se rattacher à des traditions secrètes, à un enseignement ésotérique que Jésus n'aurait communiqué qu'aux plus spiritualistes de ses disciples. Valentin disait avoir reçu cette doctrine cachée d'un prétendu Théodadès ou Théodas, disciple de saint PauP. C'est ce qu'il appelait, ce semble, l'Évangile de la vérité*. L'Évangile de Valentin se rapprochait