Voir VAnlechrist, p
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tendu hérésiarque de honteuses histoires fort analogues à celles qu'on se racontait sur les carpocratiens*. Beaucoup d'aberrations se produisaient de toutes parts. Il n'y avait pas de paradoxe qui n'eût ses défenseurs. Il se trouvait des gens pour prendre la défense de Gain, d'Esaû, de Coré, des Sodomites, de Judas lui-même. Jéhovah était le mal, un tyran ^lein de haine; il avait été bien de braver ses lois. C'étaient là des espèces de paradoxes littéraires, de même que, il y a trente ou quarante ans, la mode était de présenter les criminels comme des héros, parce qu'on les supposait en révolte contre un ordre social mauvais. Il y eut un Évangile de Judas. On disait pour l'excuse de ce dernier qu'il avait trahi Jésus à bonne intention, parce qu'il avait découvert que son maître voulait ruiner la vérité. On expliquait aussi la conduite du traître par un motif d'intérêt pour l'humanité. Les puissances du monde (c'est-à-dire Satan et ses suppôts) voulaient arrêter l'œuvre du salut en empêchant que Jésus mourût. Judas, qui savait
4. Irénée, I, 26, 31 ; III, 44; Clém. d'Alex., Strom., II, 20; in, 4; Tertullien, Prœscr., 33, 47; De hapL, 4 ; Constit. apost,, VI, 8; Victorin de Pettau, dans Bibl. Pair., Paris, I, p. 574.; Eusèbe, H. E., IH, 29; Épiphane, haer. xxv, xxvi, xxxviii, 2; Théodoret, 1, 4 5; III, 4 ; Pseudo-Aug., hœr. v, vin; Philastrfe, 33; Pseudo-Ignace interpolé, ad TralL et ad Philad.; Cassien, Coll., XVIII, 46; Prsedeslinatus, c. 4, 48.
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qu'il était avantageux que Jésus expirât sur la croix, rompit le charme, en le livrant à ses ennemis. Il fut ainsi le pneumatique le plus pur. On appelait ces singuliers chrétiens caïnites \ Ils enseignaient, comme Carpocrate, que, pour être sauvé, il faut avoir fait toute sorte d'actions et, en quelque manière, épuisé toutes les expériences de la vie; ils mettaient, dit-on, la perfection de l'homme éclairé à commettre hardiment les œuvres les plus ténébreuses. Chaque action a un ange qui y préside; ils invoquaient cet ange en la faisant. Leurs livres étaient dignes de leurs mœurs. Ils avaient l'Évangile de Judas et quelques autres écrits, faits pour exhorter à détruire l'œuvre du Créateur, un livre, en particulier, intitulé r Ascension de saint Paul, où il paraît qu'ils avaient mis des abominations.
C'étaient là des aberrations sans portée véritable, et que certainement les gnostiques sérieux repoussaient aussi bien que les orthodoxes. Ce qu'il y avait de réellement grave, c'était la destruction du christianisme qui était au fond de toutes ces spéculations. On supprimait en réalité le Jésus vivant; on ne laissait qu'un Jésus fantôme sans efficacité pour la conversion
h . Irénée et autres passages cités ci-dessus, p. 1 82, note. Cf. Clément d'Alex., Strom., VU, M ; Chabouillet, Catal. des camées de la Bibl. imp., p. 286, 288.
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ducœur. On reraplaçaitreffortmoralpar une prétendue science ; on mettait le rêve à la place des réalités chrétiennes ; chacun se donnait le droit de se tailler à sa guise un christianisme de fantaisie dans les dogmes et les livres antérieurs. Ce n'était plus le christianisme; c'était un parasite étranger qui cherchait à se faire passer pour une branche de l'arbre dévie. 3 ésus n'était plus un fait sans analogue ; il était une des apparitions de l'esprit divin*. Le docétisme, réduisant à l'apparence toute la vie humaine de Jésus, était le fond de toutes ces erreurs. Modéré encore chez Basilide et Valentin", il est absolu chez Saturnin % et, chez Marcion, nous le verrons réduire toute la carrière mondaine du Sauveur à une pure apparition.
L'orthodoxie saura résister à ces dangereuses imaginations % tout en se laissant entraîner parfois à
ce qu'elles avaient de séducteur ^ Des Evangiles se
1 . Celte doctrine des Christs successifs se trouve déjà chez les elkasaïtes. Philos., X, 29.
2. Irénée, III, xvi, 1; Philos., \l, 35; VU, 26, 27; Clém. d'Alex., Strom.j III, 7; TertuUien, Adv, Valent. , c. 27; Theodoret, Hœret. fah.j I, 7.
3. Irénée, I, xxiv, 2. Cf. Irénée, III, x, 4; xi, 4, 3, 7; xvi, \ ; IV, XXXIII, 5; V, i, 2; Clém. d'Alex., Slrom.,\\\, 47; Philosoph.j VIII, 41 ; Eusèbe, //. E., VI, 42.
4. I Joh., I, 4; IV, 4 et suiv. ; II Joh., 7; Pseudo-Ign., ad TralL, 40; adSmyrn., 2, 4, 5; et Polycarpe, 7.