Flist. eccl., IV, vi
3. fn Tlwf.^ni, 31, conçu d'après Isaïe, xi, 4. La jonglerie mise par saint Jérôme à la charge de Bar-Coziba revient souvent dans les traditions de l'Orient. Chron, SamariL, c. 47, p. 239.
[An 133] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. llKf
Rabbi Aquiba était depuis des années la première autorité des Juifs. On le comparait à Esdras et même à Moïse. En général, les docteurs étaient peu poi tés vers les agitateurs populaires. Occupés de leui^ discussions, ils plaçaient dans Tobsenation de la Loi toute la destinée d'Israël ; les rêves messianiques se bornaient pour eux à Tidéal mosaïque réalisé par de scrupuleux dévots. Comment Aquiba put-il engager le peuple dont il avait la confiance à un véritable acte de folie? Peut-être son origine populaire et sa tendance démocratique à contredire la tradition sadducéenne contribuèrent-elles à l'égarer. Peul-ètie aussi Tabsurdité de son exégèse lui enleva-t-elle toute rectitude pratique. Ce n'est jamais impunément qu'on joue avec le bon sens et qu'on met les ressorts de l'esprit à l'épreuve, au risque de les casser. Le fait, en tout cas, paraît certain. Quoiqu'on ait peine à le concevoir, Aquiba reconnut la messianité de Bar- Coziba. Il lui donna en quelque sorte l'investiture devant le peuple, en lui remettant solennellement le bâton de commandement et en lui tenant l'étrier. quand il monta sur le cheval de guerre pour inaugurer ;5on règne de Messie. Ce nom de Bar-Coziba était malheureux; il prêtait à des allusions fâcheuses ^
4. La racine kzb, dans toutes les langues sémitiques, veut dire « mentir ».
200 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 133]
Regardant celui qui le portait comme le sauveur prédestiné d'Israël, Aquiba lui fit, dit-on, Tapplication du verset iVomftre*^ XXIV, 17 : « Une étoile (kokab) s'élèvera de Jacob » , verset auquel on prêtait un sens messianique. Le nom de Bar-Coziba se trouva de la sorte changé en Bar-kokaba\ « le fils de l'étoile* ». Bar-Coziba, ainsi reconnu par l'homme qui, sans titre officiel il est vrai, mais en vertu d'une sorte d'acceptation générale, passait pour le guide religieux du peuple israélite, devint le chef de la révolution % et la guerre fut décidée. Les Romains négligèrent d'abord ces folles agitations. Béther, dans une position écartée, loin des grandes routes, attirait peu leur attention; mais, lorsque le mouvement eut envahi toute là Judée, et que les Juifs commencèrent partout à former des groupes menaçants, il fallut ouvrir les yeux. Les attaques, les embuscades contre la force romaine se multipliaient et devenaient meurtrières. En outre, le mouvement, comme il arriva en 68
1. Midrasch Eka^ ii, 4, 2; Talm. de Jér., Taanith, iv, 7, 8 (68 d). Derenbourg, p. 423 et suiv.
2. C'est le nom par lequel il est désigné chez les chrétiens et aussi chez les auteurs juifs du moyen âge. V. Carmoly, Itinéraires, p. 252, 253. Je ne sais ce que veut dire l'épithète h p-ovoTevii; que lui donne le Syncelle (p. 660), à moins qu'elle n'ait un sens messianique.