ApoLhZ
[Ab 135] L'ÉGLIS£ CHRÉTIENNE. ):S
exclure de FÉglise. S^il est irréprochable dans sa foi en Jésus-Christ et dans robéisanco aux commandements, s'il est persuadé de Tinutilité de la Loi« et s'il ne désire en obser>'er une partie que par pieux souvenir, s'il ne trouble en rien ceux des gentils que Jésus-Christ a véritablement circoncis et retirés de l'erreur, s'il ne fait aucune propagande pour persuader à ces derniers de s'astreindre aux mêmes pratiques que lui, s'il ne présente jamais ces pratiques comme obligatoires et nécessaires au salut, il peut être sauvé. Voilà du moins ce que les esprits larges admettaient. Mais il y en avait d'autres qui n'osaient ni converser ni demeurer avec ceux qui observaient quelque chose de la Loi. « Pour moi, dit Justin, je crois que, quand une personne, par faiblesse d'esprit, veut garder ce qu'elle peut de la loi imposée aux juifs pour la dureté de leur cœur, qu'avec cela elle espère en Jésus-Christ, qu'elle est résolue de satisfaire à tous les devoirs éternels et naturels de justice et de piété, qu'elle ne fait pas difïïculté de vivre avec les autres chrétiens sans les porter ni à se faire circoncire ni à observer le sabbat, je crois, dis-je, qu'on doit la recevoir et communier avec elle en toute chose. Mais, si quelques juifs, prétendant croire en Jésus-Christ, veulent obliger les fidèles gentils h observer la Loi, je les rejette absolument... Ceux
276 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 135)
qui, après avoir connu et confessé que Jésus est le Christ, abandonnent sa foi, à la persuasion de ces obstinés, pour passer à la loi de Moïse, quelle que soit la raison qui les y porte, il n'y a point de salut pour eux, si avant de mourir ils ne reconnaissent leur faute*. » Origène envisage les choses d'une manière analogue. Les Juifs qui se sont faits chrétiens ont par cela même, selon lui, abandonné la Loi. Les Juifs qui, tout en étant chrétiens, observent la Loi sont des ébionites, des sectaires; car ils accordent de la valeur à la circoncision et à des pratiques que Jésus a supprimées '. La logique s'accomplissait. Il était inévitable qu'une dualité, qui allait jusqu'à empêcher les chrétiens de manger ensemble, même le jour de Pâques, aboutît à un schisme complet.
A partir du milieu du ii* siècle, en effet, la haine entre les deux religions est scellée. Les tranquilles disciples de Jésus et les juifs exilés pour leur fanatisme terrestre deviennent chaque jour plus furieux les uns contre les autres. Selon les chrétiens, un peuple nouveau a été substitué à l'ancien ^ Les juifs accusent les chrétiens d'apostasie, et leur font