‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 208 sur 373 · VoirOrigèno, Contre Celse, III · texte numérisé non relu

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sciepticîsme pourrait se donner une libre carrière, ï-ia composition des Actes des martyrs devint, à Une certaine époque, un genre de littérature religieuse, pour lequel on consulta bien plus l'imagination et une certaine exaltation pieuse que des documents authentiques. Si l'on excepte la lettre relative à la mort de Polycarpe, celle qui contient le récit des souffrances des héros de Lyon, les Actes des martyrs d'Afrique et quelques autres récits empreints du caractère le plus sérieux, il faut avouer que les pièces de ce genre, qu'on a trop facilement qualifiées de sincères, ne sont que des romans pieux. Nous reconnaissons aussi que les historiens de l'empire, sur ce qui regarde les chrétiens comme sur tant d'autres points, sont singulièrement pauvres de détails. Les vrais documents concernant les persecutions que l'Eglise eut à souffrir sont les ouvrages qui composent la littérature chrétienne primitive. Ces ouvrages n'ont pas besoin d'être des auteurs auxquels on les attribue pour faire autorité dans une pareille question. Le goût pour les suppositions d'écrits de tout genre était si répandu à cette époque, qu'un très-grand nombre des livres qui nous ont été légués par les deux premiers siècles sont d'une attribution incertaine ; mais cela n'empêche pas que ces h'vres ne soient des miroirs exacts du temps où ils ont

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été composés. La première épître attribuée à saint Pierre, l'Apocalypse de saint Jean, le morceau qu'on appelle Épître de Barnabe, l'épître de Clément Romain, lors même qu'elle ne serait pas de lui, les épîtres totalement ou partiellement apocryphes de saint Ignace et de Polycarpe, les poèmes sibyllins qui appartiennent au i" et au ii*" siècle, toutes les pièces originales qui nous ont été conservées par Eusèbe sur les origines du montanisme, les controverses des gnostiques et des montanistes sur le martyre, le Pasteur d'Hermas, les Apologies d'Aristide, de Quadratus, de saint Justin, de Tatien, d'Athénagore, révèlent à chaque page un état violent, qui pèse sur la pensée de l'écrivain, l'obsède en quelque sorte et ne lui laisse aucune appréciation juste de la situation.

De Néron à Commode, sauf de courts intervalles, on dirait que le chrétien vit en ayant toujours devant les yeux la perspective du supplice. Le martyre est la base de l'apologétique chrétienne. A entendre les controversistes du temps, il est le signe de la vérité du christianisme. L'Eglise orthodoxe seule a des martyrs^ ; les sectes dissidentes, par exemple les montanistes, font d'ardents efforts pour prouver

\. Origène, Contre Celse, II, 43.

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qu'elles ne sont pas privées de ce critérium suprême de vérité. Les gnostiques isont mis au ban de toutes les Églises,- surtout parce qu'ils professent l'inutilité du martyre. C'est qu'en effet la persécution était bien alors, comme le veut Tertullien S Tétat naturel au chrétien. Les détails des Actes des martyrs peuvent être faux pour la plus grande partie ; l'effroyable tableau qu'ils déroulent devant nous n'en fut pas moins une réalité. On s'est souvent fait de trompeuses images de cette lutte terrible, qui a entouré les origines chrétiennes d'une brillante auréole et imprimé aux plus beaux siècles de l'empire une hideuse tache de sang; on n'en a pas exagéré la gravité. Les persécutions ont été un élément de premier ordre dans la formation de cette grande association d'hommes qui la première fit triompher son droit contre les prétentions tyranniques de l'État.

On meurt en effet pour des opinions, non pour des certitudes, pour ce qu'on croit et non pour ce qu'on sait. Le savant qui a trouvé un théorème n'a pas besoin de mourir pour attester la vérité de ce théorème. Il donne sa démonstration, et cela suffit. Au contraire, dès qu'il s'agit de croyances, le grand signe et la plus efficace démonstration est de

i. De fuga in persec, 8, 9.

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mourir pour elles. Là est l'explication des succès extraordinaires qu'ont obtenus quelques-unes des tentatives religieuses de l'Orient. « Vous autres, Européens, vous n'entendrez jamais rien aux religions, me disait le plus intelligent des Asiatiques; car vous n'en avez jamais vu se faire chez vous; nous, au contraire, nous en voyons tous les jours se faire. J'étais là quand des gens hachés en morceaux, brûlés, enduraient pendant des journées des supplices horribles, dansaient, sautaient de joie de mourir pour un homme qu'ils n'avaient jamais connu (le Bâb), et c'étaient les hommes les plus considérables de la Perse. Moi, qui vous parle, j'étais obligé d'arrêter ma légende, qui courait en quelque. sorte devant *moi, d'empêcher les gens de se faire tuer

pour moi » Le martyre ne prouve nullement la

vérité d'une doctrine; mais il prouve l'impression qu'elle fait sur les âmes, et c'est là tout ce qui importe pour le succès. Les plus belles conquêtes du christianisme, la conversion d'un Justin, d'un TertuUien furent amenées par le spectacle du courage des martyrs, de leur joie dans les supplices et de l'espèce de rage infernale qui poussait le monde à les persécuter.

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