‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 209 sur 373 · CHRETIEN.— RÉCONCILIATION DEFINITIVE DE PIERRE ET DE PAUL · texte numérisé non relu

CHRETIEN.— RÉCONCILIATION DEFINITIVE DE PIERRE ET DE PAUL

Rome était au plus haut période de sa grandeur ; son règne sur le monde semblait incontesté ; aucun nuage ne se voyait à Thorizon. Loin de se ralentir, le mouvement qui portait les provinciaux, surtout de l'Orient, à venir s'y entasser, augmentait d'intensité. La population parlant grec était plus considérable qu'elle n'avait jamais été. Le grœculus insinuant, bon à tous les métiers, chassait l'Italien de la domesticité des grandes maisons; la littérature latine baissait chaque jour; le grec devenait la langue littéraire, religieuse, philosophique des classes éclairées, comme il était la langue du petit peuple. L'importance de l'Église de Rome se mesurait à celle de la ville elle-même. Cette Eglise, toute grecque encore, avait

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SUT les autres une supériorité incontestée, Hygin, son chef, obtenait le respect du monde chrétien tout entier. Rome était alors pour les provinces ce que Paris est en ses brillants jours, la ville de tous les contacts, de toutes les fécondations. Ce qui voulait se faire une place au soleil aspirait à y venir; rien n'était consacré que ce qui avait pris sa marque à cette universelle exposition des produits de l'univers entier. Le gnosticisme, avec son ambition de faire la mode dans la prédication chrétienne, céda surtout à cette tendance. Aucune des écoles gnostiques ne naquit à Rome, mais presque toutes vinrent y échouer. Valentin fut le premier qui tenta l'aventure *• Cet audacieux sectaire peut avoir même eu l'idée de s'asseoir sur le siège épiscopal de la ville sans rivale. Il se montra avec toutes les apparences du catholicisme et prêcha dans le style bizarre qu'il avait inventé. Le succès fut médiocre ; cette philosophie prétentieuse , cette curiosité inquiète scandalisèrent les fidèles. Hygin chassa le novateur de la chaire chrétienne. Dès lors l'Église romaine indiquait la tendance purement pratique qui devait toujours la distinguer, et se montrait prête à sacrifier lestement la science et le talent à Tédification.

1 . Irénée, III, iv, 3 ; Eusèbe, Chron,, 3* ann. d'Ant. ; TertuUien, Prœscr.j 30 (cf. In Val., 4) ; Épiphane, xxxî, 7.

[An 140] L»ÉGLISE CHRÉTIENNE. 321

Un autre docteur hétérodoxe, Cerdon * , parut à Rome vers ce temps. Il était originaire de Syrie , et apportait des doctrines qui dilTéraient peu de celles des gnostiques de ce pays. Ses façons de distinguer Dieu du créateur , de placer, au delà du Dieu père de Jésus, un autre Dieu inconnu, de présenter l'un de ces dieux comme juste, l'autre comme bon, parurent malsonnantes à bon droit. Cerdon trouvait le monde une œuvre aussi imparfaite que ce Jéhovah lui-même, à qui ou l'attribuait, et qu'on présentait comme sujet aux passions de l'homme. Il rejetait tous les livres juifs en bloc, ainsi que les passages des écrits chrétiens d'oîi il résultait que Ghristos avait pu prendre une vraie chair. Cela était tout simple : la matière lui semblait une déchéance, un mal. La résurrection lui répugnait pour la même raison. L'Église le blâma ; il se soumit et rétracta ses opinions, puis se mit à dogmatiser de nouveau, soit en particulier, soit en public. De là une position des plus équivoques. Sa vie se passait à sortir de l'Eglise et à y rentrer, à faire pénitence de ses erreurs et à

1. Irénée, 1, xxvii, 4, 2; III, iv, 3; Philosoph., VII, 10,37; X, 19; Tertullien, In Marc, I, 2; Presser,, 50; saint Cyprien, Epist., 74 ; Eus., E. E., IV, 11 ; Chroiu, à l'année 440 ; Chron. d'Alex., à Tan 139; Épiph., haer. xli ; Théodoret, I, c. xxiv; Philastre,c. XLiv, XLv; Pseudo-Aug., haer. 22; Pseudo-TerU, 46.

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